‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 307 sur 356 · Zeiller. Paléobotanique · texte numérisé non relu

Zeiller. Paléobotanique

Je rappelle qu'après les Th.vli.opbïtes (algues, champignons) et les, McscixÈEi

688 LA SCIENCE GIÎOLOCrQUE

Envisagée toujours dans son ensemble, l'histoire de la flore présente trois grandes périodes successives, qui accusent ce développement.

\° La première, correspondante aux temps paléozoïques, a été appelée l'ère des Cryptogames vasculaires, à cause de la prédominance de ces types à partir du dévonien (5) et, malgré des découvertes récentes qui, en faisant rapporter aux gymnospermes un grand nombre de prétendues fougères paléozoïques, ont singulièrement troublé les idées admises sur ce sujet S le terme classique peut sans doute être conservé en raison du rôle considérable qu'ont joué en tout cas, dans la végétation de cette période, les formes arborescentes d'équisétinées et de lycopodinées.

La flore commence par quelques algues dans le silurien inférieur (3) du Canada; mais, jusqu'au dévonien, on n'a pas de plantes terrestres bien caractérisées. Le givétien (8) de Bohême (étage H de Barrande), renferme des fougères à peu près certaines et des lycopodinées. Dans les Etats-Unis et le Canada, il y a des fougères et des cycadofdicinées (ptéridospermées), des équisétinées, des lycopodinées, des cordaïtées.

(mousses), on distingue en botanique, les embranchements des Cuyptogames vascu- LAiRES (Fougères, Sphénophyllées, bquisétinées, Lycopodinées), des Phanérogames, des Gymnospeumes (GordaUées, Cycadinées, Cycadofilicinées ou Ptéridospermées, Salisburiées, Conifères, Gnétacées) et des Angiospermes (Monocotylédones et Dicotylédones).

Les Cryptogames vasculaires sont des végétaux dépourvus de fleurs, dont le développement se fait avec alternance de générations : 1» une génération asexuée, où l'œuf produit le corps végétatif et 2» une forme sexuée résultant de la spore, qui donne naissance à un prothalle rudimentaire, apte seulement à produire rapidement les éléments sexuels. Par exemple, les fougères (1) portent, sur la face inférieure des feuilles, des sporanges, dont les spores donnent un prothalle (2) qui se développe en dehors de la plante mère. Le même prothalle porte, à la fois, les appareils mâles et femelles (anthéridies et archégones) tandis que, chez certaines lycopodinées, ou chez certaines cryptogames vasculaires, dites héterosporées, les prothalles mâles et femelles sont distincts et issus de spores différentes, renfermées dans des sporanges séparés (micro et macro-spores et micro et macro-sporanges).

Les Phanérogames sont, au contraire, des végétaux pourvus de tiges, de feuilles, de racines, de fleurs et de graines, où l'oosphère naît sur la plante-mère et y est fécondée, sans qu'il y ait formation, en dehors de cette plante-mère, d'un prothalle libre. La disparition des anthérozoïdes sépare les cryptogames des phanérogames.

Chez les Gymnospermes, les ovules ne sont pas enfermés dans une cavité close; ils le sont, au contraire, chez les Angiospermes, où cotte cavité est formée par les carpelles, ou bractées fertiles, qui portent ces ovules.

Parmi les arbres actuels (dicotylédones), les figuiers, les ormes, les platanes, les peupliers datent du crétacé inférieur (3i) ; les saules, les hêtres, les aulnes, les bouleaux, les magnolias, les lauriers, etc., du cénomanien (36) ; on a cru retrouver l'ancêtre commun des châtaigniers et des chênes dans le crétacé supérieur (40).

1. Voir R. KiDSTON (Proc. Royal Soc. t. LXXll. p. 487: Pliil. Trans. t. CXGVll, B. p. 1) ; F. G. Oliver et D. II. Scott (Proc. Royal. Soc. L. I.XXIIl, p. 4) ; R. Zeili-er (C. R. 1 4 mars 1904) ; Grandeury (C. R. 7 mars et 4 juillet 1904). Il résulte de ces travaux que les Cycadofilicinées ou Ptéridospermées {Nevropleris, etc.), autrefois rapportées aux fougères, c'est-à-dire aux cryptogames vasculaires, sont, en réalité, des gymnospermes, pourvues de caractères intermédiaires entre les fougères et les cycadinées et marquant le passage entre ces deux groupes.

