‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 33 sur 356 · Principia mathematica philoxophiae naturalis · texte numérisé non relu

Principia mathematica philoxophiae naturalis

Sténon pour se borner à des considérations théoriques ambitieuses et prématurées, qui ne devaient pourtant pas être complètement perdues, puisque, de proche en proche, elles conduisirent à la théorie de Laplace et que les vastes synthèses, dont l'ouvrage de M. Suess a été récemment le plus bel exemple, en procèdent indirectement.

Cependant, à mesure qu'on avance dans le xviii* siècle, il est visible, malgré la prolongation des vieilles erreurs résultant surtout d'une méthode fausse, que la science entre dans unepériode nouvelle; quelque chose s'est modifié dans les esprits, avec le goût de l'observation plus répandu, avec les voyages plus faciles, et cette impression est très nette, quand on lit, par exemple, les ouvrages géologiques de Buffon : la Théorie delà Terre (1769), les Époques de la Nature (illS) ou les Principes des Minéraux (1780), qui pourront nous servir à caractériser cette période.

Pour les tliéories, Buffon emboîte le pas derrière Descartes, Leibnitz et même derrière tous ces rêveurs pseudo-géologues du xviii* siècle, qu'il plaisante agréablement, sans être, dans cet ordre d'idées, beaucoup plus sérieux qu'eux. Il se montre, par là, le dernier des géologues célèbres aux inductions fantaisistes. Ainsi, tout en n'admettant plus que les dépôts marins puissent être dus au déluge, il rentre d'abord dans l'idée de Leibnitz en admettant que les montagnes se sont formées au fond d'une mer, qui s'est ensuite vidée dans des cavernes souterraines (1749) ; l'inclinaison des couches viendrait alors de ce que leur dépôt a eu lieu sur un fond inégal ; la sédimentation serait le résultat des marées, combinées avec la rotation, etc. Et, plus tard (1778), il fait pire et rattache les montagnes aux actions volcaniques et électriques, produites par la combustion profonde des pyrites ou de la houille. En même temps, on voit admis désormais, comme dogmes, un certain nombre de principes plus exacts, empruntés à Descartes, Newton ou Leibnitz : fluidité première de la Terre, qui s'est refroidie ensuite et condensée par couches concentriques; chaleur interne, diminuant progressivement avec le temps*; précipitation de la vapeur d'eau, éparse d'abord dans l'atmosphère, produisant les mers, etc.^

Mais, à côté de ces généralisations, Buffon tire parti des observations

1. L'une des idées originales de Buffon a été d'appuyer cette idée du refroidissement terrestre sur l'existence ancienne, dans le Nord, d'animaux et de plantes des pays chauds.

i. Les deux principales propositions, relevées par la faculté de théologie de Paris dans l'œuvre de Buffon comme condamnables, étaient les suivantes (ce qui en accuse, lusqu'à un certain point, la nouveauté) : « Ce sont les eaux de la mer. qui ont produit les njontagnes; ce sont les eaux du ciel qui les détruisent. — Le Soleil s'éteindra faute d'aliments ; la Terre, au sortir du Soleil, était liquide et brûlante. »

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