‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 312 sur 356 · CHAI». XVI. — LES PROBLÈMES DE LA PALEONTOLOGIE · texte numérisé non relu

CHAI». XVI. — LES PROBLÈMES DE LA PALEONTOLOGIE

dans Tordre paléonlologiquc, nous réservent-elles encore des surprises ; peut être calmeront-elles un peu la déception, causée jusqu'ici par la paléontologie ù ceux qui comptaient sur elle pour résoudre tous les problèmes relatifs à la vie'.

Quand on quitte cette zone primordiale et que l'on remonte l'échelle des étages géologiques, les problèmes restant à résoudre sur la connexion des êtres organisés, sur leur transformisme, sont encore assurément — et je l'ai fait remarquer — très nombreux ; leur importance théorique est pourtant loin d'être aussi grande ; les chances sont, en effet, pour que nos connaissances, à cet égard, ne dépassentjamais un certain niveau, c'est-à-dire pour qu'on résolve infiniment dequestions de détail dans le genre de celles qu'on a déjà résolues, sans arriver jamais à trancher entièrement la question d'ensemble.

Cette opinion, qui pourra paraître un peu pessimiste, est fondée sur ce que les faunes nous sont déjà d'autant mieux connues qu'elles sont plus récentes : ce qui tient à ce que les individus conservés sont beaucoup plus nombreux et, en même temps, bien plus aisément reconnaissablés, à mesure qu'on se rapproche de nous ; la faune tertiaire est infiniment mieux représentée dans nos musées que la faune secondaire, et la faune secondaire que la faune primaire ; l'étude de la faune la plus récente est également plus facile, l'état de préservation des types étant plus parfait. Or nous voyons bien aujourd'hui, par l'étude des terrains tertiaires, que d'innombrables anneaux de la chaîne sont probablement destinés à nous manquer toujours, que la majorité des points de suture, des espèces de passage nous fera toujours défaut ; et alors, à plus forte raison, pour les époques anciennes, quelques découvertes paléontologiques que l'on réalise chaque jour, dans tous les coins du monde.

Et nous concevons même la raison logique de cette difficulté, à laquelle nos efforts viennent se heurter. D'abord, sur le nombre des individus ayant vécu, celui dont la trace est arrivée à nous est absolument infime ; il a fallu des circonstances toutes spéciales pour que l'organisme, enfermé aussitôt dans une substance plastique ou

1. L'exploration des profondeurs marines a été souvent supposée de nature à nous fournir les renseignements les plus intéressants sur les premiers êtres. Les abîmes de la mer ont, en effet, paru avoir dû être un lieu de refuge pour les espèces chassées des zones littorales par la concurrence vitale, comme les extrémilés des continents ou les parties déshéritées delà Terre pour les premières races humaines. A cet égard, on a cru un moment constater, de 2.000 à 3.000 mètres, une faune paléozolque, qui, plus profondément, cédait la place à une faune adaptée plus pauvre, provenant de toutes les régions littorales (E. Perrikb). Actuellement, on admet, pour l'ensemble de la faune abyssale, cette origine littorale. Les êtres abyssaux seraient ceux qui (carnivores ou lirnnivores) se seraient hasardés plus où moins anciennement dans un milieu à nourriture plus pauvre.

molle, puis soustrait aux métamorphismes, ait évité la destruction. En outre, l'apparition des êtres nouveaux, des formes de transition, que nous cherciions si passionnément, a dû être absolument localisée; un hasard extraordinaire aurait pu seul nous conserver quelques-uns de ces points privilégiés : il n'empêcherait pas que tous les autres nous fissent défaut. Nous pourrons donc serrer déplus près le problème de l'évolution ; nous ne pourrons jamais le résoudre, du moins sans le concours des sciences, qui étudient les êtres vivants : surtout l'embryogénie, qui pourrait apporter presque une solution définitive, si la loi tout au moins prématurée d'Hseckel était aussi démontrée que logiquement séduisante; ou encore lexpérimentation biologique, arrivant à réaliser, sous nos yeux, certain de ces enchaînements eux-mêmes.

Dans cet ordre d'idées, jusqu'ici tout à fait hypothétique, je vais me contenter de rappeler les principales solutions, proposées dans ces derniers temps et popularisées par les controverses.

C) Explications pboposées de la «eproductiox, de l'hérédité, de l'évolution. — Toutes les théories actuelles de l'évolution admettent également, on peut le dire, une souche commune des êtres vivants, divisée peu à peu en innombrables rameaux à la façon d'un arbre généalogique et c'est sur le mode de division, sur les causes de la ramification que portent surtout les controverses*. Par là, le problème devient paléontologique et rentre dans notre sujet. Il faut cependant remarquer aussitôt, comme je l'ai déjà fait précédemment, que cette unité première est une simple conception apriori, sans nul réel fondement scientifique et que ne nécessite même, en dernière analyse, aucune des hypothèses proposées sur l'origine de la vie. Née sur la Terre, ou apportée d'ailleurs, la vie a pu, dès le début, prendre plusieurs formes organiques : elle a pu naître ou être apportée plusieurs fois, avec des types différents; j'ai même fait remarquer, tout à l'heure, que les probabilités théoriques étaient certainement pour celte multiplicité originelle ; le phénomène, qu'un chimiste appellerait la synthèse de la vie, et qu'il est inutile ici de chercher à définir davantage, a pu se réaliser par divers concours de circonstance et donner des êtres divers : au lieu d'un seul arbre généalogique, on peut en avoir un nombre n indéterminé.

Mais ce qui est bien certain, ce qui ressort de toutes les études, c'est que ce nombre originel des espèces vivantes, déjà très multiplié dès le moment où nos observations commencent, a vite augmenté ensuite; c'est que la succession des êtres, incessamment reproduits, renouvelés et

i. Cette unité d'oripine correspond à l'unité de pian structural, mise en évidence par Geoffuov Saint-IIii.aike.

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