‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 35 sur 356 · CHAP. II. — LA GEOLOGIE DE LA. FIN DU XVIII» SIECLE · texte numérisé non relu

CHAP. II. — LA GEOLOGIE DE LA. FIN DU XVIII» SIECLE

exemple d'une autre science, qui formera, elle aussi, bientôt un domaine distinct ; car elle renferme un premier traité des gîtes minéraux et métallifères, donnant la nomenclature et la description des principaux gisements connus pour les substances minérales dans le monde entier.

En même temps, c'est la stratigraphie, ou science des terrains stratifiés qui se constitue, toute prête à se développer avec W. Smith et Brongniart, maintenant qu'on lui a donné des principes bien établis.

Ces principes de stratigraphie, que Buffon résume, appartenaient déjà à Sténon cent ans plutôt ; on n'a même pas retrouvé, au temps de Buffon, tout ce qu'avait vu du premier coup Sténon, et l'orogénie ou la tectonique, qui étudient les mouvements des terrains anciens, ne sont pas encore milres, puisqu'on ne reconnaît pas l'horizontalité nécessaire des sédiments au moment de leur dépôt ^ ; mais les notions déjà acquises se sont répandues et Buffon lui-même, par l'enthousiasme quexciteront ses conceptions hypothétiques, exposées en un style pompeux, va devenir leur vulgarisateur le plus actif.

Les couches stratifiées, dit-il, résultent d'une sédimentation dans les eaux *, qui s'est prolongée des milliers d'années et non pas seulement pendant les quarante jours d'un déluge ^; leur horizontalité fréquente vient de cette sédimentation ; elles se sont déposées parallèlement les unes sur les autres ; elles gardent les mêmes épaisseurs et se re-

1. BcFFON ne se doute pas que les couches sédimentaires ont commencé par être nécessairement horizontales; il admet, au contraire, comme un point essentiel de ses théories, que les couches inclinées se sont déposées ainsi dans un fond de mer irrégulier. Encore en 1838, ce principe de l'horizontalité primitive, qui nous parait si simple, était très vivement discuté et Élie de Bealmoxt, en publiant les extraits de Sténon, s'attache à le prouver pour réfuter ceux qui s'attaquaient à son mémoire sur les systèmes de montagnes. Deux contemporains anglais de Boffox. Ray et HooKE, attribuaient les montagnes à des tremblements de terre, comme auraient pu le faire Pline ou Strabon. Un Italien, Lazzaro Moro (Dei crostacei. ..\enise, 1740) soutenait une théorie analogue dans un ouvrage, qui renferme quelques-unes des plus anciennes coupes de terrains avec plissements et failles. Il faudrait encore citer, si l'on visait à être à peu près complet, Lamarck, l'un des fondateurs de la paléontologie , qui, encore en 1803, dans son llydrogéologie, expliquait toutes les inclinaisons découches et les montagnes (sauf les volcansi par l'influence unique des eaux pluviales et leur mouvement à la surface du globe. Les actions internes étaient, disait-il, « trop commodes pour ceux des naturalistes, qui veulent expliquer les faits sans observer » : critique faite de tous temps par les actualiâtes à outrance, mais qui, ici, l'amenait à de bien singulières conséquences.

2. BcFFON, partant de l'idée d'un astre, d'abord fluide, puis condensé à la surface en une scorie vitrifiée, considère les sables, les grès et les argiles comme le résultat dune destruction de cette scorie par les eaux.

3. BcFFON est, je crois, le premier qui, dans ses Epoques de la Nature, ait fait une tentative, d'ailleurs malheureuse, pour préciser en années les périodes successives de l'histoire du globe. Ces périodes, qui ne peuvent chez lui correspondre à rien, puisqu'il n'a aucun moyen d'en établir les limites, — ni les changements des êtres (faute de paléontologie), ni ceux de la structure terrestre (faute de tectonique) — , il les suppose au nombre de 7, dont la seconde par exemple, où la Terre s'est consolidée iusqu'au centre, a occupé exactement 2.936 ans.

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trouvent au même niveau sur les deux flancs d'une vallée : les détroits sont donc récents, quand les couches se correspondent des deux côtés (Manche, Gibraltar, etc.).

Ces points fondamentaux étant admis, on peut se mettre à faire des coupes, à inscrire les superpositions de couches en tous les points où elles sont visibles ; les bonnes volontés ont là un admirable champ de travail pour au moins deux siècles : et Buffon peut publier, des premiers, les coupes géologiques relevées à Marly ou à Amsterdam, en Auvergne ou dans le terrain houiller de Liège. De ces coupes multipliées renaîtra nécessairement bien vite l'idée de discordance, entrevue par Sténon, entre des couches horizontales et des couches inclinées, sur lesquelles elles reposent; ce sera l'œuvre des de Saussure, des Hutton, etc. ; alors, la tectonique aura son outil essentiel et l'on pourra commencer à écrire l'histoire de la structure de la Terre.

L'étude des phénomènes volcaniques, elle aussi, s'est constituée : Guettard et Desmarets * ont reconnu le caractère volcanique des montagnes d'Auvergne, et Desmarets, malgré les railleries de Werner, a établi sa distinction capitale des volcans de différents âge, qui peut être considérée comme la base même de toutes les études sur les roches éruptives ; d'autres ont retrouvé des volcans éteints dans le Vivarais l'Eiffel, etc.. ; la minéralogie aidant, on va pouvoir se mettre à étudier les roches ignées et constituer une autre science distincte, la pétrographie, qui végétera, il est vrai, jusqu'au moment où on lui appliquera le microscope, mais qui n'en a pas moins, dès à présent, son domaine particulier.

Enfin, l'on multiplie ces observations de toute nature sur la physique du globe, qui, de leur côté, à force de prendre de l'importance, vont essaimer en des sciences spéciales. On mesure la forme de la Terre par des arcs de méridien à diverses latitudes ; on observe partout l'aiguille aimantée et ses variations; on cherche à constater l'influence des montagnes sur les mouvements pendulaires; on note les augmentations de température dans la profondeur des travaux de mines ; on essaye de calculer la densité terrestre et d'en tirer des conclusions; on observe les dépôts des fonds de mer.

Nous sommes, en résumé, dans un carrefour, où arrive, par une voie unique, une foule de chercheurs, d'abord clairsemée et à l'aise, puis à la fin si compacte que, maintenant, elle va être amenée à se diviser en de nombreuses avenues. La science encyclopédique d'un seul homme

1. Desmahets (1725-181.5). Voir son Éloge historique par Cuviek (16 mars 1818), où se trouve rappelée l'opposition faite par Wehner aux remarques si justes de Desh.vhets sur le caractère volcanique des montagnes d'Auvergne.

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est probablement morte à jamais et c'est pourquoi le xviii'' siècle finissant va éprouver le besoin d'une première encyclopédie, produite par de nombreuses collaborations; la science moderne, avec ses spécialisations, est prête à naître. Buiîon me paraît bien placé pour marquer le carrefour, précisément parce qu'avec toute son intelligence si éveillée et si active il n'a pas été, ce me semble, un savant vraiment génial et qu'il n'a pas apporté, dans la science, de grandes idées nouvelles, ni réalisé de découvertes mémorables, mais parce que son histoire naturelle, fruit d'un admirable travail de coordination, marque l'aboutissement de toute la période antérieure, le point de départ de toute la période future.

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