‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 3 sur 356 · VI PREFACE DE LA SECONDE EDITION · texte numérisé non relu

VI PREFACE DE LA SECONDE EDITION

emmaillotée comme une momie, capable de survivre cinq ou six mille ans sous le sable envahissant du désert et de figurer encore plus tard dans les musées de l'avenir. La momification est une forme de culte à laquelle il est permis de préférer un peu moins de respect et plus de vie. Il faut croire que cette irrévérence proche de l'hérésie ne déplaît pas en effet à tout le monde, puisque ce livre, où j'ai osé (chemin faisant) discuter la méthode et les résultats de la géologie, mais les discuter avec amour, sans avoir été professé d'abord en Sorbonne, sans correspondre à aucun programme de licence, a néanmoins trouvé i.500 acheteurs en aussi peu de temps, et puisque les principes nouveaux dont je m'inspirais semblent avoir trouvé, depuis, quelque écho dans l'enseignement.

A vrai dire, on m'a fait encore d'autres reproches, et de plus justifiés peut-être que celui de prêcher le scepticisme ou de discuter les savants. C'est ainsi que l'on a trouvé une disproportion choquante dans les parts respectives attribuées, en cette histoire de la Terre, à la matière et à la vie. Dans les traités de géologie classiques, les listes de fossiles classés par étages, par régions ou par faciès occupent d'ordinaire une place tout à fait prépondérante. On s'est étonné que la paléontologie, pour laquelle j'avais commencé par me déclarer incompétent, fût aussi sommairement traitée dans mon livre. Il n'y avait à cela ni parti pris ni dédain. Entre les deux divisions du sujet, la proportion, je le reconnais, aurait pu être renversée ; on aurait pu s'attacher spécialement à cette histoire de la vie, qui nous intéresse plus que toute autre puisqu'elle est notre propre histoire, celle de nos possibles hérédités, celle tout au moins des êtres que nous voyons comme nous soustraits en apparence aux liens rigides de la fatalité cristallographique. Le sujet aurait été splendide ; je dirai simplement, pour me justifier de ne l'avoir pas traité, que j'en avais choisi un autre.

En dépit d'une solidarité qui associe dans l'opinion courante la géologie à la paléontologie par la nature des instruments employés, comme elle pourrait la rattacher aussi à la physique, fi la chimie ou à l'astronomie, la science où l'on traite des animaux disparus est, logiquement, nécessairement dépendante de celle où l'on étudie les

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animaux vivants beaucoup plus que de celle où il doit être question de la Terre. Ces êtres vivants ont pris, il est vrai, dans la composition de nos sédiments, une part capitale que le géologue doit connaître, mais comme il doit connaître aussi les réactions chimiques par lesquelles les éléments élastiques ont été dissous, remaniés ou recristallisés. S'il nous était mieux permis d'apprendre la. géologie réelle, celle qur, sous une pellicule intime de sédiments, nous décour vrirait toute la masse profonde de la Terre, ce rôle des organismes vivants, recherchés, comme des médailles, dans les couches plus élevées, s'éliminerait presque entièrement, ainsi que s'efface et disparait l'éphémère végétation de la vie, devant laquelle notre raison s'étonne, quand on la regarde à quelque dislance dans l'espace ou dans le temps.

Ajoulerai-je encore, après m'êlre défendu contre ces querelles de principe, que je m'incline, au contraire, très humblement devant les observations de fait? J'ai essavé, dans cette seconde édition, de corriger diverses erreurs ; je n'ai pu manquer d'en laisser beaucoup d'autres. S'il est écrit que le juste pèche sept fois par jour, quelle ne doit pas être la terreur de celui qui, sans être juste, se hasarde à faire imprimer près de huit cents pages sur une matière aussi variée, aujourd'hui subdivisée en tant de spécialités, avec cette témérité de les aborder toutes par leur côté le plus subtil, le plus délicat, le plus contestable, par cette pointe de la pyramide où le faisceau des observations éparses vient, au milieu du vide vertigineux, converger en un seul point?

Matériellement, l'ensemble du volume est resté ce qu'il était. On ne pouvait faire autrement, et peut-être cela valait-il mieux ainsi. Dès qu'un peu de temps a passé sur une œuvre, on ne la relit pas sans être tenté de la remanier de fond en comble. Mais la vie, qui continue et qui suggère sans cesse des sujets d'études nouveaux, ne permet pas ces perpétuels recommencements. La mère qui a mis un fils au monde doit se résigner à le regarder tel qu'il est sans prétendre lui retoucher chaque jour les traits du visage.

Je me suis donc borné, un peu partout, à des changements de

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détail, devenus vite plus nombreux que je ne le pensais d'abord; mais je n'ai pu résister au désir de récrire quelques chapitres, pour lesquels le besoin s'en faisait particulièrement sentir : ceux qui concernent les méthodes de la physique et de l'astronomie, la tectonique, la distribution des éléments chimiques et l'histoire des êtres organisés. Les cartes paléo-géographiques, rapidement vieillies, ont été refaites, ainsi que le planisphère représentant les zones de plissement terrestres. Surtout j'ai augmenté l'ouvrage d'un index alphabétique qui ne pourra manquer d'y facihter les recherches. J'espère donc qu'on voudra bien faire à cette seconde édition, « revue et corrigée », suivant la formule, un aussi bon accueil qu'à la première.

Décembre 1912.

LA

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