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2. Il ne faut pas oublier que les 99/100" de la Terre pourraient être constitués par du platine, sans que la géologie, réduite à elle seule, en sache rien. Nous ne pouvons seulement imaginer ce que deviendrait, dans les parties centrales de la Terre, de l'air, atteignant deu.x fois la densité du platine et soumis, en môme temps, à une température de I5.U00 ou 20.000 degrés.
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cherchée, d'une évaluation en années pour les périodes géologiques. On conçoit, en effet, que, si l'intérieur de la Terre est encore liquide, ou, du moins, s'il existe encore, sous lécorce solide, une zone liquide continue (sans même la supposer poursuivie jusqu'au centre), celte masse liquide peut être soumise aux allraclions variables de la Lune ou du Soleil, et subir des sortes de marées périodiques, qui auraient leur contre-coup dans les paroxysmes éruplifs. Jusqu'ici, comme je le dirai bientôt, celte idée demeure à l'état de rêverie ; mais l'espoir d arrivera reconnaître des phénomènes de ce genre, quand nous aurons d abord établi avec une précision plus complète notre chronologie géologique et enregistré, pendant de longues périodes, des observations sur le volcanisme ou les tremblements de terre, n'est peut-être pas tout à fait illusoire et devait être mentionné.
m. — Évolution géologique de la Terre. Influences internes et externes, ou astronomiques. Déformations mécaniques. Modification des climats, etc.
Dans l'histoire si complexe des phénomènes géologiques, nous ne devons considérer et retenir ici que ceux où peut se déceler une évolution progressive, la marche par étapes, d'un équilibre anciennement réalisé, vers un ordre nouveau. Toutes ces récurrences, sur lesquelles j'ai insisté au cours de ce livre et qui constituent, en somme, le champ d'observations précis, le terrain vraiment solide de notre science, ne nous intéressent plus maintenant que comme indice des forces permanentes, auxquelles nous les avons rapportées ; mais notre attention doit, au contraire, se porter sur les transformations durables, qui ont pu résulter, pour notre globe, soit de ses modifications internes, soit de l'évolution parallèle accomplie dans le système solaire autour de lui.
Dans le premier ordre didées, que nous envisagerons d'abord, le changement progressif, auquel nous pouvions nous attendre, et que nous avons déjà constaté en reprenant, depuis ses débuts, l'histoire terrestre, est d'ordre purement mécanique. Le foyer permanent, que nous supposons à l'intérieur de la Terre, n'exerce, comme je l'ai déjà dit, aucune influence appréciable sur la température extérieure et il en a été probablement ainsi presque depuis le moment où la croûte s'est solidifiée. Cette croûte n'avait pas 10.000 ans d'existence qu'elle arrêtait déjà le rayonnement calorifique, comme elle le fait aujourd'hui. Mais le refroidissement progressif de ce foyer n'en demeure pas moins, pour nous, la cause essentielle des phénomènes géologiques, puisque nous lui attribuons la contraction progressive de la sphère terrestre
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et sa déformation *. Comment s'est produite cette déformation, c'est ce que j'ai dit au chapitre de la tectonique-. Nous avons vu alors que, dés les plus anciens temps géologiques, il avait dû apparaître, à la surface de la Terre, un certain nombre de piliers stables, de môles inébranlables, de voussoirs massifs, entre lesquels s'est localisé ensuite l'effet (au début, général) de la contraction. Ces môles, nous en avons indiqué la répartition géographique : d'abord une couronne boréale, dessinant comme des pétales de fleur autour du pôle, le Nord de l'Amérique, la Scandinavie, la Sibérie ; puis une ceinture presque équatorialc, compreuantle Brésil, l'Afrique Centrale, l'Inde, l'Australie, auxquels il faut peut-être ajouter l'hypothèse d'un continent Pacifique.
