CHAP. X(. — CHAINE ALP-HIMALAYENNE (ASIE
secondaires delà grande chaîne viennent se renverser par-dessus leurs terrains tertiaires (mollasses et conglomérats).
La grande régularité de ces plis asiatiques, qui atteint son maximum vers le 3o* degré de latitude à la hauteur du Kouenlun et de la chaîne de Marco-Polo, est très troublée, plus au Sud, par la rencontre d'un certain nombre de massifs anciens, contre lesquels les plis se sont déviés.
Le premier de ces massifs est celui de l'Inde. Quand on regarde la carte tectonique de l'Asie (pi. II), il semble que l'on voie les plis s'accumuler et se dresser de plus en plus contre cet obstacle, pour constituer, sur sa bordure Nord, le faîte le plus élevé du monde, tandis qu'à l'Ouest et à l'Est ils s'avancent davantage vers le Sud : d'un côté, vers le Beloutchistan ; de l'autre, vers la Birmanie, de manière qu'ils enveloppent l'IIindoustan de leurs inflexions et que le Nord de ce massif ancien est entouré par un système de plis, dessinant presque un n.
L'inflexion des arcs orientaux est particulièrement intéressante ; car elle arrive à se traduire, dans tout le Sud et l'Est de la Chine, par une sorte de remous tourbillonnaire. Il existe, en effet, de ce côté, plusieurs môles primitifs et hercyniens encore mal démêlés, mais que l'on peut tout au moins soupçonner : l'un, le môle sinien, occupant la Corée, le golfe de Petchili, le Chanloung, le Ghansi et la région de Pékin ; un autre vers le Kouang-toung; un troisième, en partie hercynien, dans le Sud de l'Annam et le Cambodge^
Ce dernier sépare les plis de l'Annam de ceux du Siam (prolongés par la presqu'île de Malacca) et de la Birmanie. On assiste, dans les derniers promontoires Sud-Est de l'Asie, à cette fin d'une chaîne plissée, à cette terminaison des plis, dont il a déjà été question plus haut d'une façon générale, par une sorte d'étirement progressif, par U> disparition des anticlinaux de plus en plus atténués, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un seul.
Les derniers anticlinaux des différents plis asiatiques dans cette région, ceux de la chaîne Annamite, de la chaîne de Malacca et de la chaîne birmane, se traduisent alors par les arcs, en partie submergés, que jalonnent si curieusement, dans les Indes Hollandaises et sur toute la bordure du Pacifique, des chaînes d'îles souvent volcaniques, c'està-dire marquées par des fractures tout à fait récentes. De ce côté, il suffit, je crois, de regarder une carte de géographie pour voir la structure linéaire des derniers plissements tertiaires apparaître avec une netteté extraordinaire. Ce ne sont que chaînes courbes semblant dessiner des guirlandes au bout de l'Asie (pi. II) et l'on peut suivre
1 Voirr.4sie, ch. xvm et .\n et pi. V et VI (cartes de la Chine et de llndo-Chine).
immédiatement ces arcs volcaniques, de la Birmanie, parles îles Andaman au Sud de Java, à Timor, à Céram, puis, en se retournant vers le Nord, dans Célèbes, les Moluques, les Philippines, le Japon, les Kouriles, les Aléoutiennes, etc.. Ce n'est pas seulement une chaîne plissée, mais souvent trois ou quatre chaînes parallèles, qui se courbent et l'on est ainsi ramené, par des traînées continues qui enveloppent le Pacifique, jusqu'au Nord de l'Amérique et à l'Alaska.
Les plis tertiaires du Continent Américain sont également mis très en relief par la structure orographique. On en aperçoit aussitôt la traînée générale, qui longe toute la côte du Pacifique, dans la Sierra Nevada, puis dans les Andes et qui, ici aussi, comme sur la rive asiatique du Pacifique, est jalonnée par une longue suite de volcans.
Il semble dès lors, (quoique l'opinion inverse ait été très fréquemment soutenue), que certaines parties au moins du Pacifique, certaines zones littorales aient dû jouer le rôle d'Avant-pays, de butoirs solides pour les chaînes plissées de l'époque tertiaire, c'est-à-dire que cet Océan pourrait, contrairement aux premières apparences, et sauf des sillons côtiers anciennement marqués, représenter un grand compartiment solide et récemment affaissé de l'écorce terrestre, contre lequel seraient venus s'arrêter les derniers plis de l'Asie et de lAmériquc, refoulés d'autre part par les faîtes primitifs de la Sibérie, de l'Inde, de lAustralie, du Brésil et du Canada. La fracture d'effondrement, qui suit si souvent le côté interne des chaînes, fait ici, en effet, le tour de cette dépression marine.
Quand on s'éloigne du Pacifique dans l'intérieur du Continent Nord- Américain, on trouve : d'abord, les chaînes plissées des Coast Ranges et de la Sierra Nevada; puis la zone, d'abord plissée, ensuite effondrée, des Basin Ranges ; enfin, la zone des Montagnes Rocheuses, où, dans le Sud, vers le Colorado, les effondrements tertiaires dominent sur les plissements, tandis que dans le Nord, dans le Montana et au Canada, les plissements deviennent presque exclusifs et arrivent à des chevauchements extraordinaires du cambrien (i) sur le crétacé (40) : comme si, dans le Sud, la Plate-forme primitive se trouvait presque à fleur de sol et avait imprimé leur allure aux dislocations, tandis qu'au Nord les sédiments plissables prenaient une grande épaisseur.
Immédiatement après, vient le plateau primitif canadien et l'on peut comparer ces phénomènes avec ce qui se passe si souvent en Europe, où, tantôt, les plis viennent s'écraser contre un môle solide, et tantôt il existe, entre le môle et les plis, une zone tabulaire (Jura tabulaire entre les Vosges et le Jura plissé ; plateau Adriatique entre les Alpes Dinariques et l'Apennin).