LES DÉPLACEMKNTS DES MERS ET DES MONTAGNES. RÉCURRENCES CONST.ANTES
DES MÊMES SÉRIES DE PHÉNOMÈNES ENCII.UNÉS LES UNS AUX AUTRES. — APPLI- CATION SPÉCIALE AUX CONCENTRATIONS LITTORALES, LACUNAIRES, OU CONTINEN- TALES DE SUBSTANCES UTILES.
Dans la première partie de ce chapitre, je me suis efforcé de retrouver
1. On s'est demandé à diverses reprises si les variations de climat ne se seraient pas reproduites dans ta période lustorique qui commence pour nous avec le néolithique. Une enquête faite au Congrès géologique de Stockholm a montré qu'il était impossible de conclure. On a cru parfois distinguer un adoucissement progressif de la température en Gaule et en Germanie, un assèchement en Afrique et en Asie Mineure. Les mieux constatés de ces phénomènes s'expliquent aisément par l'influence humaine, par le déboisement, etc. (A. Angot, Météorologie, 1889, p. 410.)
2. Peut-être enfin faut-il retenir l'idée de Svantb Arrhénius, pour lequel la teneur en acide carbonique de l'air, modifiée par des périodes de volcanisme intense, serait le facteur principal.
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les traces d'une évolution progressive, ayant façonné peu à peu la géographie terrestre suivant une loi permanente ; j'ai donc insisté particulièrement sur les traits durables, qui, après avoir caractérisé une époque par leur apparition et l'avoir distinguée des précédentes, se sont ensuite perpétués avec des modifications progressives. Je vais, au contraire, maintenant, insister sur des traits momentanés, destinés à s'effacer peu à peu après s'être produits, mais non sans avoir provoqué des séries de conséquences, qui, elles-mêmes se sont montrées éphémères.
On ne s'étonnera pas de me voir compter, parmi ces traits momentanés, des accidents supertlciels, qui nous semblent tout à fait caractéristiques en géographie actuelle, comme l'existence des Alpes et de l'Himalaya, ou celle de l'Océan Atlantique. J'ai assez de fois déjà signalé la facilité, avec laquelle de hautes ciiaînes alpestres se sont dressées sur la Terre à diverses époques, puis ont disparu tout entières par l'érosion ; j'ai assez rappelé la manière, dont la plupart des mers se sont déplacées sans cesse à la surface du globe et surtout le caractère absolument récent des deu.x traits, que je viens de signaler, a déjà été suflisamment mis en évidence, pour qu'il soit inutile d'y revenir.
Mais, au moment de mettre à profit les séries successives de cartes paléo-géographiques, je rappelle combien, d'après une remarque précédente, les plus anciennes d'entre elles sont hypothétiques et nous renseignent mal, par suite, sur ces époques primitives du globe, que nous aurions de toutes façons un intérêt spécial à bien connaître.
11 faut également, — et je liens à le dire aussitôt — s'attendre à une aridité forcée dans ces descriptions successives de cartes géographiques, quelque souci que j'aie pris d éliminer le plus possible les détails locaux pour insister sur les traits d'un intérêt général et permanent.
Voici, au cours de cet exposé historique, ces résultats généraux, que je voudrais essayer de faire ressortir.
L'histoire de la Terre, envisagée tout à fait dans ses grandes lignes, comprend un certain nombre de phases troublées, caractérisées par de longs soulèvements montagneux et par de brusques effondrements, alternant avec des phases calmes, où ne se produisent plus, en apparence, que de lents déplacements des mers.
Ces phases, qui ne sont pas rigoureusement simultanées d'une région à 1 autre, et dont on peut même concevoir l'alternance en passant aux antipodes, s'étendent néanmoins, en moyenne, à d'assez vastes étendues pour qu'on puisse en suivre les effets sur tout un hémisphère. A cet égard, la Terre se divise, depuis la première heure, en deux parties inégales, dont l'une, embrassant à peu près tous nos continents avec les mers intermédiaires, est celle à laquelle s'appliquera l'historique sui-
vant, tandis que l'autre, occupée presque entière par la grande mer Pacifique, nous demeure très inconnue, sinon en ce qui concerne sa périphérie, du moins dans sa constitution intime.