C'est entre ces môles que se sont produites les séries de plissements, dont la tectonique nous permet de reconstituer l'histoire, de plus en plus précise et de plus en plus localisée à mesure que le temps s'écoule. Chaque fois qu'il s'est réalisé ainsi un grand mouvement du sol, celui-ci s'est traduit par la saillie de rides montagneuses (ce qu'Élie de Beaumont appelait un rempli) et par des dislocations connexes, des effondrements, portant sur des morceaux de l'écorce, que l'on peut imaginer s'afTaissant plus ou moins brusquement comme une voûte surbaissée. Ces plissements, surtout ces elîondrements, ont eu alors un contrecoup manifeste sur le déplacement des magmas ignés, subsistant dans l'intérieur (ou peut-être, en partie, produits par le dynamisme même;; chacun d'eux a ainsi provoqué l'intrusion de roches éruptives dans les zones superficielles, avec le métamorphisme ou la recristallisalion de leurs éléments, et il en est résulté la consolidation de nouvelles zones terrestres, l'accroissement des voussoirs primitifs : par suite, le resserrement, l'étranglement des plissements montagneux, qui se sont succédés les uns aux autres, suivant des fuseaux de plus en plus restreints et aussi de plus en plus compliqués, de plus en plus sinueux. C'est ainsi que se sont produites, l'une après l'autre, les diverses chaînes montagneuses, que l'érosion a tour à tour détruites et dont la plus jeune, qui est aussi la plus saillante et la plus accidentée, comprend, des Alpes à l'Himalaya et aux Andes, presque toutes les hautes cimes actuelles du globe.
Dans un tel système de dislocations, nous avons cru apercevoir doux catégories de mouvements : les uns lents, prolongés, qui se manifestent surtout dans les sédiments plus souples et dont la forme carac-
1. La conlraction terrestre semble si bien se manifester dans les plissements qu'on a voulu se servir de ceux-ci pour la mesurer, en supposant développées en plan les zones aujourd'hui plissées. Ce procédé intéressant ne peut être employé que pour une région restreinte ; sinon il impliquerait trop dhypothéscs.
2, rages 391 à i-2i.
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térislique est celle (les plissements ; les autres l)nisques. comme l'écrouicment d'une voûte minée, qui aiïecteiit les roches les plus dures, les masses les plus compactes et traversent tout droit les ensembles les plus hétérogènes. Entre ces deux types, il existe sans doute une relation intime et constante, qui n'est pas encore aussi bien démêlée que nous le voudrions; mais on croit apercevoir, en outre, une évolution progressive, qui tendrait peu à peu à diminuer la part des plissements pour augmenter celle des effondrements, à mesure que s'accroît la zone occupée par les voussoirs solides non plissables et seulement susceptibles de se découper en morceaux et que se réduisent, au contraire, les zones intermédiaires, plus flexibles et susceptibles de se plisser. 11 semblerait que la tendance à la contraction compense, de plus en plus, par l'effondrement d'énormes masses, la réduction des zones plissées, qui ont pu s'étendre d'abord à tout le globe. Et peutêtre aussi ces plis deviennent-ils plus hauts, en même temps qu'ils se localisent. On concevrait alors les premiers mouvements tectoniques, comme ayant produit, sur toute l'étendue de la Terre, des multitudes de petites rides peu élevées, ce qui aurait contribué à amener l'instabilité des rivages et permis l'uniformité des conditions géographiques constatée dans les anciens âges, tandis que les mouvements récents ont fait surgir ces longs et étroits fuseaux plissés, dont les saillies atteignent 8 ou 10 kilomètres, avec ces vastes effondrements, dont l'Atlantique, la mer Egée, la mer Rouge, la mer des Indes, la mer de Baffin sont les types les plus caractéristiques.
J'ajoute que les derniers plissements eurasiatiques sont, en principe, dirigés suivant des parallèles, tandis que les effondrements des mêmes continents ont une direction méridienne tout à fait caractérisée. Cette partie du globe se ride dans le sens Est-Ouest et éclate dans le sens XordSud*.
De ces mouvements tectoniques profonds, auxquels toute la pétrographie et la métallogénie se relient, doivent, ce semble, aussi, en principe, résulter des déplacements dans les mers, des changements dans les courants, des modifications dans les climats, qui entraînent les variations superficielles de la paléo-géographie Les cartes paléo-géographiques, que nous nous efforçons de reconstituer, dessinent, à une époque quelconque, la ligne de niveau arbitraire*, correspondant à la
1. M. DouviLLÉ a supposé (G. R. Ac. Se, mars 1904) que ce phénomène général pouvait éli-e dû à un aplatissement progressif des pôles.
