‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 298 sur 356 · I. — Les résultats obtenus · texte numérisé non relu

I. — Les résultats obtenus

.4) Ammaux. L'hypothèse du transformisme \et la paléontologie. — X^a. question essentielle, qui s'impose, je crois, tout d'abord, à lattention et dont la Science demande, avant tout, la réponse à la géologie, est la suivanUe :

a La paléontologie, qui a reconnu la succession des êtres organisés à travers les époques géologiques, permet-elle de la comprendre; montre-t-elle, dans cette succession, un principe d'ordre et de continuité générale : ce que nous appelons une évolution, et non de simples changements ; confirme-t-elle ou infirme-t-elle le transformisme : autrement dit la théorie, d'après laquelle les êtres vivants seraient affiliés les uns aux autres, sans coupure réelle entre les espèces, et descendraient d'un petit nombre de souches communes (ou même d'une seule), quelque soit d'ailleurs le processus de cette succession et de cette transformation? »

A cette question, j'ai à peine besoin de dire que, chez la plupart des savants modernes, le premier mouvement est de répondre affirmativement. L'idée de créations successives ou de brusques invasions venant on ne sait d'où renouveler la faune terrestre entièrement détruite à chaque période géologique', a quelque chose qui choque notre conception instinctive de l'Univers. Si nous devions, par la logique seule et indépendamment de toute zoologie, choisir entre les deux hypothèses d'un monde organique évoluant, ou d'une création sans cesse recommencée, nous n'aurions à peu près aucune hésitation à préférer l'idée d'une évolution, réservant seulement notre opinion sur l'origine

fait remarquer que les nitrobactéries, végétaux susceptibles de se nourrir dans un milieu exclusivement minéral, ont, contrairement à ce que ferait supposer la simple logique, un degré d'évolution supérieur à celui des Amœbiens, dont la nutrition est animale.

1. 11 ne faut pas oublier que cette doctrine des « créations successives » (voir pages 192 à 194), est restée à peu près incontestée jusqu'en 18b0. On discutait seulement la question de savoir à quelle cause il fallait attribuer la disparition totale des faunes à la fin de chaque période et, généralement, on considérait que le sculèvoment des chaînes montagneuses avait dû être la raison d'un tel cataclysme. On admettait ainsi, entre les mouvements du soi et les variations de la faune, une relation, que l'on interprétait mal. mais qui n'en doit pas moins être réelle et qui, pour nous, tient au changement dans le sens des courants, aux communications créées ou rompues entre les mers, aux modifications de régime sédimentaire et de climats, provoquées par les plissements ou les effondrements du sol. Les derniers progrès de l'océanographie ont montré à quel point la plupart dos êtres marins sont impressionnables à de très légères différences de salure ou do température des eaux. Brusques, ces changements les tuent pour la plupart. Lenti>, ils peuvent déterminer, dans les races plus souples, une adaptation progressive.

môme de la vie et sur le nombre des espèces primitives, qui ont pu apparaître, ensemble ou successivement, pour se différencier plus lard*. Mais ce n'est pas une logique en l'air qui doit parler; c'est la paléontologie, appuyée sur la comparaison des restes vivants plus ou moins anciens qu'elle retrouve, et la conscience même d'une propension extra-scientifique à admettre le translormisme, par désir de la simplicité, ne peut que nous engager à la réserve dans l'appréciation des faits positifs, révélés par l'étude géologique des êtres anciens disparus.

Néanmoins, ces faits, dans leur ensemble, accusent d'abord, nous allons le voir, ce que la plupart appellent une évolution, ce que d'autres peuvent nommer la réalisative progression d'un plan initial. Beaucoup de détails sont discutables; mais l'impression générale emporte la conviction. Oui, les formes de la vie, qui ont si manifestement varié sur la terre, ont varié suivant une loi. C'est ce que nous allons préciser en examinant tour à tour les arguments favorables et les objections.

l» Confirmations zoologiques et embryogéniques. — Unité de plan. Coordination des parties et adaptation au milieu. Organes rudimenlaires. Embryogénie. Adaptation progressive au milieu. Provinces zoo-géographiques. — Le premier fait extrêmement frappant et qui saute aux yeux, pour ainsi dire, dès qu'on jette un regard sur un traité de paléontologie stratigraphique, c'est que, dans ses grandes lignes, la succession des étapes géologiques marque, chez les êtres vivants, un perlectionnement progressif, mis en évidence par leur différenciation, leur spécialisation de plus en plus accentuées, en même temps que par la faculté de s'adapter davantage aux influences diverses du milieu, ou, dans une certaine mesure, pour les êtres les plus élevés, des'y soustraire, de réagira

Sans tomber dans la phraséologie, dite poétique, de certains auteurs

i. Cette discussion, comme toutes celles qui touchent à la métaphysique, dure depuis des milliers d'ans. J'ai déjà rappelé (p. 193) que Thalês db Milet, ou Empè- DOCLE, avaient précédé, dans leLamarckisme, Demaillet et Lamarck.

2 La notion de progrès, plus intuitive que rationnelle, échappe difficilement au sentimentalisme et à l'anthropomorphisme. Vaut-il mieux courir (ju'attendre, penser flue végéter, être que non être?... Cependant nous n'hésitons pas, et l'histoire de id vie montre, conformément à nos préférences, les étapes successives toutes dans I- mém-- sens, allant de la monade au surhomme. Mais, sur chaque point particulier, la discussion r*>coramenfe. Par exemi)it', la cuirasse apparaît puis disparaU à un', certaine phase dans les luttes des races vivantes, comme elle l'a fait di>ns l'histoire des guerres humaines (Voir La Nature, 16 dic. 1909, p. 29). La faune actuelle nous montre, subsistant côte à côte, ayant également résisté à la destruction, les modes de défense les plus contradictoires : pullulement d'êtr*s mous et immobiles; évasion par assimilation au milieu, comme la faune transparente du plankton; forte cuirasse; agilité pour la fuite ou pour l'attaque, etc. De même, sur la plupart des autres points. Les trilobites, connus dès le précambrien, avaient des

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