Quand on étudie, dans son développement successif, un cycle complet, ainsi formé d'une phase troublée, que termine une phase calme, on voit s'y produire un certain nombre de phénomènes, en relation les uns avec les autres, qui constituent tout le détail de nos manifestations géologiques. D'un cycle au suivant, ces phénomènes présentent, dans leur groupement et leurs rapports, de grandes analogies ; il y a, dans une certaine mesure, récurrence, bien que cette récurrence soit loin d'aller jusqu'à l'identité et se montre notamment influencée par l'évolution progressive, dont il a été question précédemment. Cette constatation une fois faite nous permet, ayant élucidé ce qui concerne le dernier cycle tertiaire, pour lequel nos moyens d'investigation sont particulièrement nombreux et précis, de procéder par induction pour les cycles précédents, de plus en plus obscurs à mesure qu'on s'éloigne dans le passé et, guidés ainsi dans nos recherches par des hypothèses, de n'avoir plus qu'à en chercher la vérification expérimentale.
Si nous envisageons, dès lors, en ne considérant pour le moment que les plissements, un cycle particulier et si nous essayons d'en résumer, d'en synthétiser l'histoire, nous voyons que la phase troublée se caractérise d'abord par un certain nombre de mouvements, que nous avons plus particulièrement étudiés dans le chapitre consacré à la tectonique et dont les manifestations corollaires sont l'objet de la pétrographie et de la métallogénie.
En résumé, nous avons vu que le soulèvement d'une chaîne montagneuse, destinée à former un rempli saillant sur une zone faible de l'écorce, débute par un fléchissement du sol le long de cette zone faible, par l'enfoncement d'un fuseau allongé et, dans son ensemble, à peu près rectiligne, mais très sinueux ou même ramifié dans son détail qui constitue ce que l'on appelle un géosynclinal. Puis une pression latérale rapproche peu à peu les deux bords du géosynclinal, qui s'enfonce en conséquence et, suivant l'axe de la cuvette ou sur ses bords, un pli saillant inverse commence à surgir en profondeur, sous un manteau plus ou moins épais de sédiments superposés. Celte ride générale, qui se complique peu à peu et qui arrivera au renversement, avec charriage de la partie renversée sur les parties sous-jacentes, cherche alors à atteindre, par saccades successives, son maximum de hauteur, tout en restant comprimée par les terrains qui la surmontent et sur lesquels l'érosion doit s'exercer de plus en plus active à mesure qu'ils tendent
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à se soulever. En même temps, des roches éruptives montent dans les vides creusés au-dessous d'elle ou sur ses bords et de ces roches émanent des fumerolles métallift^res, qui incrustent ses dislocations, ou les cassures que son mouvement occasionne dans les régions avoisinantes.
C'est là, dans ce cas des plissements, la première phase troublée, qui se traduit donc finalement par l'émersion d'une chaîne continentale sur une zone où pouvait exister antérieurement une mer et par la démolition progressive de ses parties les plus instables, que les eaux torrentielles remanient aussitôt et sédimentent grossièrement, dans des bassins qui s'approfondissent par le fléchissement de leur cuvette, en môme temps qu'ils se remplissent par le haut. On a, en résumé, pour caractériser cette première phase, des accumulations de produits grossiers, conglomérats et grès mal roulés, auxquels se mêlent des projections de cendres volcaniques et des épanchements de laves. De nombreux lacs s'établissent dans les aspérités de la chaîne encore inégale et peuvent recevoir, comme je le dirai tout à l'heure plus en détail, des accumulations de végétaux, formant de premières couches de combustibles. Un peu de fer et de phosphore, emprunté aux roches détruites, commence aussi à se reprécipiler, avec ou sans intervention des organismes, à l'état de carbonate, silicate ou pyrite de fer et de phosphate de chaux en nodules.
