CHAP. XII. — RÉCURRENCES DES PHÉNOMÈNES GÉOLOGIQUES
ment son objet et est suivie d'une réaction ; il se produit donc des tassements partiels de la chaîne trop soulevée; surtout, des craquements se font sur son bord ; des morceaux de l'écorce s'effondrent soudain ; des bas-fonds nouveaux peuvent s'ouvrir à l'accumulation des eaux lacustres ou marines; ailleurs, les plissements se continuent en agissant sur les premiers sédiments qui viennent de se former. Et quelques dernières manifestations volcaniques (comme nous pouvons en voir aujourd'hui même), mêlent encore leurs produits à ceux de la sédimentation.
Mais, peu à peu, le calme'se rétablit, et, le long de la saillie érodée, en arrière surtout, soit par suite des tassements, soit par l'effet des plissements mêmes, qui forcent les cours d'eau, dont le profil est encore mal établi, à traverser des reliefs topographiques en dent de scie, il se crée des dépressions profondes, formant des lacs allongés dans le sens des vallées. Alors, suivant le climat et l'abondance des pluies, ces lacs peuvent élever assez leur niveau pour trouver un écoulement vers la mer, ou rester sans écoulement et commencer à s'évaporer. Au premier régime correspond une sédimentation lacustre ou fluviatile, dans laquelle s'accumulent parfois des végétaux destinés à former la houille ; le second détermine l'existence de lacs salés, de chotts, dans lesquels les matières salines se déposent suivant un ordre de précipitation constant, avec des interruptions et des retours en arrière provoqués par les crues qui ramènent momentanément un excès d'eau douces Dans la plupart des cas, nous voyons les couches de houille venir les premières, puis les couches salines : comme si, après la surrection de la chaîne, il y avait eu d'abord une période de grandes précipitations pluvieuses, coïncidant peut-être avec une phase glaciaire, puis une réduction de ces pluies et l'établissement d'un climat chaud, désertique. Cependant, l'inverse peut se produire et une lagune désertique a pu retrouver un écoulement.
Dans cette phase, la concentration des eaux saumàtres donne, d'abord, du gypse, puis du sel marin, puis, si elle est poussée assez loin, des sels alcalins. Ces sels divers se mêlent avec les argiles et les vases, sédiments ordinaires d'une eau qui se dépose tranquillement. En
1. IliCHTHOFEN cl ScEss (loc. cit . , III, 411) Ont qualiCé les régions à dépôts salins de centrales, celles à dépôts houillers de vériphériques. Dire que la houille est veuue après le sel, c'est dire qu'une région, d'abord sans écoulement, en a trouvé un plus tard; si c'est linverse, une zone librement ouverte s'est ensuite fermée et évaporée. En principe, un tel isolement est l'effet d'un plissement récent comme on le constate dans l'Asie centrale, les Andes, la Californie; au contraire dans les régions anciennes, le réseau hydrographique a eu le temps de se déve lopper et les débouchés de s'ouvrir, mais alors les accidents de terrain qui déter minent les lacs ont généralement disparu comme ceux qui produisent les cascades 11 n'y a pas toutefois, comme nous le verrons note 1, p. 4S2, incompatibilité absolue entre le développement de la végétation et le régime saumâtre ou lagunaire.
outre, si la deslruclion des filons métallifères avait mis en dissolution dans les eaux des sulfates métalliques, ces métaux (cuivre, fer, accessoirement nickel, cobalt, zinc, etc..) peuvent se reprécipiter, par réduction, à l'état de sulfures, surtout si des matières organiques, concentrées en même temps, ont chargé les eaux de réducteurs hydrocarbures, donnant lieu de leur côté à des schistes bitumineux.
Un tel état de choses se prolonge plus ou moins longtemps ; les produits métalliques disparaissent d'abord dans les sédiments, sauf à revenir momentanément si quelque phénomène de destruction plus intense met en mouvement des matériaux nouveaux; puis la mer progresse calmement sur le sol, qui s'aplanit et s'aiïaisse-, une période de transgression commence et s'étend à mesure que la chaîne se réduit, d'abord à quelques tronçons, puis à des plateaux, puis à une pénéplaine, disparaissant à un degré qu'on s'imagine mal, mais que figure néanmoins le contraste entre le Plateau Central, chaîne alpestre carbonifère et nos Alpes actuelles. On entre ensuite dans la véritable période de calme; sur de vastes régions marines, où les eaux n'apportent plus de sédiments détritiques, les organismes coralliens, profitant du climat tropical, qui a dominé en Europe presque jusqu'au tertiaire, commencent à construire leurs récifs de tous côtés. Au lieu des grès et des conglomérats, au lieu des argiles schisteuses avec gypse et sel, on voit maintenant dominer les calcaires. Toute la chaux, empruntée aux roches de la chaîne détruite (roches qui en contenaient, en moyenne, 3,0 p. 100), était entrée en dissolution; les organismes vivants la fixent dans les eaux et la reprécipitent.
Ces organismes fixent, en même temps, le phosphore, que la même destruction avait également fait entrer en dissolution. Les roches contiennent, en moyenne, près de 1 p. 100 de phosphore ; on voit donc quelle quantité de cette substance, rare en apparence, peut résulter du remaniement mécanique et chimique de toute une chaîne alpestre. Pendant la transgression, les organismes phosphatés s'accumulent le long du rivage, sur certains points, où il se produit, sans doute, de plus, une précipitation chimique directe du phosphore entré en dissolution, auquel un premier noyau organique ou phosphaté sert de centre de concentration. Peut-être ces réactions s'effectuent-elles surtout sur certaines plages basses, où les organismes s'accumulent et, en partie, par l'intervention de l'acide carbonique. En tout cas, un phénomène presque connexe concentre souvent, en même temps, du fer, à l'état, soit de pyrite, soit de carbonate substitué à du calcaire : fer provenant plus ou moins directement de la destruction des roches et de la dissolution de leurs éléments. Ce fer commence même par domi-