CHAP. II. — LA GF^OLOGIE DE DESCARTES
tendent s'appuyer, procèdent un peu trop de la scolastique du Moyen âge*. La voie, où Descartes s'est avancé avec une hardiesse heureuse, est, en somme, la même que celle où, pendant tout le xvm* siècle, tant de prétendus géologues ont rencontré surtout des prétextes à extraordinaires et chimériques inventions. L'aventure qu'il tentait était dangereuse. Son système n'a plus rien de commun avec la méthode géologique d'obsers'ation proprement dite, représentée jusqu'ici par de Vinci, Palissy et Stenon. Il a pour principe une méthode d'interprétation, ou plutôt d'induction mécanique, souvent trop hypothétique encore chez lui, mais gouvernée par un esprit singulièrement puissant et que nous devons suivre également dans son progrès, parce que, un siècle et demi ou deux siècles plus tard, elle est venue apporter son concours à la géologie pour l'aider à sortir des menus faits locaux et à édifier, avec laide de ces faits, des hypothèses plus générales sur l'histoire et la structure de la Terre.
C'est, il ne faut pas l'oublier, dans un traité .de philosophie que Descartes, envisageant les problèmes naturels dans toute leur complexité, passe de la philosophie à la mécanique, à la physique, à la cosmographie, à la géologie et à la chimie. A l'ensemble des choses, il applique une même théorie dynamiste ou cinétique, qui réduit le monde à des mouvements et la matière, une dans son essence première, à de l'étendue et, l'ayant développée à propos des astres, par une conception digne de Laplace, il arrive à la Terre, dont il cherche à se représenter la constitution. ;.
Il suppose alors- que la Terre a été autrefois un astre fluide comme le Soleil, à la superficie duquel s'est produit (par un effet des tourbillonnements, qui ressemble à nos liquations) une condensation des diverses couches M, C, D, E, F (fig. 4), tandis que le centre seul I restait composé de matière solaire.
En F, à la périphérie, il y aurait donc eu une enveloppe d'air; puis, en E, une croûte de matière peu condensée (argiles, limons, etc.); en D, au-dessous, une couche d'eau (qui va jouer un grand rôle) ; en C, une croûte plus massive, d'où viennent les métaux ; enfin, en M, une matière « très opaque, solide et serrée ».
1. Ainsi Desc.\rtes démontre (?) que la terre et les cieux sont faits d'une même matière (p. 34) ; que toutes les variétés, qui sont en la matière, dépendent du mouvement de ses parties (p. 72) ; qu'il se conserve toujours une égale quantité de mouvement en l'univers (p. 84); que les parties des corps fluides ont des mouvements qui tendent également de tous côtés (p. 101) : le tout par des raisonnements, qui nous paraîtraient bien bizarres, si les conclusions ne s'en trouvaient pas justUiées par ailleurs.