CIIAI». XVf. - HISTOIRK DES VÉGÉTAUX 68*

Les étages carbonifériens (Il à 13; accusent le prand développement de ces groupes, avec des caractères assez différents suivant les périodes, pour que l'on ait pu établir une classification des niveaux d'après la flore. Cette flore se prolonge, avec des caractères analogues, pendant le permien (14 à 16) et s'éteint vers le trias (17). ^ 2* L'ère des Gymnospermes, déjà précédée par les cordaïtées et les ptéridospermées carbonifères (lo), dure ensuite depuis le trias jusqu'à la fin du jurassique (31); elle est caractérisée par la prédominance des cycadophytes et des conifères ; les fougères occupent encore, à côté d'elles, une place importante, mais secondaire; les lycopodinées ont presque disparu.

3"> Vère des Angiospermes commence avec le crétacique (32) et se prolonge encore aujourd'hui. Les angiospermes, notamment les dicotylédones, qui faisaient défaut jusqu'alors, y apparaissent et prennent rapidement le premier rang.

Cependant M. Zeiller, auquel j'emprunte les conclusions précédentes ', montre, d'autre part, combien les espèces se montrent souvent, dès le début, avec les caractères qu'elles présentent toujours dans la suite, de même que nous avons vu des brachiopodes durer depuis le cambrien (2) jusqu'à nos jours. Par exemple, dès que l'on trouve des algues dans le silurien (12), elles offrent les traits habituels, que nous leur conr a'ssons et se montrent bien distinctes de tous les autres types végétaux. De même, pour les characées depuis le trias (17). Parmi les cryptogames vasculaires, on rencontre, dès les premiers niveaux dévoniens (8) présentant une forme terrestre, des représentants non douteux et parfaitement distincts de leurs quatre classes principales ; fougères, sphénophyllées, équisélinées, lycopodinées. Les gymnospermes débutent également par des cordaïtées, qui forment un type très perfectionné. Rien non plus ne permet de rattacher les conifères à quelque type antérieur. Enfin les monocotylédones (palmiers) et les dicotylédones (majorité des arbres actuels) apparaissent ensemble dans l'infracrétacé (32), sous forme d'échantillons clairsemés au milieu d'une flore parfaitement semblable à celle des couches sous-jacentes, où l'on n'observait aucune trace de leur existence et, aussitôt, se multiplient et se diversifient avec une rapidité remarquable.

On est donc extrêmement embarrassé pour établir une filiation dans les espèces végétales, bien que l'on ait reconnu quelques formes intermédaires, tels que le genre CheÏJ'osti'obus du dinantien (11) entre les

1. Loc. cit., page 333 et 365. Voir, dans Bernard, Éléments de paléontologie (chapitre sur la phylogénie des végétaux), une discussion de la même question, plus favorable au.v idées transformistes.

Db I.Ai'NAY. — Science gt'-ologique. 44

690 LA SCIENCK GliOLOGIQUI-:

équisétinées et les sphénophyllées ; et surtout, d'après les derniers travaux, les cycadofdicinées entre les fougères et les cycadées '; bien que l'on puisse également reconnaître des ressemblances extérieures très étroites entre les conifères et les lycopodinées arborescentes.

Enfin, comme l'a remarqué M. de Saporta, les genres, aujourd'hui féconds en espèces, montrent autrefois la même fécondité ; les genres restreints, la même pauvreté.

En conséquence, M. Zeiller s'est demandé si les apparitions de nouvelles espèces, au lieu de s'être produites par transformations lentes, comme on Iç supposait autrefois, n'auraient pas été réalisées brusquement par un phénomène analogue à celui que nous avons qualifié plus haut de « saltalion », et que les expériences de M. Hugo de Vries ont contribué depuis à mettre en lumière.

Page 1