Voir page
les transformations liistoriques de nos cartes paléo-géographiques sur nos régions continentales ne correspondraient, avec cette hypothèse, qu'à des mouvements restreints, à de faibles déplacements dans le niveau des mers, (comme semble, jusqu'à un certain point, l'indiquer cette curieuse et importante remarque que, dans aucun de nos éléments géologiques, on ne reconnaît un véritable dépôt de grande profondeur, analogue à ceux des dépressions océaniques).
Cette idée de permanence générale, qui a été soutenue par Agassiz, Dana, Geikie, et qui se rattache, dans son principe, à la doctrine actualiste toujours renaissante sous une forme ou sous une autre, paraît bien difficilement soutenable en présence de tous les arguments qui nous pousseront bientôt à supposer des continents anciens disparus, par exemple entre l'Amérique du Nord et l'Ecosse, entre le Brésil, l'Afrique et l'Inde, et à imaginer l'effondrement de vastes régions jadis émergées, aujourd'hui enfoncées à plusieurs milliers de mètres sous la mer. Pour expliquer ce contraste des reliefs marins et terrestres, sur lequel se sont appuyés les actualistes, il est beaucoup plus vraisemblable d'admettre que des portions de l'écorce, à relief encore très inégal, ont pu être brusquement enfoncées dans les Océans et, à partir de ce moment, soustraites à toute action abrasante, tandis que les parties restées continentales tendaient sans cesse à se niveler, à se transformer en plateau par l'érosion. Quant à la terminaison en pointe vers le Sud, elle paraît pouvoir s'expliquer par le mode môme de déformation tectonique. J'ai indiqué ailleurs ' comment la dislocation d'un voussoir ancien, tel que le Plateau Central, s'était faite souvent par des cassures en dents de scie, séparant des compartiments, dont le mouvement devenait alors indépendant; un tel mécanisme, appliqué en grand à l'ensemble des terres australes, suffirait à faire comprendre la disposition triangulaire des continents, séparés, nous le savons, par des effondrements récents.
D'une façon générale, si l'on cherche à systématiser ce qui est relatif aux traits permanents de l'écorce, il semble permis de dire que les zones faibles de l'écorce, caractérisées par des mouvements à une époque Quelconque, avaient été le plus souvent faibles déjà aux époques antérieures : l'inverse n'étant pas vrai, en principe; c'està-dire que, parmi les zones faibles du début, celles où les premiers mouvements se sont fait sentir avec le plus d'intensité se sont aussi les premières consolidées. Mais, par exemple, une grande partie des mouvements alpins a porté sur des zones déjà ébranlées par
1. Les dislocations du terrain primitif dans le Nord du Plateau Central. (C. R. Ac. Sciences, 10 déconibre 1888) ; voir également la figure 37, page 286.