CHAP. XII. — HISTOIRE DES MERS CORALLIENNES
que confirmer l'égalité de température des eaux, à laquelle nous font croire également, comme nous allons le voir, les autres procédés d'éludé. Tout d'abord, jusqu'à la fin de lépoque silurienne (4), nous n'apercevons, d'un bout à l'autre des mers, aucune différence de faune, accusant une différence de climat. Les espèces d'un même niveau, que l'on rencontre dans les zones arctiques, sont identiques à celles que l'on observe dans les zones équatoriales. Les calcaires à Archaeocyathus du géorgien (2) sont les mêmes au Nord de l'Ecosse ou au Labrador qu'au Sud de l'Espagne. Des formations coralliennes d'âge dévonien (9; se rencontrent dans le Nord de la Sibérie, à la terre de Grinnell, etc. Néanmoins il doit y avoir quelque part d'imagination dans les théories fondées sur des observations trop localisées, où l'on a admis que cette uniformité s'étendait alors à l'ensemble de la faune et à tout le relief des continents. Dès le cambrien, on peut caractériser des provinces zoologiques, déterminées par les divisions des mers. Dès le cambrien aussi, on trouve des traces de phénomènes glaciaires en Chine, dans l'Inde, en Scandinavie et, d'autre part, des rubéfactions à caractère désertique, qui deviennent très abondantes pendant le dévonien.
Quand commence le carbonifère (11), nous avons l'impression d'assister, sur la zone littorale de certains continents, à un grand développement de la flore. Cela tient en partie à ce que le carbonifère est le premier terrain pour lequel d'abondantes formations continentales ont pu échapper à la fois au métamorphisme et à l'érosion. Néanmoins l'uniformité de la flore carbonifère inférieure ou moyenne semble accuser une réelle uniformité de climat' dans les régions, d'ailleurs restreintes, où la houille a pu se former et se conserver, et les caractères comme l'abondance de cette flore laissent supposer que ce climat était particulièrement humide et brumeux avec une température relativement haute. Vers le même moment, nous trouvons, en bien des pays, dans l'Inde, en Australie, en Afrique Australe, peut-être dans la Ruhr ou dans la région de Douai, le long de ces mêmes chaînes sur le flanc desquelles s'est conservée la végétation houillère, des traces de glaciers S
1. Les plantes carbonifères les plus septentrionales que l'on connaisse ont été trouvées au N.-E. du Groenland entre SO» et 81* (Nathorst, 1911).
2. L"e.xistence des glaciers carbonifères paraît aujourd'hui bien prouvée dans tout Ihémisphère austral, où l'on retrouve les mêmes conglomérats à galets striés à la base du Karoo Sud-.\fricain (travaux de Sctherl.asd et Molengr.wkf), à la base des formations du Gondwana hindou (Oldham) et, de même, en Australie (Voir l'exposé de cette question par Pesck : die Eiszeilen Australiens, 1901). En France, M. GossELÈT a découvert les indices probables d'un cirque glaciaire à la surface du terrain houiller franco-belge, sous le crétacé {Les assises crétaciques et tertiaires dans les fosses et sondages du Nord de la France, 1904, page 114 : voir plus haut, page 260).
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donc d'un climat humide et froid. Et, dans quelques autres régions, apparaissent aussi, pour se développer abondamment à l'époque permienne, les rubéfactions caractéristiques des climats secs, désertiques.
D'autrepart,descorauxcarbonifèresmontentjusqu'àIa pointe Barrow, au Nord-Ouest de l'Amérique, par 82° de latitude.
La mer des coraux dévonienne occupait, dans le Plateau Central, en Bohême, etc., la plus grande partie de ce qui devait être un peu plus tard la chaîne hercynienne. Les premiers mouvements du sol, les premiers plissements, accompagnés d'éruptions volcaniques, ont commencé à refouler ces organismes, auxquels ne convenaient plus des eaux troublées parles sédiments. Durant le dinantien (11), il n'y a plus guère de coraux dans la France Centrale (si même il y en a encore) ; mais ils subsistent en Belgique, dans le détroit de Dînant, en Angleterre, dans la Chaîne Pennine, ou même beaucoup plus au Nord et ce n'est donc pas le défaut de chaleur qui les a chassés. Le westphalien (12) est l'époque où la chaîne, que nous appelons hercynienne, atteint, en Europe, son apogée et prend, sans doute, des reliefs alpestres; à ce moment, il est possible qu'il ait existé des glaciers dans le Plateau Central et en Westphalie, que des moraines glaciaires se'soient étendues jusque sur le bassin houiller franco-belge. En même temps, les coraux disparaissent d'Europe, où ils ne reviendront que pendant le trias ^ ou même le jurassique. Mais ils persistent plus au Nord.
Pendant la môme période, une autre chaîne glaciaire s'étend du Transvaal à l'Inde et à l'Auslralie et, là aussi, les coraux se trouvent refoulés.
Comme je viens de le remarquer, il est permis de supposer que la persistance des glaces se sera traduite alors par un abaissement local de température, au long de ces deux grandes chaînes montagneuses, l'une boréale, l'autre australe. Cet abaissement n'a pu cependant s'étendre bien loin, puisqu'au pied même de ces chaînes se déposaient, en amas de combustibles, des plantes, nécessitant une température assez élevée et c'est une des raisons, pour lesquelles on a autrefois très vivement combattu cette hypothèse de glaciers carbonifères, aujourd'hui généralement admise, du moins dans son principe. Mais les variations si rapides de la flore pendant la période carbonifère, qui en font à ce moment( et à peu près uniquement à ce moment) un si précieux instrument stratigraphique, semblent bien
1. U existe, dans le Tyrol méridional, des calcaires coralliens triasiques, auxquels il faut sans doute rattacher les dolomies du Schlern.
