Cela ressort bien sur la série des cartes de M. W.vlcott
CHAP. XII. — EVOLUTIOiN DE LA STRUCTURE TERRESTRE 455
intérieure ayant fait communiquer directement l'Amérique du Nord avec l'Kurope, d'un sillon Est-Ouest, ayant séparé le Groenland et le Canada de l'Amérique.
Un long sillon Est-Ouest partage dès lors la Terre émergée en deux zones : l'une comprenant le Canada, avec une partie de l'Asie Russe et de la Chine; l'autre l'Amérique du Sud, l'Afrique et l'Inde. Comme le montre notre planche IV, on croit le voir apparaître avec le cambrien (2), entre les môles septentrionaux et les môles équatoriaux, distingués au chapitre de la tectonique; il prend mieux son allure définitive pendant l'ordovicien (3), et, par un trait de permanence qu'il faut signaler aussitôt, nous allons, avec des variations de détail, le voir persister à peu près durant toute la série géologique : ce sera la Téthys de l'époque triasique, puis la ^Véso^ée tropicale des temps crétacés, où se perpétueront et d'où essaimeront les faunes des mers chaudes ; ce sera, plus tard, notre MédUeii'anée actuelle, séparée sur nos cartes du golfe du Mexique, qui lui fait vis-à-vis, par l'effondrement récent de l'Atlantique, et disjointe de sa continuation dans le Pacifique, par le soulèvement également récent de l'isthme de Panama. Presque à toutes les époques, nous pourrons ainsi suivre le prolongement de ce sillon Est-Ouest sur les deux tiers de la circonférence terrestre (le Pacifique seul étant excepté), depuis le golle du Mexique jusqu'à l'Asie Mineure, puis au Nord de l'Himalaya (mer à fusulines, Téthys, etc.), enfin le long de la chaîne des îles de la Sonde jusqu'à l'Est de l'Australie^.
Et, presque à toutes les époques également, il en résultera une différence dans l'évolution des deux masses continentales, séparées par ce sillon intérieur ; d'un côté, l'Eur-Asie, avec l'Amérique du Nord; de l'autre, l'Amérique du Sud, avec l'Afrique et l'Inde.
11 est même intéressant de remarquer combien celte direction Est- Ouest des deux grandes masses continentales et de leur mer intérieure en Europe, ou dans les régions voisines de l'Asie, en même temps qu'elle semble impliquer la permanence approximative de l'axe terrestre, paraît montrer aussi la prédominance primitive des plissements sur les effondrements dans nos régions eurasiatiques. Nous avons vu, en effet, que, dans ces régions, les rides montagneuses, résultant de plissements successifs, ont été, pour la plupart, approximativement dirigées suivant des parallèles (de plus en plus méridionaux avec le temps),
1. J'ai, sur la planche IV, page 487, cherché à mettre ce fait en évidence par le rapprochement des traits qui figurent approximativement l'a-xe de la Mésogée aux époques cambrienne (2), ordovicienne (3), dinantienne (11) et lutétienne (44). Voir, sur la permanence de ce trait en Asie, ma géologie de l'Asie, p. 167. Ce sillon mésogéen est l'un des géosynclinaux principaux de M. Haug. (Bull. Soc. Géol. de Fr., 3'sér.. XXVllI, p. tii7-711. 1900).
comme l'accuse, clans l'ensemble, malgré ses sinuosités de détail, la dernière grande ride Alp-himalayenne, dont la direction générale apparaît dès les premiers âges; ce sont les « remplis » de la sphère fluide, qui doivent là prédominer. Au contraire, les cassures et les effondrements auraient plutôt une direction à peu près méridienne, si l'on en juge par celles si caractéristiques des grands Lacs africains, de la mer Egée, de l'Atlantique, de la côte pacifique Sud-américaine, ou du Japon. La plupart de ces cassures, de ces effondrements, sont récents et leur influence, qui joue un rôle si essentiel dans la structure terrestre actuelle, paraît, comme je l'ai dit plus haut, avoir eu une tendance à s'accentuer avec le temps, comme si, dans l'hypothèse précédemment indiquée, la croûte terrestre, de plus en plus épaisse, était devenue de moins en moins souple et, par suite, au lieu de pouvoir continuer à adhérer au moyen de plissements lents, s'était fracturée davantage par brusques écroulements *.
Cette influence récente des accidents Nord-Sud s'est particulièrement traduite pour le grand sillon Ouest-Est, mésogéen ou méditerranéen, envisagé tout à l'heure. Au lieu de rester continu, on la vu, en effet, dans la suite des temps géologiques, se couper, par des barrières successives, sur le passage des trois principaux accidents Nord-Sud, qui divisent aujourd'hui la Terre en trois fuseaux de 420" : d'abord à Panama, avant le lutétien (44); puis à Suez; et enfin, avec des interruptions qui se combleront peut-être bientôt, dans la chaîne des îles de la Sonde. En même temps, l'effondrement Atlantique, que Ion a supposé s'être terminé seulement, dans sa partie Nord, après l'apparition de l'homme, pendant le pléistocène, a rompu l'isolement de cette mer intérieure tropicale, en la faisant communiquer avec les zones boréales ou australes, et les courants chauds, qui ont pu en résulter, tels peutêtre que le Gulf-Stream, ont dû certainement avoir une influence de premier ordre sur les modifications de climats, qui se sont produites pendant la fin du tertiaire.
Un autre trait essentiel de la structure terrestre, auquel on est tenté également d'attribuer une très ancienne origine et une constante permanence, ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de le dire précédemment, est la curieuse disposition de ce grand espace circulaire aux côtes volcaniques et contourné par des géosynclinaux récemment plissés, qu'on appelle l'Océan Pacifique. En tant que rivage, la côte Ouest des États-Unis semble s'esquisser de bonne heure et c'est une des rares portions de cette côte Ouest-américaine, où ne s'accuse pas une
1 . Voir plus haut, page 368, au chapitre de la tectonique, et page 449.