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é. Le géographe Strabon (qui vivait sous Tibère) signale, comme un fait très connu, l'existence des coquilles marines il l'intérieur de l'Egypte et discute seulement sur la cause de cette anomalie contre Er.vtostiiène (I, ch. iir, §§ 3 à 20), qui y voyait le simple remplissage d'une mer. Il remarque justement que les atterrissements des fleuves sont limités à leur embouchure et qu'il faut donc faire intervenir un autre phénomène, qui lui parait en rapport avec les nombreux mouvements de la mer, sorties ou disparitions d'Iles, dont il cite des exemples à Santorin, Ischia. etc. II va môme jusqu'à étendre cette thèse à la plupart des lies, comme la Sicile. On a souvent cité le passage (XVII, ch. i, § 3i), où il réfute l'opinion populaire que les nummulites d'Egypte étaient d'anciennes lentilles, comme une preuve que les Grecs n'avaient pas la moindre notion de paléontologie. Mais c'est un peu le pendant descoquilles de pèlerins, par lesquelles Voltaire, 18 siècles plus tard, expliquait encore tous les fossiles. On n'a peut-être pas assez remarqué cet autre passage (I. 3, § 4) ,: « Une question se présente, qui a. suivant Er.^tosthène, particulièrement exercé la sagacité des philosophes, c'est comment il peut se faire qu'à deux et trois mille stades de la mer, dans l'intérieur même des terres, on rencontre en maints endroits quantités de coquilles... Xanthos avait pu observer de ses yeux des gisements de pierres ayant la forme de coquillages, ou jportant l'empreinte de pectones et de chéramides, ainsi que des lacs d'eau saumàtre, en pleine Arménie et dans la basse Phrygie et de
CUAP. II. — GÉOLOGIE ET MINl'RALOGIE DES ANCIENS 5t
C'est donc faire trop d'honneur à quelques savants du xn* siècle que de leur attribuer, comme on le fait communément, cette découverte. Mais la vérité est que cette notion juste fut de plus en plus obscurcie par l'idée d'une influence astrale (empruntée à Babylone ou à la Chaldée), que nous venons déjà de rencontrer à l'occasion des minerais. Apparue d^s le temps d'Aristote', l'astrologie occupa de plus en plus de place à l'époque Alexandrine, puis au Moyen âge. On croyait alors que, dans certains cas, la nature avait pu, en se jouant (/wc/ms naturœ) imiter les formes des animau.x et tel est l'empire de ce genre de superstitions que Léonard de Vinci était encore obligé de discuter une théorie semblable, reproduite plus tard, en plein xvii" siècle (1670), par Martin Lister. On admettait bien la présence, dans les terrains, de quelques véritables coquilles marines, présence imposée par la logique des observations ; mais on y mêlait l'idée des imitations naturelles, fondée sur l'autorité d'un enseignement traditionnel.
Je me suis étendu un peu longtemps sur cette rudimentaire géologie des anciens; mais il n'était peut être pas inutile de rappeler que, là comme en tout, les Grecs, malgré d'inévitables erreurs, avaient déjà conquis certains résultats, qu'on n'a obtenus de nouveau que beaucoup plus tard *.
Après eux, il est arrivé, pour la géologie, ce qui s'est produit pour toutes les autres sciences ; il y eut un recul dans la nuit, produit par les invasions de ces barbares successifs, épris de la seule force des
ces différents faits concluait que la mer avait dû se trouver naguère à la place où sont aujourd'hui ces plaines, etc.. »
Pline dit aussi (XXXVl, 29) : « Théophraste rapporte que la terre produit des os et qu'il est des pierres osseuses. Aux environs de Munda, en Espagne, on voit des pierres offrant, toutes les fois qu'on les brise, l'image de la paume de la main (peutêtre des traces de chirotheriums triasiqiies). »
De même, Albert le Gra.\d remarque que certaines pierres ont des formes d'ossements d'animaux et l'explique par une vertu pétrifiante exercée sur des os. Par contre, Voltaire se croyait très spirituel et surtout très sensé en affirmant que les coquilles fossiles étaient de vieilles coquilles de pèlerin et traitait avec mépris ce pauvre Palissy, qui avait pu croire le contraire.
