CHAP. XI. — CHAINE ALP-HIMALAYENNE (ALPES
voit reparaître, dans les Alpes de Ligurie et, à leur suite, dans l'Apennin, son prolongement probable mais moins certain.
Quand on passe des Alpes dans la partie alpestre des Dinarides, qui, pour les géographes, fait encore partie des Alpes, mais qui, pour les géologues, en est totalement différente, les faciès du permien et du mésozoïque changent brusquement. Brusquement aussi la tectonique devient différente. Aux plis serrés de la zone alpine succèdent des plateaux failles à plissements rares et ce contact a lieu suivant une ligne de fracture ou de faille, suivant une surface de friction et de charriage qui reste plane sur de vastes étendues. On peut suivre cette limite, sur 400 kilomètres de long, depuis le Bâcher Gebirge en Styrie par le Pusterthal jusqu'à la Valteline; après quoi, on croit pouvoir la prolonger par Locarno, Scopello et Ivrée^
Dans cette dernière région, dont notre figure 40 donne une coupe d'après M. Argand, on rattache aux Dinarides et l'on considère comme leur infrastructure ce que l'on appelle la zone insubrienne (16) comprenant, avec les massifs granitiques des lacs italiens et la zone dioritique d'Ivrée, tout un ensemble de schistes cristallins et le petit lambeau carbonifère de Manno, près Lugano. C'est ce système des Dinarides qui constitue le traîneau écraseur de M. Termier ayant passé par-dessus les Alpes en les forçant à se coucher, avec une translation qui dépasse 200 kilomètres dans les Alpes orientales pour se réduire à quelques kilomètres dans les Alpes franco-italiennes, au Sud de la Doire-Ripaire.
Au delà, vers le Nord et l'Ouest, commencent les Alpes proprement dites par la zone Sesia-Lanzo (12), à plis serrés verticaux, formant racines en place de nappes, dont quelques débris apparaissent couchés plus à \ l'Ouest. Ces nappes (VI), étant celles dont l'origine est la plus occidentale, sont, suivant la théorie précédente, les dernières venues et les plus élevées de la série. Elles sont connues, dans la Dent Blanche. On y remarque des micaschistes et gneiss grenatifères à amphibole sodique, avec noyaux d'éclogite.
Puis vient (V) la grande zone à aspect archéen des Alpes Cottiennes, Grées et Pennines, formant la nappe du Mont Rose, du Grand Paradis, des massifs d'Ambin, etDora-Maira(13). Ses terrains cristallophylliens, rattachés au permo-houiller-, sont enveloppés de schistes lustrés com-
1. De celte faille-limite se détache, près de Meran, la faille giudicarienne.
2. L'une des grandes difficultés dans l'interprétation tectonique des Alpes vient de ce que des terrains dâges très divers y ont pris, par le métamorphisme de profondeur, des faciès cristallophylliens analogues; ce qui rend les assimilations et les déterminations stratigraphiques très délicates et toujours hypothétiques.
mençant au trias pour aller sans doute jusqu'à l'éûcène, qui sont visibles surtout à l'Ouest, et que l'on considère comme représentant les dépôts particulièrement métamorphisés du principal géosynclinal alpin.
l^a nappe IV est celle du Grand-Saint-Bernard, de la V'anoise, du Briançonnais, bien caractérisée par une longue zone de carbonifère, qui apparaît déjà sur les plus anciennes cartes des Alpes.
Après quoi, réapparaissent, avec le Mont Blanc, le Pelvoux, le Mercantour, des massifs archéens regardés comme un substratum ramené de la profondeur et replissé en môme temps que les Alpes (1). Là se trouve une longue zone isoclinale très serrée, constamment renversée vers la P>ance, racine possible de nappes que l'érosion aurait presque entièrement détruites*. Vers le Nord, le prolongement de ces massifs est caché par les nappes du Wildhorn et des Diablerets.
Enfin, à l'Ouest, les chaînes sub-alpines, formées de terrains secondaires et tertiaires, avec îlots triasiques, occupent une large bande extérieure, des Alpes Maritimes au Lac de Genève, en passant par la Montagne de Lure, le Dévoluy, le Vercors, la Grande Chartreuse et le Chablais. Près de Grenoble, à Voreppe,un pli occidental de cette zone sub-alpine se détache des autres; il suit, par l'autre bordN.-\V., la dépression tertiaire des lacs suisses et du Plateau Suisse, que les Alpes bordent au Sud, et va former le Jura, en s'écrasant, au Nord, contre le môle hercynien des Vosges et de la Forêt-Noire, dont le prolongement caché donne lieu aux plateaux disloqués du Jura tabulaire (Tafel Jura).
