CHAP. XH. — ÈRE DES MOUVEMENTS PRIMITIFS (ORDOVICIEN
dans sa partie européenne, progressivement incliné vers le Sud pendant le cours des âges, tout en gardant à peu près le même point de départ américain.
Au Nord de cette mer se trouvait le continent paléarctique, qui est assez nettement constaté aux États-Unis, au Nord du lac Huron : continent représentant déjà l'ensemble de terres émergées, qui caractérise encore le pourtour de notre pôle boréal. Une pointe Sud de ce continent devait dessiner dès lors les Appalaches; vers l'Ouest, une autre île très allongée esquissait également la chaîne côtièrc du Pacifique entre le golfe de Californie et Vancouver.
C'était la transformation d'un continent huronien, que nous avons aperçu avant le cambrien ; la mer précambrienne, qui avait recouvert précédemment la région des Grands-Lacs américains et l'Est de la Finlande, les a abandonnés.
Par contre, des rides secondaires se forment à ce moment plus au Sud, et amènent l'émersion d'un autre continent, qui, pendant l'ordovicien (3), va traverser l'Europe Centrale.
Au Sud de la mer intérieure, les géologues imaginent enfin d'ordinaire un vaste continent, reliant l'Afrique au Brésil et peut-être même auNord de l'Australie : continent qui, lui aussi, paraît s'être perpétué ensuite pendant de longues périodes géologiques. C'est une hypothèse évidemment très problématique; car rien ne prouve que le cambrien marin n'e.Kiste pas quelque part en Afrique et au Brésil. D'autre part, nous ne savons rien de ce qui se présente en profondeur dans toute la partie Sud du Pacifique, au sujet duquel nous avons déjà dit quels problèmes fondamentaux se posaient; et peut-être l'Amérique du Sud a-t-elle commencé par se relier vers 1 Ouest à l'Australie, comme elle se reliait vers l'Est à l'Afrique. Néanmoins, aux dimensions près, l'existence de ces grandes terres australes à l'époque cambrienne est très vraisemblable.
Enfin, au Sud, nous avons représenté une mer Australe, qui serait déjà le prélude de la mer encore existante sur toute la périphérie du pôle Sud. La preuve de cette mer a été constatée en Australie et en Nouvelle- Zélande ; on en a retrouvé la trace dans la République Argentine et dans le Saltrange Indou ; il faut bien reconnaître que tout le reste des contours est conventionnel.
Ordovicien (3). — Après le cambrien, pendant l'ordovicien (3), les grandes masses continentales gardent à peu près la même allure. Le changement le plus sensible s'efîectue dans le Nord de l'Europe, La mer, dont notre planche IV figure la limite Sud, envahit presque
toute la Russie en respectant deux îles en Finlande et dans l'Oural ; des îles s'esquissent également dans la France Centrale et l'Allemagne, simulant ainsi les tronçons d'un continent, dont l'axe aurait été suivant la ligne 00, du golfe de Gascogne à la mer Blanche.
Le long de ces côtes nouvelles, nous rencontrons, pour la première fois, un phénomène, qui va jouer un rôle important dans toute cette histoire et sur lequel j'insisterai bientôt en raison de sou intérêt théorique et pratique. La destruction des roches cristallines par les eaux et la reprécipitation chimique du fer entré en dissolution déterminent finalement des minerais de fer, que l'on peut suivre dans les Asturies, le Maine-et-Loire, le Calvados, le Pays de Galles, le Dunderlandsal norvégien, la Bohême, laSardaigne, l'Est des États-Unis, elc.^
Chaîne Calédonienne. Gothlandien {^) . — L'époque gothlandienne (4) voit se produire en Europe, au Sud de la précédente chaîne primitive, un autre grand plissement, dit calédonien, qui bute, au Nord, contre l'Avant-Pays formé par la chaîne précédente.
C'est la seconde de ces rides montagneuses que nous rencontrions et nous avons vu précédemment qu'elle est située, en moyenne, au Sud des faîtes primitifs qui représentent la précédente, de même qu;i les chaînes suivantes, dites hercynienne et alpine, seront de plus en plus méridionales en Europe.
Cette chaîne plissée, d'âge gothlandien (4), à laquelle on a donné le nom de chaîne calédonienne, existe en Scandinavie, où des lambeaux horizontaux de poudingues dévoniens (5) recouvrent le silurien (:2,3) et les gneiss plissés. Elle se prolonge dans les Grampians d'Ecosse, où un plissement, qui date de la fin du silurien (4), a renversé le gneiss sur le silurien. Enfin on la retrouve aux États-Unis dans les montagnes Vertes, qui prolongent au Nord les Appalaches et où le Gothlandien (4), resté horizontal, recouvre les autres terrains siluriens (2,3) plissés avant son dépôt. Cette époque gothlandienne paraît, dans cette région Est des Étals-Unis-, avoir vu se produire un premier mouvement des Appalaches, coupant la communication entre la mer intérieure des Étals-Unis et l'Atlantique.
11 est à noter qu'à cette époque Gothlandienne commencent déjà
1. Je renvoie, pour tout ce qui concerne les minerais de fer, à mes Gites minéraux et métallifères, où jai discuté (tome H, p. 410 à 420) l'origine des sédiments ferrugineux et l'intervention, dans leur allure actuelle, des substitutions ultérieures.
i. Dk Lapp.^hknt, d'après Stuart Weller, loc. cit., p. 821. — Voir encore Bailev WiLLis, Palœozuic Appalachia (Maryland geol. Surv., t. IV, 1902, p. 57). Ce travail montre que lu grand mouvement des Appalaches a été carbonifère.