CHAP. XII. — PÉRIODE CRÉTACÉE (TURONIEN
ncnts de l'époque crétacée, usés par l'érosion depuis la phase hercynienne sans aucun grand mouvement nouveau, devaient être, au moment de celte transgression cénomanienne, très aplanis et l'invasion marine s'y est faite, en général, très doucement, d'ordinaire sans déposer do matériaux détritiques, avec des profondeurs qui ne dépassaient pas 300 mètres, accumulant, dans bien des cas, seulement, sous la forme de craie, des quantités de débris organiques ^
Un fait pratiquement intéressant est la présence, dans certaines de ces vases crayeuses, de matières organiques phosphatées, qui se sont concentrées sur des points de prédilection, soit pendant le dépôt môme de la craie, soit pendant les mélamorphismes, qu'elle a subis postérieurement.
C'est ainsi que la craie cénomanienne débute parfois (Normandie, Sainte-Menehould,etc.) par une marne à petits nodules phosphatés; de même la craie turonienne (37) est presque toujours un peu phosphatée, quoique avec une teneur très faible ; la craie sénonienne (aturien, 39) l'est, au contraire, très fortement dans la Picardie, l'Artois, leHainaut; et une altération superficielle de certaines parties de ces craies pendant l'émersion tertiaire y a concentré, dans quelques poches, des quantités remarquables de phosphates à haute teneur.
Dans toute la zone méditerranéenne, du golfe du Mexique à l'Asie, en passant par le Sud de la France, une sorte de mer corallienne s'étend à la même époque, sous la forme de mer à rudistes, attestant une température moins élevée que les coraux proprement dits.
Au Sud, vers la lisière méridionale de l'Atlas, la mer cénomanienne arrive à son rivage, où se déposent d'importants amas de gj'pse.
Ailleurs le régime côtier s'accuse de plus, en quelques points, par la concentration d'une substance relativement rare et que nous n'avons pas encore eu à mentionner : la strontiane, peut-être originellement empruntée aux plagioclases des roches, qui en contiennent souvent des proportions notables. On trouve cette strontiane dans l'emschérien du Colorado (38), dans l'aturien (39) de la "SVestphalie, dans l'éocènc des environs de Paris, puis dans l'oligocène à lignites de l'Allemagne du Nord, et il s'en est également déposé de grandes quantités avec les gj'pses solfîfèfes miocènes de Sicile.
Enfm les dépôts charbonneux, caractéristiques de zones continentales, sont assez abondants pendant la fin de cette période crétacée :
1. Ce n'est pas à dire, bien entendu, que les sédiments détritiques sableux fassent défaut à cette époque ; il suffit de se rappeler les grès du Maine et de la Provence, le « Quadersandstein » de Saxe et de Bohème, le « Dakota Sandstone » de l'Amérique du Nord, etc.; mais leur rôle est, dans nos régions, relativement subordonné.
à Vancouver, pendant l'emschérien (38) et à peu près h la même époque, dans les Balkans ; en Provence, à Fuveau(aturien, 39) ; en Silésieetdans les Alpcs-Oricntales, pendant le campanien f39j ; en Hongrie (Bakony) et dans les Montagnes Rocheuses (Laramie), pendant le danien (10).
E) Eue des mouvements tertiaires. — Le passage du crétacé au tertiaire marque, dans nos régions européennes, la fin de la période tranquille, qui avait succédé aux plissements hercyniens et le commencement de nouveaux mouvements du sol, destinés à atteindre leur apogée dans la chaîne alpine. Ces mouvements, extrêmement récents eu égard aux immenses durées géologiques antérieures, ont caractérisé la période, aussitôt suivie par l'apparition de l'homme ; il est permis de penser que nous sommes aujourd'hui dans la phase calme suivante, où semble sopérerpeu à peu la destruction de la chaîne plissée et peut-être encore très près de son début, puisque nos cours d'eau sont loin d'avoir atteint partout leur profil d'équilibre et puisque nos régions montagneuses à plis tertiaires gardent, presque partout, des saillies très accidentées. Ainsi que j'aurai l'occasion de le dire plus loin, nous pouvons nous considérer comme vivant en pleine période tertiaire.
Quand on examine ces diverses chaînes d'âge tertiaire, qui forment toutes les hautes saillies du globe et dont j'ai déjà indiqué la disposition dans le chapitre relatif à la tectonique, on y aperçoit, d'une façon très manifeste, les progrès inégaux de l'usure, tenant, soit à ce que telle chaîne est un peu plus ancienne, soit à ce que l'érosion s'y est faite moins activement. On peut, par exemple, signaler comme particulièrement avancées dans l'érosion les régions de l'Ouest Américain, qui forment aujourd'hui les hauts plateaux du Colorado ', la chaîne Californienne, dont le plissement a pu commencer au crétacé et le Mexique, ou encore les chaînes de la Nouvelle-Zélande (d'âge probablement secondaire) et c'est peut-être une des raisons, pour lesquelles les filons métallifères, que nous considérerons plus lard comme ayant toujours cristallisé à une certaine profondeur, apparaissent, dans ces pays, aussi abondamment. De même, les Pyrénées et les Carpathes post-éocènes sont beaucoup plus usées que les Alpes post-oligocènes et aussi plus métallisées aux niveaux visibles. Les Alpes mêmes semblent plus attaquées que l'Himalaya, où l'érosion actuelle trouve dès lors à s'exercer avec plus d'intensité; mais ce retard tient probablc-
1. Il ne faut pas confondre les régions, dont l'érosion est avancée, parce qu'elle B'est produite anciennement etestàpeu près terminée aujourd'hui, avec celles dont l'érosion est maintenant la plus active.