‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 34 sur 356 · CHAP. II. — LA GEOLOGIE DE BUFFON · texte numérisé non relu

CHAP. II. — LA GEOLOGIE DE BUFFON

précises, qui s'accumulent partout, en tous genres, de tous côtés et que d'innombrables correspondants lui transmettent, de celles que luimême peut faire dans ses courses à travers la campagne ; il donne même un premier exemple de géologie expérimentale en étudiant le refroidissement de boulets formés de diverses substances, ou la fusion des minerais de fer.

En parcourant son œuvre, on peut se rendre compte des points essentiels, qui étaient acquis à la science géologique au milieu du xviii" siècle', avant le grand essor des Hutton, des de Saussure, des Wemer, des Humboldt, des Léopold de Buch, des Brongniart et des Cuvier, et l'on assiste à cette division de la science géologique en spécialités multiples, en rameaux feuillus, qui montre que l'arbre a décidément pris racine et qu'il est plein de vie.

Tout d'abord, c'est la science des organismes disparus, c'est la paléontologie qui naît ; l'origine organique des coquillages fossiles, soit marins, soit lacustres, n'est plus mise en doute par personne * et l'idée même de les rapporter au déluge ne trouve plus que de rares défenseurs attardés. L'esprit d'observation est donc libre de s'y attacher, de les observer, de les classer, de les identilier : ce qui devient relativement facile. Ces coquilles, on en fait, de tous les côtés, des collections, où elles s'entassent par milliers; on les compare aux collections, également nombreuses, de formes vivantes ; on les décrit avec figures à l'appui (sans en faire encore, il est vrai, une nomenclature) ;

1. Plus tard, il est vrai, sous l'influence inconsciente de Werner, qui inspirera à ses disciples un culte de l'observation exclusif de toute théorie, on verra Cuvier lui-même recommencer à nier des principes aussi simples que la fluidité initiale, le plissement des montagnes ou la chaleur interne, et railler Descartes ou Leibmtz pour « s'être amusés à faire de la Terre un Soleil éteint, un globe vitriflé, sur lequel les vapeurs, étant retombées lors de son refroidissement, formèrent des mers, qui déposèrent ensuite les terrains calcaires ». [Discours sur les révolutions du globe, 1840.) De temps à autre, on assiste ainsi, dans toutes les sciences, à quelque tentative des révolutionnaires pour revenir au fondement solide de la connaissance, c'est à-dire à l'observation, et démolir tout ce qui, dans les principes admis, leur semble procéder par hypothèse ; après quoi, comme l'esprit ne saurait rester longtemps dans le vide et qu'un catalogue de faits sans explication n'est pas une science, eux ou leurs successeurs reprennent une hypothèse plus ou moins analogue, où les mots surtout sont changés et qui fait, à son tour, fortune pour quelque temps. C'est ainsi que l'on voit découvrir tous les jours, avec fracas, de grandes nouveautés, qui remontent à Zé.\o.\ ou à Hér-vclite. Cuvier, arrivant, par mépris pour les théories géogéniques de Descartes ou de Hotto.h, à inventer sa théorie des cataclysmes et, pour ne pas sortir des observations positives, prétendant que les causes'acluelles sont sans rapport avec les phénomènes géologiques du passé, en est un bien mémorable «xemple.

2. En 1746, Barrèrb {Sur l'origine et la formation des pierres figurées), au milieu d'observations qui sont visiblement celles d'un amateur, dit : « Il n'est plus question des semences de pierres figurées, des formes plastiques, des jeux de hasard, anciennes hypothèses qu'une physique stérile avait autrefois adoptées. »

des mémoires s'accumulent sur les points litigieux, comme la nature discutée des bélemnites ' ; on en est même aux monographies de faunes locales *, aux listes de gisements fossilifères ; la paléontologie s'est donc séparée de la géologie et nous devons désormais lui faire une place distincte, envisager séparément ses progrès. Buffon même commence à parler couramment d'espèces disparues '.

