‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 225 sur 356 · CHAP. XII. — HISTOIRE DES CLIMATS TERTIAIRES 47J · texte numérisé non relu

CHAP. XII. — HISTOIRE DES CLIMATS TERTIAIRES 47J

provoquées parces modifications, en partie aussi attribuables à l'intervention humaine. Il s'est pourtant produit, dans cette phase, des événements susceptibles de nous fournir des dates historiques : les grandes époques de glaciation en Scandinavie, en Kcosse ou dans les Alpes; l'arrivée en Europe de telle ou telle faune; surtout les affaissements de la mer Égéc, depuis le sicilien, ou la fin de celui de l'Atlantique*; les éruptions volcaniques, etc.... Mais ce qui nous manque, c'est le moyen d'établir une concordance entre les faits propres à une région et ceux d'une autre, sans recourir, comme on le fait trop souvent, à une pétition de principe absolument hypothétique. C'est donc seulement de l'Europe occidentale qu'il va s'agir ici-.

La période sicilienne, qui termine le pliocène (villafranchien ou calabricn, saint-prestien, mindélien, cromérien), porte encore, en principe, l'indice d'un climat chaud, puisqu'elle comprend, avec \' Elephas meridionalis, des hippopotames. H faut aller en Scanieet à Hambourg pour trouver, à ce moment, des argiles à blocaux glaciaires (scanien ou mindélien), tandis qu'en Angleterre se produisent des dépôts marins, tels que le Crag de Norwich, ou des formations d'estuaire, comme le Forestbed. Néanmoins, un brusque refroidissement se manifeste dans

1. On voit, dansTAtlantique, les vallées de la Loire, de la Gironde, de l'Adour, du Douro, du Tage, se prolonger par des vallées submergées qui. pour les derniers fleuves, descendent aujourd'hui jusqu'à près de 3.000 mètres de profondeur.

i. Les changements pléistocènes dans la distribution des mers ont été très faibles et ne nous font connaître que des formations marines littorales, ou parfois nériliques. C'est assez cependant pour constater qu'aucune modification générale dans la faune n'a eu le temps de se produire dans cet intervalle et n'accuse, pour les mers, les transformations de climats dont nous allons voir l'empreinte sur les continents. Ce défaut de modification générale dans la faune marine nous prive à cette époque de notre seul instrument chronologique sérieu.\', en même temps que les séries stratigraphiques nous font à peu près défaut. C'est ainsi qu'on a été amené à établir les subdivisions du « quaternaire » sur les successions de mammifères terrestres, sur la paléontologie humaine ou sur les périodes glaciaires, en établissant d'une région à l'autre des synchronismes purement conventionnels. Rien ne prouve nettement que la chronologie glaciaire de Scandinavie concorde avec celle des Alpes ou, à plus forte raison, avec celle des Etats-Unis, et il en est de même, à plus forte raison, quand on prétend synchroniser d'un pays à l'autre des races ou des civilisations humaines, dont on voit coexister dans la même station des représentants, regardés ailleurs comme successifs. Il ne faut pas oublier, quand on rapporte des ossements humains au terrain où on les rencontre que l'habitude d'ensevelir les morts parait avoir existé déjà chez les plus anciens hommes connus. Les mouvements des faunes de mammifères ont été, eux aussi, profondément influences par les changements locaux de climats et, quand on sort de la région très restreinte de l'Europe occidentale, sur laquelle ont été faites la plupart des études quaternaires, on ne retrouve plus, même en Amérique du Nord, les faunes terrestres européennes, sur lesquelles on s'était accoutumé à compter. Aussi les auteurs qui prétendent établir une chronologie universelle pour cette période si étroitement dépendante de la phase actuelle et à laquelle les méthodes de l'ftistoire conviendraient mieux que celles de la géologie, sont-ils constamment en désaccord. On trouvera, à cet égard, un résumé remarquablement complet et mis au point dans le Traité de géolof/ie de M. Uacg.

la mer du Nord, sans doute parce que le morcellement du continent Nord-Atlantiq.ue permet maintenant aux courants arctiques d'y pénétrer, et des espèces arctiques arrivent jusque dans la Méditerranée par un détroit de Gibraltar plus large qu'il ne l'est aujourd'hui.

