IV. — Evaluation des périodes géolosriques en années
Depuis que nous avons commencé à raconter l'histoire géologique, il a toujours été question de périodes successives et jamais d'évaluations en années, relatives à l'une quelconque de ces périodes. Ce n'est pas qu'un semblable calcul ne soit tentant et n'ait été, en effet, essayé par bien des voies ; mais c'est que, dans l'état actuel de la science, nous sommes complètement désarmés pour obtenir, à cet égard, un résultat un peu sérieux. On ne pourra, je crois, s'avan-
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cer dans cette voie, avec quelque chance de réussir, que le jour où l'on aura bien établi les lois d'ensemble concernant les changements declimat et les mouvements généraux de l'écorce terrestre ou des mers, si l'on arrivait alors à démontrer qu'il existe une relation entre l'un ou l'autre de ces phénomènes et une cause astronomique. Dans cet ordre d'idées même, où les essais de calcul sont, en tous cas, très prématurés, il est bien des manifestations géologiques essentielles, pour lesquelles on n'aperçoit pas la possibihté d'aboutir. Quand une poutre métallique se brise sous un effort trop grand, quand un câble se rompt sous un excès de traction, quand un liquide animé d'un mouvement de rotation sort du vase, quand une chaudière à vapeur usée fait explosion, quand une fonte en fusion se scorifie, on se trouve en présence de phénomènes, qui ne sont certainement pas l'effet du hasard (car le mot hasard n'est que la traduction symbolique de notre ignorance momentanée) et dont on peut même parfaitement comprendre la cause, mais dont il semble tout à fait impossible de calculer d avance la durée. Or un très grand nombre de phénomènes géologiques sont manifestement de ce genre : ils ont dû se produire, comme l'éruption d'un volcan ou l'éboulement d'une falaise, à un moment qu'aucune théorie mécanique ne pourrait faire exactement prévoir et notre seule chance de succès, dans cet ordre d'idées, est de reconnaître, pour quelques-uns d'entre eux, l'influence périodique, soit de marées internes, soit de mouvements eustatiques propres à la mer, soit encore de phases météorologiques * en rapport avec les modifications du système solaire.
Tant qu'on ne sera pas arrivé à quelque chose dans cet ordre d'idées, il faut nous borner à connaître l'ordre de succession des périodes géologiques, sans chercher à en apprécier la longueur.
Cependant un tel aveu d'impuissance, qui semble tout naturel aux géologues, étonne davantage les philosophes, qui ne s'occupent de géologie qu'incidemment, et l'on a fait, à diverses reprises, des tentatives pour donner une réponse à de semblables questions.
Nous eu retiendrons d'abord celles qui prennent pourpoint de départ le calcul du refroidissement terrestre et estiment, d'après lui, le temps
1. Certains gisements géologiques montrent des alternances curieuses, qui semblent témoigner de périodes successivement sèches et pluvieuses. L'n des cas les plus nets est celui des veines d'anhydrite au milieu du sel, que les mineurs euxmêmes ont appelées des Jahrringe (anneaux d'un an). Dans quelques bassins houillers, on voit également de très nombreuses couches à végétaux alterner avec des couches stériles. .Ailleurs, ce sont des répétitions successives de bancs à fossiles d'eau douce et de bancs à fossiles marins. Les bancs de certains terrains, les lits de silex dans la craie, etc., ont souvent une épaisseur presque régulière. Il a été question, page 473, du temps écoulé pendant le recul des glaciers Scandinaves : à peine cinq mille ans.
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depuis lequel des germes organiques ont pu vivre sur la Terre, puis répartissent cette durée totale des périodes géologiques entre les trois principales, en admettant que leurs durées ont été proportionnelles à l'épaisseur maxima des sédiments qui les représentent.
Le premier calcul a été fait par lord Kelvin, qui avait d'abord trouvé 100 millions d'années et qui, un peu plus tard, par de légères modifications dans les données du problème ^ est descendu à 20. La division en trois périodes, établie par Dana, conduirait, avec ce dernier chifTre, à 15 millions d'années pour les temps primaires ; 4 pour les temps secondaires ; 1,2 pour le tertiaire. Mais, pour arriver à ces chiffres, on a dû accumuler d'invraisemblables hypothèses.
Il faut d'abord, contrairement à toute géologie, assimiler la Terre à un boulet solide et homogène, qui, après avoir été porté au rouge, s'est refroidi par rayonnement ; il faut ensuite supposer que la sédimentation s'est toujours faite, en moyenne, avec la même vitesse.
A quel point cette dernière affirmiition est peu plausible, on le voit aussitôt en constatant combien la rapidité de la sédimentation est aujourd'hui variable, d'un point à l'autre, en remarquant surtout combien, en un point donné, elle passe par des phases inégales.
Ces objections s'appliquent encore bien plus à ceux qui ont voulu prendre comme base la vitesse de cette sédimentation actuelle, ou qui ont admis, sans preuve, quelque relation entre les transgressions de la mer, les retours de périodes glaciaires, les reproductions de séries sédimentaires analogues et tel ou tel phénomène astronomique comme la précession des équinoxes. Peut-être cependant les phénomènes de radioactivité peuvent-ils nous apporter quelque indication. Ainsi Strutt a proposé de rechercher, dans des zircons d'âges géologiques variés, le rapport du poids dhélium occlus au poids de substance radioactive dont celui-ci est supposé provenir. (Il y aurait 300 millions d'années depuis le trias). J. Joly a mesuré très ingénieusement les halos développés dans les micas des roches autour de leurs inclusions de zircons en les supposant dus à l'émission d'hélium et proportionnels au temps. Mais l'étude des sources thermales notamment montre la présence fréquente d'un hélium iossile dont l'origine échappe. Tout cela demeure encore très aventureux et, au lieu d'énoncer des chiffres sans valeur, il vaut mieux avouer notre ignorance -.
1. 1899 (Phil. Mag., janvier) —Cf. 1875. Dana. Manualof geology, p. 381, 481. 583. o91. — 1878.Mei.lakdRkade [Géol. Mag., p. 147). — 1884. Mayer-Eyhar. Classificalion des terrains tertiaires. — Voir encore L. De Launay. Traité de métallo'jénie. 1, i44.
2. Même pour les périodes récentes, il ne faut ajouter aucune foi au.x affirmations émises sur le temps écoulé depuis l'homme chelléen ou moustiérien de France.
CUAP. XVII. — L'AVENIR DE LA TERRE Zli