La minéralogie, de son côté, est en train de venir au jour, toute prête à former elle aussi une science de premier ordre, d'abord toute géométrique, puis bientôt appuyée sur les progrès de l'optique et sur ceux de la chimie'. On n'en est pas encore tout à fait à Haiiy, dont V Essai sur la théorie de la structure des cristaux est de 1789; mais le traité de Buffon sur les minéraux est séparé par un abîme de tous ces ouvrages du xv* ou du XVI* siècle, qui réservaientla meilleure place aux vertus médicales des minéraux. Cette minéralogie de Bufîon donne même le premier

1. Le Dictionnaire universel des fossiles par Bektraxd (Avignon 1763) discute les diverses opinions très nombreuses : simple minéral ( Woodwakd), épine du dos d'un animal (Yolkm.vnn), remplissage d'un trou de ver, etc., et donne finalement, avec Wallérius, la vraie nature de cet organisme mystérieux.

2. On peut citer, par exemple (en résumant les titres allemands ou latins) : 1606, ScHvvENKFELD, fossiles de Silésie; 1626, Beiungbh, fossiles de Wurlzbourg ; 1673, BnuNNEu, fossiles du Mansfeld; 1687, Reiske, glossoptères de Lunebourg et Geyeh. fossiles d'Alzey; 1702, Schel'Chzb»», fossiles de Suisse: 1707. Lang id. et Wolkaut, fossiles de Hanovre; 1708, Bayer, fossiles de Nuremberg ; 1709, Myliis, fossiles de Saxe; 1720, IIellvving, fossiles d'Angerbourg ; Schuttie, fossiles d'iéna; Volkma.nn, fossiles de Silésie; 1727, Erhart, bélemnites de Souabe; 1730, Bayer, fossiles de Norique, etc.; 1737, Guettard sur les fossiles des ardoise^ d'Angers. — Un ouvrage de 1742. le Traité des pétrifications (avec planches défigures) par Bourguel, donne déjà une liste de publications paléontologiques, occupant plus de 20 pages et des catalogues de gisements fossilifères situés dans toutes les parties du monde, même aux Philippines, en Chine et aux Indes. L'un des plus importants, parmi tous ces livres, était celui de 8ciieuchzer 1708 [Piscium querelse et vindicise), où se trouve figuré ce fameux Homo diluvii testis, qui, pendant longtemps, « démontra d'une manière indubitable, que les hommes furent enveloppés dans la ruine de l'ancien monde, dont nous habitons aujourd'hui les débris» et qui n'était, en réalité, comme le reconnut Guvier. qu'une salamandre. C'est à propos de Scheuchzer que FoNTEXELi-E, cu 1712, Compara le premier les fossiles à des médailles. 11 faut également attribuer une place à part aux trois volumes in-folio avec planches île Walch sur la collection Knorr (Nuremberg, 1773), Die Naturgeschichte der Versteinerungen.

D'Archiac, parmi les promoteurs de la paléontologie entre 1660 et 1730, tous étrangers, cite particulièrement Lister, Llhwyd, Woodward, Colonna, Sténon, Scil- LA, Aldrovande, Gessn'er, Langius, Leibnitz, Laciimu.vd, Reiske. .Vu xviii* siècle, Gl'ettard s'est fait une place à part par ses lravau.\ publiés do 1751 ù 1786.

Voir aussi Desalliers u'Argenville. Catalogue des fossiles de toutes les provinces de France et L'histoire naturelle éclaircie dans deux de ses parties principales : la lithologie et la cvnchgologie (in^", 1742).

S. La môme idée se trouve déjà chez un Anglais .un peu antérieur à Bukfon, Robert IIooke, dont l'ouvrage sur les tremblements de terre parut en 1703. Hooke constate la variation des climats et l'attribue à un déplacement de l'axe terrestre.

4. Buffon s'appuie fréquemment sur les éléments de chimie deMoRVEVc. D'innombrables expériences, qui tiennent encore de l'alchimie, préparent néanmoins Lavoisiek.

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