Le pléistocène proprement dit, que l'on appelle aussi paléolithique (époque des outils de pierres éclatées ou taillées), a pu être divisé, d'après la forme des instruments de silex qui se succèdent généralement dans le même ordre, en chelléen, acheuléen, moustiérien, aurignacien, solutréen, magdalénien. Ce qu'il y a de plus typique dans l'histoire des climats pendant cette période, ce sont les alternances inégales des périodes glaciaires et des périodes tempérées, qui, sans doute, ne lui sont pas spéciales, mais que nous avons alors des moyens particuliers d'étudier. En Scandinavie et en Ecosse, Geikie a déterminé six périodes glaciaires, peut-être susceptibles d'être réduites à quatre; Penck, dans les Alpes, en a reconnu trois, puis quatre. A la condition d'admettre que le maximum d'extension glaciaire s'est fait à la fois dans le Nord et dans les Alpes, on arrive à établir une correspondance plus ou moins exacte, en faveur de laquelle il existe quelques arguments paléontologiques.

Lors de ce maximum d'extension (Rissien), les glaciers, en manteau continu, couvrent à peu près le septième des continents actuels, soit 20 à 25 millions de kilomètres carrés: ils descendent, aux États-Unis, jusqu'au-dessous du 40'' degré de latitude, au-dessous des Grands Lacs, et au delà de New-York; en Europe, ils atteignent le 50*, couvrant à peu près toute l'Angleterre, l'Allemagne du Nord jusqu'à l'Erzgebirge et au Harz, la Scandinavie et la Russie jusqu'à Voronej, mais épargnant sans doute la Sibérie Orientale, où se trouve aujourd'hui le pôle du froid : remarque, dont j'ai déjà indiqué plus haut l'intérêt. Donc, s'il est exact d'admettre la concordance et non l'alternance sur les deux rives de l'Atlantique Nord S le manteau glaciaire semble s'étaler symétriquement des deux parts.

La faune froide correspondante comprend une première fois l'^/ephas pinmigenius avec l'El. trogontherii.

Puis les premiers hommes apparaissent, croit-on, en Europe, quand le climat devient plus favorable, après cette période de glaciation extrême (race du Neanderthal à Mauer, Krapina, la Chapelle-aux- Saints, la Ferrassiej, en même temps que se développe la faune chaude à Elephas antiquus et Rhinocéros Mercki. C'est l'époque caractérisée par les outils de type chelléen (« coups de poing » taillés

1. Les géologues américains admettent de quatre à six périodes glaciaires.

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sur les deux faces)*, puis de type aciieuléen. La même race subsiste encore après la dernière glaciatiœi (dile wûrmiennej, alors que s'établit un régime de froid humide à faune de toundras, où vivent l'Elephas primigenius et le Rhinocéros tichorinus -, et se trouve ainsi contemporaine des négroïdes, dits de C.rimaldi, qui ont habité les grottes de Menton ^ On la trouve dans le Sud-Ouest de la France (la Ferrassie, etc.), avec des outils de type mousliérien (racloirs, etc.).

Dans une phase suivante, le climat devient sec tout en restant froid et détermine un régime de steppes ; on voit alors dominer, dans nos latitudes, des animaux, qui, lorsque la température s'est réchauffée plus tard, ont dû émigrer vers les zones plus froides du Nord ou vers les cimes glacées des montagnes : le renne (animal caractéristique de celte phase), le glouton, le chamois, la marmotte, l'auroch. Parmi les hommes qui vivent en ce moment, on connaît par son squelette une race très grande et bien proportionnée, dite de Cro-Magnon. Les outils sont : d'abord le type solutréen (pointes à cran), accompagnés alors de nombreux ossements de chevaux, puis de type magdalénien (outils en os, etc.). Les manifestations artistiques, peintures sur les parois des grottes, sculptures ou gravures sur os, deviennent nombreuses.

