CHAI». XVII. — EVOLUTION GÉOLOGIQUE DE LA TEKRE
traces d'une évolution toute difTérenle et que, seules, des causes exU^rieures ont pu déterminer : c est la transformation progressive des climats, qui s'accuse dès que l'on compare les anciennes périodes géologiques à la nôtre. Je ne parle pas ici, bien entendu, des préjugés vulgaS'es sur « la Terre qui se refroidit )),ni mrme de ces observations, qui nous révèlent, à certaines époques géologitjues récentes , une végétation tropicale, ou, au contraire, d immenses glaciers venant s'étendre sur la France. C'est, précisément, un des résultats obtenus par la géologie de nous montrer ces variations de climats se produisant tour à tour dans un sens ou dans l'autre et, quelle qu'en puisse être la cause, tectonique ou astronomique, d'en accuser le retour alternatif; nous sommes babitués par elle à penser que la France a pu. suivant les époques, ressembler à Bornéo ou au Groenland, comme, à d'autres moments, elle a été recouverte par la mer, ou a présenté, de la Bretagne aux Ardennes, une cbaîce alpestre. Il n'y a rien là qui nous étonne et ces changements en sens contraire n'accusent pas pour nous, du moins directement, une évolution. Mais il est une transformation bien plus marquée et qui, celle-là, n'a pas subi de retour : c'est celle, qui a peu à peu créé, sur la Terre, les différences de climat actuelles, moins nettes dans les premiers âges, et déterminé, aux deux pôles, la formation de calottes glaciaires, alors qu en rcmon I an taux temps {irimaires, on semble, jusqu'à nouvel ordre, retrouvera peu près les mêmes êtres et, par suite, des conditions de vie semblables, des zones polaires à l'équateur. Ce changement ne peut résulter, ni d'un refroidissement du Soleil, ni d'un déplacement dans l'axe terrestre, puisque l'une ou l'autre de ces causes impliquerait toujours des climats différents suivant les régions. Une hypothèse dont il a été déjà question est celle de M. Blandet, invoquant la réduction du diamètre solaire, qui, au début, aurait été assez large pour que toutes les parties de la Terre fussent également échauffées, la nuit étant presque partout supprimée et qui, suivant l'hypothèse d'Helmholtz, se serait ensuite condensé progressivement, en recouvrant, par cette condensation même, une grande partie des calories rayonnées au dehors et perdues*.
Cette question des climats nous amène à parler d'un phénomène, que nous avons pu laisser jusqu'ici de côté, quoiqu'il nous intéresse arant tout autre, parce que son influence sur la structure terrestre est insigniliante et passagère : ce phénomène, c'est la Vie. La Vie ne serait pas apparue sur la Terre que, sauf dans les aspects extérieurs,à peu près rien n'y aurait été changé ; elle en disparaîtra sans laisser de trace.
1. Voirp. 123et4o0. Nous avons également parlé des variationsde l'acîde carbonique.
Tout l'essentiel, en ce qui la concerne, nous échappe jusqu'ici : son principe et son essence. Nous savons seulement qu'elle utilise, pour se manifester, les forces ordinaires de la physique et de la chimie. Mais la géologie nous amène à cette importante constatation que les formes organiques vivantes se sont transformées au cours des âges et cette transformation est le point de départ de ses chronologies. La paléontologie reconnaît des rapports d'origine entre certains êtres, surprend les chaînons, qui unissent, dans le passé, des types aujourd'hui dissemblables et réduit ainsi les organismes des premiers temps à un nombre beaucoup plus restreint de types, presque tous plus rudimentaires. Les sciences philosophiques lui demanderaientplus encore et voudraient lui faire découvrir la souche commune de tous les êtres organisés, en surprenant, à son tour, le passage de cet être, prototype de tous les autres, au monde minéral. La science géologique ne peut encore, et ne pourra sans doute jamais, répondre à une telle exigence : elle constate, au contraire, que les plus anciens êtres découverts dans ses terrains sont, dès le début, très diversifiés et très nombreux : mais elle ajoute aussitôt qu'avant le premier terrain fossilifère, il avait dû déjà se déposer, pendant de très longues périodes, d'innombrables sédiments, confondus ensuite par le métamorpliisme dans une même apparence cristalline et dépouillés par lui des germes de vie, qu'ils auraient pu contenir. Elle enseigne, de plus, que les premiers êtresontété des êtres marins ; les conditions nécessaires à la réalisation de la vie n'ont été réunies d'abord que dans les eaux; les êtres aériens sont des types tardifs. La géologie nous montre, dès lors, où nous devons chercher, malheureusement sans grand espoir de succès, la solution d'un problème si passionnant : plus encore peut-être que l'exploration des terrains archéens,où quelque trace de la vie primitive aurait pu échapper à la destruction, les sondages, entrepris dans les grandes profondeurs marines, pourraient nous faire découvrir un jour les représentants émig^rés et perpétués de formes antérieures à notre paléontologie.