2. Elle est arbitraire en ce sens que, si le volume des mers était ou plus ou moins grand, les rivages dessineraient une autre ligne de niveau, très différente de la première.
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et sa déformation *. Comment s'est produite cette déformation, c'est ce que j'ai dit au chapitre de la tectonique-. Nous avons vu alors que, dès les plus anciens temps géologiques, il avait dû apparaître, à la surface de la Terre, un certain nombre de piliers stables, de môles inébranlables, de voussoirs massifs, entre lesquels s'est localisé ensuite l'efTet (au début, général) de la contraction. Ces môles, nous en avons indiqué la répartition géographique : d'abord une couronne boréale, dessinant comme des pétales de fleur autour du pôle, le Nord de l'Amérique, la Scandinavie, la Sibérie; puis une ceinture presque équatorialc, comprenant le Brésil, l'Afrique Centrale, l'Inde, l'Australie, auxquels il faut peut-être ajouter l'hypothèse d'un continent Pacifique.
C'est entre ces môles que se sont produites les séries de plissements, dont la tectonique nous permet de reconstituer l'histoire, de plus en plus précise et de plus en plus localisée à mesure que le temps s'écoule. Chaque fois qu'il s'est réalisé ainsi un grand mouvement du sol, celui-ci s'est traduit par la saillie de rides montagneuses (ce qu'Élie de Beaumont appelait un rempli) et par des dislocations connexes, des effondrements, portant sur des morceaux de l'écorce, que l'on peut imaginer s'affaipsant plus ou moins brusquement comme une voûte surbaissée. Ces plissements, surtout ces effondrements, ont eu alors un contrecoup manifeste sur le déplacement des magmas ignés, subsistant dans l'intérieur (ou peut-être, en partie, produits par le dynamisme même); chacun d'eux a ainsi provoqué l'intrusion de roches éruptives dans les zones superficielles, avec le métamorphisme ou la recristallisalion de leurs éléments, et il en est résulté la consolidation de nouvelles zones terrestres, l'accroissement des voussoirs primitifs : par suite, le resserrement, l'étranglement des plissements montagneux, qui se sont succédés les uns aux autres, suivant des fuseaux de plus en plus restreints et aussi de plus en plus compliqués, de plus en plus sinueux. C'est ainsi que se sont produites, l'une après l'autre, les diverses chaînes montagneuses, que l'érosion a tour à tour détruites et dont la plus jeune, qui est aussi la plus saillante et la plus accidentée, comprend, des Alpes à l'Himalaya et aux Andes, presque toutes les hautes cimes actuelles du ij'lobe.
Dans un tel système de dislocations, nous avons cru apercevoir deux catégories de mouvements : les uns lents, prolongés, qui se manifestent surtout dans les sédiments plus souples et dont la forme carac-
i. La coniraclion terrestre semble si bien se manifester dans les plissements qu'on a voulu se servir de ceux-ci pour la mesurer, en supposant développées en plan les zones aujourd'hui plissées. Ce procédé intéressant ne peut être employé que |>our une région restreinte; sinon il impliquerait trop dhypothéscs.
i. Pages o'Jl à i'2i.
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térislique est celle des plissements ; les autres brusques, comme l'écroulement d'une voûte minée, qui alTecteiit les roches les plus dures, les masses les plus compactes et traversent tout droit les ensembles les pli^ hétérogfèncs. Entre ces deux types, il existe sans doute une relation intime et constante, qui n'est pas encore aussi bien démêlée que nous le voudrions; mais on croit apercevoir, en outre, une évolution progressive, qui tendrait peu à peu à diminuer la part des plissements pour augmenter celle des eiïondremcnts, à mesure que s'accroît la zone occupée par les voussoirs solides non plissables et seulement susceptibles de se découper en morceaux et que se réduisent, au contraire, les zones intermédiaires, plus flexibles et susceptibles de se plisser. Il semblerait que la tendance à la contraction compense, de plus en plus, par l'effondrement d'énormes masses, la réduction des zones plissées, qui ont pu s'étendre d'abord à tout le globe. Et peutêtre aussi ces plis deviennent-ils plus hauts, en même temps qu'ils se localisent. On concevrait alors les premiers mouvements tectoniques, comme ayant produit, sur toute l'étendue de la Terre, des multitudes de petites rides peu élevées, ce qui aurait contribué à amener l'instabilité des rivages et permis l'uniformité des conditions géographiques constatée dans les anciens âges, tandis que les mouvements récents ont fait surgir ces longs et étroits fuseaux plissés, dont les saillies atteignent 8 ou 10 kilomètres, avec ces vastes effondrements, dont l'Atlantique, la mer Egée, la mer Rouge, la mer des Indes, la mer de Baffin sont les types les plus caractéristiques.