1. Il existe également, dans Aristote, certaines explications des poissons fossiles, qui lui font peu d'honneur. Aristote supposait que ces poissons vivent sans mouvement dans la terre, ou qu'ils s'étaient égarés dans l'intérieur de la terre, ou encore qu'étant nés de frais de poisson, laissés là pendant l'accroissement de la terre, ils étaient devenus terre eux-mêmes. (Voir Sainte-Claire Deville, loc. cit., p. 91.)
2. On ne devrait pas oubUer, quand on parle de la science antique (qui a été exclusivement la science grecque, les Romains n'ayant rien produit par eux-mêmes), que toutes les œuvres grecques originales, dans cet ordre d'idées, ont à peu près disparu et nous sont uniquement connues par de mauvais commentateurs, ou compilateurs de seconde ou troisième main. Aristote, qui a constitué à lui seul toute la science du Moyen âge, n'était probablement qu'un de ces savants entre beaucoup d'autres, dont la gloire vient beaucoup du hasard, qui a fait surnager ses œuvres; et c'était môme un savant relativement moderne (iv* siècle avant J.-C).
armes oa des seuls résultats immédiatement pratiques, qui lurent les Romains d'abord, puis les peuples du Nord ou de l'Orient; et, jusqu'à la Renaissance, l'humanité vécut sur quelques vagues recettes pratiques, quelques tours de main industriels, quelques théories embryonnaires, auxquelles j'ai déjà fait suffisamment allusion en rappelant tout à l'heure les écrits de Marbodus, d'Albert le Grand, de Calbus Fribergius ou d'Agricola.
Il suffira, pour compléter cet ordre d'idées, de résumer les théories sur les filons métallifères, exprimées en loOo par un médecin et actionnaire de mines de Freiberg en Saxe, dans le plus ancien traité d'exploitation minière qui ait été écrit, le Bergbiichlein de Calbus Fribergius.
Suivant lui, les minerais métalliques sont produits par des exhalaisons minérales, composées de soufre et de mercure, qui viennent des protondeurs de la Terre et en émanent dans les filons et fentes, où elles sont transformées en minerais sous l'influence génitrice des astres'. Certaines directions de filons se sont trouvées particulièrement favorables, parce que « l'influence du ciel y était plus commodément reçue ». Les divers minerais d'argent, d'or, d'étain, de cuivre, plomb, fer, mercure, etc., sont bien caractérisés par sa description ; mais les alluvions d'or et d'étain sont considérées comme nées à la place môme où on les trouve, dans les rivières et « particulièrement purifiées par le flux et le reflux des eaux ».
Après quoi, la Renaissance produisit un commencement de réveil, sur lequel je vais dire quelques mots ; mais, pendant les trois siècles qui l'ont suivie, jusqu'à la floraison moderne des sciences, il a fallu d'abord retrouver, par un long effort, ce qui avait été déjà découvert et perdu quelques siècles plus tôt* : effort utile néanmoins, parce qu'il a produit l'entraînement, la culture de l'esprit, l'activité intellectuelle, grâce auxquels, au début du xix* siècle, la science est partie tout à coup en avant d'un si magnifique essor.
C'est à Léonard de Vinci ou à Bernard Palissy^ que l'on attribue
1. Voir Dauiirée. La généralion des minéraux métalliques, d'après le Bergbiichlein (Journal des Savants, juin 1890. Traduction littérale, avec résumé de divers autres anciens ouvrages sur le même sujet). — De même, pour Agricol.\ (1o44), « la matière métallique est un mélange de terre et d'eau, qui se fait sous linfluence des eaux souterraines par l'action de la chaleur et du froid ».
2. Je reviendrai tout à l'heure sur les théories encore admises au xvii» et au xviii» siècle ; on peut s'en faire une idée en lisant la Restitution de Pluton par la dame et baronne de Beau-Soleil et d'AuFKEMBACH (1640), que Gobet, l'éditeur des Anciens minéralof/istes en 1779, défend contre l'accusation de charlatanisme, tout en déclarant ne pas croire lui-môme aux baguettes magiques (voir La Nature, iZ janv. 1904), ou encore le Parfait Joaillier de 1644. etc.
3. Voir, sur le Vi.nci : Gii.\rles Ravaisson-Mollien. Les manuscrits de Léonard de