Le système du Jura, qui a longtemps passé pour le type le plus parfait de plissements réguliers alternativement anticlinaux et synclinaux, a pu, dans une étude plus complète, être divisé en plus de 160 chaînons parallèles, séparés par des ruptures longitudinales et limités souvent, dans le sens de la longueur (quand ils ne s'atrophient pas simplement), par des coupures transversales, ou cluses. Les failles, souvent très sinueuses, parfois horizontales, y sont cependant en rapport directavecles plissements. Vers l'Est, ces accidents de rupture disparaissent et les plis deviennent de plus en plus réguliers, de plus en plus exempts de failles. On passe ainsi au Jura plissé, ou Kelten-Jura des Allemands, qui se simplifie progressivement à mesure que l'on avance vers le Nord et qui se termine en un dernier pli près de Zurich-.
Dans le sens Nord, où se trouvait le môle saillant des Vosges et de la Forêt-Noire, le système plissé du Jura est remplacé par un système
1. Voir, page 2i2,la coupe du Mont Joly qui correspond à ces plis couchés.
2. D'après M. Heih, le développement des plis du Jura exigerait, en moyenne, 5.000mèlrespourunelargeuractuellede3.500à 4.000, soit une contraction de 1/3 à 1/4.
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afTaissé (dont le soubassement, rattaché à ces môles, devait être trop solide pour se prêter à des plis). C'est le Jura tabulaire, contre lequel les plis se sont renversés (Baden, Soleure, la Lagern).
La théorie, qui vient dêtre énoncée pour les Alpes Occidentales, s'applique également, d'après les travaux de M. Termier, aux Alpes Orientales. Il n'y a donc plus lieu de conserver la séparation entre ces deux groupes que l'on traçait autrefois du PrJiltigau (près de Coire) à l'Adamello et à la Giudicaria. Néanmoins, si l'origine des mouvements reste la même, leurs effets sont quelque peu différents. Tandis que la zone présumée des racines manque à peu près complètement dans les Alpes Occidentales, cachée sans doute sous la plaine piémontaise, ici on croit bien la voir au jour sur de vastes étendues. C'est, d'après M. Termier, une bande de plis verticaux ou quasi-verticaux, très serrés, que l'on suit, sur 400 kilomètres de long, depuis la Valteline jusqu'au bord de la grande plaine de la Drave. Au Sud de cette bande se développe l'Arrière-pays des Dinarides. Au Nord, les plis se couchent vers le Nord jusqu'à dépasser l'horizontale et devenir des nappes. La limite de ces plis et nappes correspond à l'axe de la voûte des Hohe Tauern. Au Nord, il n'y a plus que des nappes : d'abord les schistes lustrés du Brenner et du Gross Glockner; puis les terrains cristallophylliens de l'Engadine, de l'Ortler, de 1 Œtzthal, des Niedere Tauern; plus loin encore, vers le Nord, la Schieferzone de Kleinkogel, de Kitzbiihel, de Vordernberg; enfin toute la chaîne des Alpes calcaires triasiques, large de 30 kilomètres, longue de 4o0 kilomètres, qui vient surplomber, au Nord, sur sa bordure plus récente de flyscli éocène. Ici l'extension horizontale des charriages a été énorme. «Entre la nappe la plus haute des Alpes calcaires du Nord et la plus méridionale des racines visibles, la distance, normalement aux plis, dépasse 100 kilomètres. Si Ton tient compte de la largeur des Alpes calcaires et si on étale par la pensée les nappes, là où elles sont ondulées et plissées, on arrive à cette conséquence qu'un pli des Alpes Orientales, une fois couché, a pu cheminer jusqu'à loO ou 180 kilomètres de sa racine*. » C'est là également qu'on a les plus beaux exemples de fenêtres: ainsi la déchirure elliptique de la Basse Engadine, où, sur 55 kilomètres de long et 18 de large, on voit apparaître un fond de schistes lustrés mésozoïques ou néozoïques à travers deux nappes formées l'une et l'autre de gneiss et de trias. La zone centrale des Alpes Orientales, entre la chaîne calcaire du Nord et le pays des racines, a pu elle-