A peu près vers cette époque, semble-t-il une invasion marine correspondant à un affaissement du sol dépose, dans les régions baltiqueset en Amérique, vers le lac Ghamplain, des couches à Yoldia arctica, que leur similitude de faune fait supposer synchroniques*.

Enfin, la température se relevant, un climat analogue au nôtre s'établit. C'est le moment où une invasion, dont l'étude n'appartient plus au géologue mais à l'historien, amène dans l'Europe Occidentale une civilisation, sinon très supérieure à celle des hommes d'Altamira,

i. On a trouvé, par exemple, près de Pontoise ou à Chelles, des outils chelléens avec YElephas antiquus, moustiériens avec VEleplias primigenius. Mais, ailleurs, aux environs de Paris, on rencontre pêle-mêle, comme on pouvait s'y attendre, des outils chelléens, moustiériens et même magdaléniens. Les formations interglaciaires de Suisse présentent des affinités paléonlologiques avec le chelléen du bassin de Paris et de la vallée du Rhin.

i. C'est l'époque des moraines baltiques. en arrière desquelles se sont déposées plus tard, lors du retrait des glaces, les moraines Scandinaves.

3. Les outils de pierre de Griraaidi sont moustiériens :1a faune cheliéenne.L'« Homme de Menton », trouvé en 1872, par E. Rivière, appartient déjà à l'âge du Renne.

4. Par la continuation de l'affaissement après le dépôt, ces couches sont aujourd'hui souvent à plus de 110 mètres au-dessous de la mer. A Kristiania, le continent est descendu ainsi -215 mètres plus bas qu'il n'est aujourd'hui. Mais cet affaissement a été suivi d'une élévation graduelle laissant des plages de hauteur décroissante. Les argiles à yoldia présentent des alternances de lits clairs et foncés dus à des variations saisonnières qui ont permis à G. de Geek des évaluations en années. Suivant lui, le glacier aurait mis 5.000 ans pour reculer du Nord-Est de la Scanie au Norriand. Dans l'Amérique du Nord également, les couches à yoldia ont été portées jusqu'à 200 mètres à l'extrémité Est du lac Ontario.

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de la Madeleine, du Mas d'Azil, du moins différente : la civilisation néolithique, à laquelle ont succédé l'âge du bronze, puis l'âge du fer /époques de Hallstadt et de laTène).

Si maintenant nous cherchons une explication à ces alternances de périodes glaciaires et interglaciaires, nous nous trouvons en présence de très nombreuses théories dont aucune n'est satisfaisante*. On a souvent parlé (James Croll, Geykie, etc.) d'une intervention astronomique directe tenant aux variations que présente l'excentricité de l'orbile terrestre. En deux mots, pour le maximum d'excentricité, la saison froide devenant plus longue en même temps que la dislance au Soleil serait plus grande, la Terre se couvrirait d'un manteau de neige, que l'été, bien que plus chaud, ne réussirait pas à faire disparaître. Un hémisphère serait alors à l'état glaciaire, l'autre ayant, au contraire, un maximum de température. On a également pensé à des variations dans l'inclinaison de l'axe terrestre. Mais il semble bien qu'il s'agisse de phénomènes trop courts et de durée trop inégale pour être régis par des lois semblables. Les oscillations verticales du sol, que l'on constate directement en Scandinavie, au Canada, etc., ont pu avoir une influence; ces oscillations paraissent toutefois bien faibles dans les régions où la glaciation a été le plus intense. Nous serions plus tenté de croire à un phénomène météorologique analogue à ceux dont nous voyons constamment la reproduction atténuée, mais ayant atteint ici des proportions singulières : phénomène pouvant avoir un rapport d'origine avec les courants électromagnétiques développés par les taches solaires ^

II. — Histoire de la géographie terrestre etde la sédimentation.

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