Par une corrélation, par une bascule nécessaires, un tel mouvement, qui fait ainsi reculer la mer sur une région soulevée, doit être accompagné d'un flux transgressif dans une autre, bien que cette catégorie de mouvements marins en relation avec les plissements montagneux soit loin de présenter l'importance exclusive qu'on lui a parfois attribuée. Cette sorte de marée, qui recule ici, doitavancer là etil se produit, quelque part, plus ou moins loin, dans une zone qui peut en elle-même paraître calme, quelque chose comme un « raz de marée », une vaste « lame de fond », dont localement on ne soupçonne pas d'abord la cause, faisant déborder un océan sur les régions où son accès est le plus facile, parce qu'elles ont été antérieurement le plus aplanies.
Après quoi, la chaîne montagneuse, arrivée à la saillie extrême, se détruit avec une rapidité croissante ; la nature travaille, en quelque sorte, à rétablir l'équilibre détruit, à remettre de l'ordre, à reclasser méthodiquement tous les matériaux, qui ont été soulevés en l'air, ou charriés pêle-mêle. Et elle le fait, grâce à l'action intense de ses eaux courantes, de ses eaux agissant par la force de leur congélation, de ses eaux chargées de principes chimiques, par la gravité, par les alternatives de chaleur et de froid, par le vent, etc., ainsi que nous le voyons aujourd'hui dans la fin d'une telle phase calme : c'est-à-dire que l'éro-
sion commence, — avec une intensité, dont on ne se rend pas, en général, un compte^assez exact — à aplanir, à niveler les aspérités, les rugosités de la chaîne précédente.
Cette érosion opère, pour ainsi dire, par coups de rabol successifs, enlevant d'abord d'énormes copeaux, puis, à mesure que l'aplanissement se réalise, produisant des entailles de plus en plus faibles et mettant ainsi à nu peu à peu des parties, qui se trouvaient d'abord plus profondes, qui traduisent, donc, par leurs caractères, cette profondeur originelle.
Pendant cette période, la destruction, d'abord commencée par grandes masses el souvent accompagnée de phénomènes glaciaires qui la facilitaient, produit, au début, des conglomérats et grès grossiers, analogues à ceux de la phase précédente, et accompagnés des mêmes dépôts de végétaux, avec carbonate de 1er et phosphate : produits détritiques, que l'on distingue bientôt, quand l'érosion est assez avancée, parle mélange de plus en plus abondant de fragments éruptifs, empruntés aux filons rocheux, aux intrusions volcaniques, qui se trouvent atteintes par le progrès de la destruction.
A ces débris de roches s'ajoutent également les produits de la démolition des filons métallifères connexes et, spécialement, des pyrites de fer, qui forment toujours la plus grande partie de ces filons. Par la mise en mouvement de ces pyrites dans les eaux, par la dissolution des 7 à 8 p. 100 de fer, que contiennent à elles seules les roches mécaniquement pulvérisées et chimiquement attaquées, il se trouve entrer en dissolution de grandes quantités de fer; et ce fer, dans ces eaux torrentueuses, au milieu de ces sédiments grossiers, déposés le plus souvent presque à l'air libre, soumis à des phases d'assèchement désertique, se précipite, pour une grande part, à l'état de peroxyde (d'abord peut-être hydraté, puis déshydraté lentement par métasomatose). Il en résulte, essentiellement, des grès rouges, des conglomérats rouges à fragments de roches ignées, ou, dans les parties échappées au contact de l'air, des graviers pyriteux.
Le fer n'est pas alors le seul métal mis en liberté et, quand la partie attaquée de la chaîne contenait, par exemple, des filons de plomb ou de cuivre, on peut retrouver ces métaux dans les matériaux sédimentés : le plomb, peu soluble, précipité mécaniquement de suite ; le cuivre, en général dissous, reprécipité chimiquement plus tard dans des lagunes de concentration et d'évaporation.
En môme temps que ce mouvement de destruction violente s'opère, le sol, dans la région de la chaîne montagneuse, est encore loin d'avoir retrouvé sa stabilité ; toute action en mécanique dépasse habituelle-