CHAP. XVI. — LE TRANSFORMISME ET LA PALÉONTOLOGIE
et s'attacher à caractériser l'intelligence ou la cruauté d'un lainellibranche, on peut remarquer que les êtres primaires étaient, pour la plupart, inertes ou captifs, ils avaient une préhension très faible, leurs sens étaient débiles, leur substance nerveuse était rudimentaire et occupait un voÇume insignifiant; la nature actuelle offre, comme contraste, la variété, la mobilité, raffinement des sens et de l'esprit. D'autre part, il est incontestable que les faunes de deux étages voisins se ressemblent, tandis que les représentants les plus importants du monde actuel manquaient aux temps primaires, où pullulaient des classes etdes ordres aujourd'hui éteints.
Ce qui est vrai pour les animaux se retrouve, ainsi que nous le verrons dans un autre paragraphe, pour les végétaux, qui accusent une marche ascendante semblable, depuis les simples algues ou les fougères, jusqu'à la multiplicité de la flore aujourd'hui vivante. Et, sans doute, on doit remarquer que toutes les découvertes paléontologiques nouvelles, ne pouvant avoir pour effet de rajeunir les espèces connues, alors que celles-ci ont déjà été rencontrées dans un terrain plus ancien, ont nécessairement pour résultat de les vieillir de plus en plus*. Mais, jusqu'ici, ce déplacement des origines pour les principaux types organisés s'opère, en quelque sorte, parallèlement à lui-même, sans changer la loi de leur apparition relative et on peut bien admettre que l'ordre de ces apparitions (sinon leur date précise) est à présent connu, c'est-à-dire que le sens de l'évolution des êtres est déterminé.
Or, si nous revenons rapidement sur l'histoire de la faune, déjà résumée précédemment^, voici, tout à fait en gros, ce que ion observe.
Dans l'archéen, ou cristallophyllien, absence apparente de toute trace de vie, masquée pour nous par le métamorphisme; puis, dans le précambrien (4), brusque apparition d'une faune nombreuse et développée, avec mollusques, crustacés, annélides, etc., accusant un monde déjà très vieux, mais, ce semble, des organismes vivants excluyeux munis de 15.000 lentilles, qui s'adaptaient sans doute aux conditions de leur milieu. Presque dans toutes les espèces, la taille augmente jusqu'à un giganféisme, qui précède immédiatement la disparition.
1. On peut citer, parmi les découvertes plus ou moins récentes mais bien incontestées, celle de trilobites, encrines, pa'elles. f^igantostracés dans le précambrien; celle de spongiaires du type des hexactinellides remontant jusqu'au cambrien; celle d'araclmides et de poissons dans le silurien; de reptiles, de myriapodes dans le carbonifère; d'ammonites dans le pemio-carbonifère. l)'autres failsdu môme genre, qu'il est inutile de mentionner, ont été successivement annoncés avec fracas et démentis de môme.