J'ajoute que les derniers plissements eurasialiques sont, en principe, dirigés suivant des parallèles, tandis que les effondrements des mêmes continents ont une direction méridienne tout à fait caractérisée. Cette partie du globe se ride dans le sens Est-Ouest et éclate dans le sens Xord Sud '.
De ces mouvements tectoniques profonds, auxquels toute la pétrographie et la métallogénie se relient, doivent, ce semble, aussi, en principe, résulter des déplacements dans les mers, des changements dans les courants, des modifications dans les climats, qui entraînent les variations superficielles de la paléo-géographie Les cartes paléo-géographiques, que nous nous efforçons de reconstituer, dessinent, à une époque quelconque, la ligne de niveau arbitraire*, correspondant à la
i. M. DocviLLÉ a supposé (G. R. Ac. Se., mars 1904) que ce phénomène général pouvait ètie dû à un aplatissement progressif des pôles.
2. Elle est arbitraire en ce sens que. si le volume des mers était ou plus ou moins grand, les rivages dessineraient une autre ligne de niveau, très différente de la première.
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surface des mers. Celle-ci dépend à chaque instant de la paléo-tectonique.
On a pu, cependant, se demander très logiquement si la déformation de la Terre était la seule cause de ces transformations marines et si la mer elle-même ne subissait pas une déformation propre, analogue à celles que nous fait constater chaque jour le phénomène des marées, mais d'une intensité beaucoup plus forte, en même temps que d'une période plus longue*. L'hypothèse offre un haut intérêt ; car, si l'on constatait réellement que l'enveloppe liquide a subi, dans une région déterminée, des exhaussements et des affaissements périodiques, sans intervention d'une modification tectonique plus ou moins lointaine, il en résulterait la possibilité de rattacher ces pulsations aux mouvements astronomiques, d'en déterminer la loi et d'en calculer la période. La question est posée; on ne peut malheureusement pas dire qu'elle soit résolue.
De toutes façons, pour une cause ou pour une autre, la géologie nous apprend que les mers se sont promenées sans cesse et en tous sens à la surface du globe et l'étude détaillée d'un pays localisé nous y montre des alternatives multiples de ces petits flux et reflux, qui, en prenant plus d'amplitude, ont pu, à certains moments, pour lesquels nous établissons une coupure dans la série géologique, s'étendre à des continents entiers.
Ainsi s'est peu à peu constituée, par des dislocations internes, suivies de déplacements marins, d'érosions et de sédimentations superficielles, la structure géographique de la Terre, telle que nous la constatons. Chaque trait de cette structure porte l'empreinte de tous les phénomènes, qui se sont succédés, depuis l'origine, au point correspondant ; on y retrouve la trace des mers qui ont passé, des organismes qu'elles ont nourris, des émersions et des reflux qu'elles ont subis, des montagnes qui ont succédé aux flots, du relief atteint par les cimes, ou de la profondeur à laquelle sont descendus les océans, des plissements, des fractures, des métamorphismes, des climats, des érosions. La géographie physique n'est ainsi que la conclusion d'une longue histoire géologique et il n'est pas de point, qui, pour le géologue, ne renferme de tout autres ruines que les sept villes superposées, retrouvées parSchHemann à Troie.
En même temps qu'elle constate ces modifications, dont l'origine première est surtout profonde, la géologie reconnaît, dans le passé, les
1. Ce mouvement propre à la mer devrait être général, ou du moins continu dans l'espace et ne peut expliquer des dénivellations locales, sans lien réciproque. Voir plus haut, pages 85 et 44G.