V. — L'Avenir de la Terre
Que s^ra la Terre dans l'avenir ? Les observations, résumées dans le ciiapilre sur la « géologie en action », tendent à faire croire que l'histoire géologique n'est pas terminée, qu'elle n'est même pas entrée, comme nous le croirions volontiers, avec l'apparition de Ihomme, dans une phase particulière de calme et de repos. La « période tertiaire », avec ses possibilités de grands mouvements internes, continue toujours, malgré la coupure que nous y avons introduite pour célébrer la naissance de l'être humain et malgré notre besoin instinctif de croire, en dépit de toutes les expériences, à la stabilité, à la perpétuité de ce qui nous entoure. Sans doute, une évolution progressive, que tout nous fait supposer, doit peu à peu refroidir la Terre par son rayonnement constant vers l'espace et, dès lors, en augmentant l'épaisseur de sa croûte scoriacée, la rendre plus résistante, plus insensible aux mouvements internes. Mais nous sommes probablement encore très loin de l'époque où ces mouvements cesseront, ou ne nous atteindront plus. L'intensité si générale du volcanisme *, la propagation presque constante des vibrations sismiques prouvent assez que l'état de repos n'est pas encore atteint. L'activité interne poursuit son action: elle se traduit par de lents plissements ; elle prépare aussi peut-être de brusques et plus intenses effondrements.
11 est vrai, depuis que l'homme a une histoire précise, ses annales n'ont eu à enregistrer aucun événement comparable aux plissements que reconstitue la géologie : mais cette histoire n'est un peu ancienne que pour une région bien restreinte du monde méditerranéen et nous ignorons ce qui a pu se passer ailleurs, même pendant ce temps : par exemple, dans le Pacifique. Dans la seule zone géographique, pour laquelle nous possédons des récits remontant à quelques milliers d'années, l'on a vu, dans cet intervalle si court, des îles apparaître et disparaître, des côtes se déplacer. Si l'on pense au nombre de siècles qu'a pu comprendre la moindre période géologique, on concevra, dès lors, la possibilité que des mouvements semblables à ceux du passé se répètent dans l'avenir.
Ainsi, d'après la loi qui a présidé jusqu'ici au déplacement des zones plissées, on pourrait sattendre à voir surgir une Alpe nouvelle dans la zone, de plus en plus restreinte, qui sépare encore les voussoirs primitifs
1. Cette intensité est probablement très inférieure à ce quelle a dû être à l'époque miocène ou pliocène; mais il parait y avoir eu.avantceparo.xysme, des phases où le caimc était encore plus complet qu'aujourd'hui.
boréaux des voussoirs équaloriaux : sur l'emplacement du géosynclinal Méditerranéen ; il pourrait également se dresser quelque ride montagneuse le long de la côte Pacifique des deux Amériques ou suivant l'axe volcanique de l'Atlantique. En même temps, de nouvelles cassures méridiennes pourraient continuer des éclatements anciens : par exemple, le long des lacs africains ou dans l'Archipel.
Ces mouvements, s'ils se produisent, se répéteront-ils et combien de fois? C'est ce qu'il est absolument impossible de dire; mais on est fondé à croire que la stabilité interne de la Terre doit augmenter progressivement par suite de son refroidissement : la contraction de la masse fluide, à laquelle nous attribuons de telles conséquences, devenant de plus en plus difficile et de plus en plus reslrcinte.
Or, ainsi que je l'ai fait remarquer précédemment, il ne saurait y avoir de doute sur le refroidissement progressif de la Terre : refroidissement, qui a, d'ailleurs, on le sait, peu d'importance directe pour nous, pour notre température extérieure, puisque la presque totalité de l'énergie calorifique, grâce à laquelle la vie est entretenue sur la Terre, nous vient de l'espace céleste et, notamment, du Soleil.
Une petite sphère, telle que la nôtre, plus chaude à l'intérieur qu'à la surface, et entourée d'un espace glacé indéfini, ne peut manquer de rayonner sans cesse de la chaleur vers cet espace et nous avons la preuve incontestable de ce rayonnementpar l'accroissement progressif de température, que l'on constate partout, lorsqu'on s'enfonce dans l'intérieur de la Terre'. Le flux de chaleur entre la source chaude limitée, qui existe quelque part à l'intérieur, et l'enveloppe froide indéfinie, à travers l'écorce terrestre, se traduit par une courbe régulièrement décroissante des températures, assimilable au j)rofil d'équilibre d'un cours d'eau. L'intérieur de la Terre perd peu à peu des calories et des degrés de température. S'il renferme encore des parties fluides, comme nous le supposons, ces parties fluides doivent tendre à se solidifier en se condensant et la rupture d'équilibre, qui ne peut manquer d'en résulter, doit entraîner les conséquences mécaniques, dont il a été question plus haut, avec une tendance moyenne croissante à la stabilité.
A côté de ces cataclysmes possibles et de ce repos futur comme terme extrême, les modifications de la structure géographique paraissent d'ordre singulièrement négligeable ; elles sont cependant plus intéressantes pour nous, parce que l'homme est certainement appelé à en voir quelques-unes, tandis qu'il ne verra peut-être pas ces grands mouvements généraux de l'écorce.
i Voir page 99.
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Tout d'abord, si nous laissons de côté les forces internes, un travail, qui se continue chaque jour sous nos yeux, tend à atténuer les irrégularités du relief, à éroder les aspérités, à combler les dépressions, h ramener les saillies des continents et les profils des cours d'eau vers des fonttcs d'équilibre.
Les montagnes se démolissent et s'usent sans cesse ; c'est un fait, sur lequel j'ai suffisamment insisté dans le chapitre relatif aux érosions, en montrant comment l'altération chimique par les agents superficiels, jusqu'au niveau hydrostatique, prépare et régularise, sans cesse, ce travail*.
Parmi les produits de cette démolition, les uns, simplement déplacés mécaniquement, sont employés à former des terrains de transports, sables, argiles, etc... D'autres entrent en dissolution et, s'ils y restent, arrivent à la mer, qui se trouve constituer l'égoùt universel de tout ce que l'écorce terrestre peut présenter fie soluble, notamment des alcalis. La teneur en sels de la mer devrait donc, pour cette raison seule, subir une augmentation progressive. S'il est vrai, comme je vais essayer bientôt de le montrer, que la quantité d'eau diminue, en outre, peu à peu, à la surface de la Terre, le phénomène doit se trouver légèrement accentué. D'autres substances dissoutes, parmi lesquelles la chaux entre en première ligne, sont constamment réintroduites, soit par une simple précipitation chimique, soit par lintervention de la vie, dans le cercle des matières solides et subissent des cycles perpétuels.
La Terre doit donc, à parties éruptions volcaniques, qui sonten somme un accident rare, et les grands mouvements possibles, dont j'ai dit un mot plus haut, tendre vers un nivellement général, ou plutôt vers une forme d'équilibre, reliant les plateaux aux mers par des pentes douces; les aspérités doivent disparaître ; les dépressions excessives doivent se combler; les aspects, que l'on appelle pittoresques et dont la Suisse représente le type le plus connu, doivent être remplacés peu à peu par de grands horizons monotones.
Ce changement ne peut manquer de se traduire par une modification dans le régime météorologique, en supprimant, par exemple, l'attraction e.xercée sur les nuages parles hautes cimes et retirant aux sources des hautes régions une partie de leur alimentation profonde par la diminution des neiges et glaces perpétuelles -.
D'autre part, la disparition progressive des éléments solubles dans