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indiquer que les conditions climatiques se sont, pondant cette période de plissements terrestres, sans cesse modifiées avec les prop^^s du soultvement, puis avec ceux de l'érosion. 11 est bien probable que, si nous n'apercevons pas davantage dans les organismes la preuve d'un refroidissement local, c'est que les plantes ayant formé les combustibles étaient uniquement celles qui pouvaient pousser assez près dos zones basses lacunaires et, quant à des animaux de cette période ayant pu vivre alors librement dans les parties montagneuses des continents, nous n'en connaissons aucun. En tout cas, la fusion de ces glaciers, qui a dû se produire pendant le permo-trias et qui rend cette période, à bien des égards, comparable avec ce qu'a pu élre la suite du pliocène après le plissement alpin , s'est traduite, dans tout l'hémisphère austral, par un changement complet dans la flore, par l'apparition de la flore à Glossoptevis et il est naturel de rattacher ce changement important à quelque transformation des climats.
Si nous rentrons en Europe, nous voyons, pendant le médio-jurassique (25), des archipels de coraux s'étendre, non seulement en Alsace et dans le Nord de la France, mais jusqu'aux confins du pays de Galles, par 55 degrés de latitude. La formation, que l'on nomme la grande oolithe, est un accident corallien, qui, en Argovie, Brisgau et Alsace, commence à se développer au-dessus du bajocien (25), ou, dans leJura français, le reste de la France et l'Angleterre, pendant le bathonien (26).
En même temps, la flore des pays tempérés monte au moins jusqu'au 71* degré de latitude et il n'y a pas, d après Heer, de différence dans celte flore, depuis le 50* jusqu'au 71* degré, entre l'Angleterre etla Sibérie. Mais les provinces zoologiques marines, déterminées par la température des mers et le sens des courants, s'accusent de plus en plus. Si les coraux atteignent le Sud de l'Angleterre, ils font défaut dans les zones polaires et, depuis le lias (24), on croit voir les ammonites se séparer en deux provinces, l'une boréale, l'autre méditerranéenne ^
Quand commence le supra-jurassique (27), une invasion de lEst amène, dans tout le Nord-Ouest de l'Europe, des matières vaseuses, qui arrêtent un certain temps la construction des récifs de coraux au Nord du Plateau Central, dans ce qu'on appelle, en paléontologie, la « province boréale », tandis que ces récifs se perpétuent au Sud, à partir du Poitou, dans la a province méditerranéenne ». Cela ne veut pourtant pas dire encore que la température se soit trop abaissée dans le Nord
1. CeUe théorie de Neumayr a été très combattue et contestée. Mais l'existence de ctimats jurassiques diversifiés est prouvée notamment par l'existence de couches annuelles chez les Araucariées jurassiques de la Terre du roi Charles (d'après W. Go- THAN), tandis que ces couches manquent aujourd'hui chez les Conifères des régions tropicales.
de l'Europe pour devenir impropre à la vie des organismes coralliens. En dehors des preuves d'uniformité climatique que persiste alors à nous fournir la flore européenne, nous voyons, comme démonstration plus directe, des récifs coralliens reparaître dans les Ardennes pendant l'oxfordien (28), ou, pendant le séquanien (29), dans le Nord du Yorkshire, dans les environs de Trouville, sur le bord oriental de la Lorraine, au Nord du Morvan (du côté de Tonnerre), à Bourges, à Sancerre, etc.; nous pouvons en conclure que le climat de l'Angleterre et de la France demeure, pendant cette période, un climat tropical.
Le Jura est riche en coraux pendant le kimeridgien (30).
L'époque crétacée (32) amène un changement plus sensible dans la distribution des organismes coralliens. Ceux-ci sont peu à peu refoulés vers les Alpes et, dans la province méditerranéenne de la France, où ils persistent jusqu'au tertiaire, une transformation assez rapide substitue aux coraux proprement dits, d'abord les chamacés, puis les rudistes, qui ne sont plus à proprement parler des organismes constructeurs et paraissent avoir vécu dans des mers moins chaudes, également jusqu'à 35 mètres de profondeur.
Un changement parallèle se produit alors dans la flore; l'infracrétacé (32) voit apparaître les premières plantes dicotylédones angiospermes, qui, pendant le supra-crétacé (36), prennent un développement considérable. Les arbres à feuillage caduc, les plantes à fleurs, que nous sommes habitués aujourd'hui à voir prédominer, refoulent alors un monde végétal à caractère plus primitif. On rencontre, avec des palmiers, des lauriers et des magnolias, des hêtres, des lierres, des châtaigniers, des platanes, des peupliers. La lumière devient donc vive et les saisons plus changeantes. La flore, comme la faune, accuse un recul de la zone à chaleur tropicale vers l'équateur. Ce recul paraît cependant peu accentué encore, môme à la fin du crétacé (40), puisqu'il subsiste des palmiers en Silésie et môme des figuiers au Groenland par 70° de latitude. Mais peut-ôtre n'y a-t-il pas lieu d'attribuer un caractère trop général à de semblables observations, en somme très localisées. On sait combien un courant chaud, tel que le Gulf-Strcam, peut amener, sur des côtes septentrionales, un réchauffement sensible et, d'autre part, c'est peut-être le cas de penser, sinon à un déplacement du pôle géographique (possible pourtant, surtout dans des limites de quelques degrés), du moins à un déplacement du pôle du froid, qui, on le sait, en diffère d'au moins 22 degrés. Nous verrons tout à l'heure la calotte glaciaire de la période pléistocène être également dissymétrique par rapport à notre pôle actuel.
La zone des calcaires à rudistes supra-crétacés est en relation directe