‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 37 sur 356 · CHAP. III. — LA GEOLOGIE DE HUTTON · texte numérisé non relu

CHAP. III. — LA GEOLOGIE DE HUTTON

dernière opinion puisse encore être soutenue par un géologue. » Dans les sédiments, il retrouvait, à la fois, les preuves de la vie (déclarant, par exemple, avant les études microscopiques, que les calcaires étaient constitués par des débris d'organismes) et les indices d'un remaniement, ayant porté sur les matériaux d'anciens continents*. Ainsi, il était amené à l'idée d'une « paléo-géographie » différente de la géographie actuelle, c'est-à-dire d'une Terre, où les continents et les mers avaient affecté une autre disposition que celle à laquelle nous sommes habitués. En tout cela, il était très résolument et très heureusement en avance sur son temps et cela frappe surtout, quand on relit, en même temps, la théorie de Werner. Pour celui-ci, en effet, la précipitation s'est faite par strates parallèles sur un fond présentant, comme celui de Buffon, « une alternative de convexités, de plans et de concavités ». Quand la dissolution changeait de nature, le sédiment se modifiait. Au début, ces dépôts enveloppaient tout le globe ; mais, peu à peu, la mer s'évaporant, des saillies ont surgi et les dépôts sont devenus locaux ; en même temps, des arrêts dans la précipitation pouvaient déterminer une dégradation intermédiaire, par laquelle Werner expliquait les discordances.

On voit, par ce bref exposé, lequel de Werner et de Hutton a réellement compris les phénomènes sédimentaires. Ce qui a fait pourtant qualifier Hutton de plutonien, c'est-à-dire de volcaniste à outrance, par les partisans enthousiastes et exagérés de Werner, c'est qu'au rebours de ce dernier il avait su reconnaître, à côté des sédiments, 1 existence des roches éruptives et l'influence de ce que nous appelons le métamorphisme* sur les sédiments eux-mêmes. Et ces deux observations, très justes, très remarquablement profondes chez un contemporain de Buffon, furent suffisantes pour que, dans le camp adverse, avec un peu de cette mauvaise foi, qui se manifeste parfois dans les discussions ailleurs même qu'en politique, on ait voulu lui attribuer l'idée absurde des sédiments constitués par le feu. Il faut, du reste, reconnaître que Hutton avait prêté le flanc à la critique en outrant de son côté ce rôle du métamorphisme igné, qui, suivant lui, avait (notamment parle dégagement d'acide . carbonique sous pression emprunté aux bancs calcaires, mais aussi par d'autres actions plus directes et moins admis-

4. Trad. de Playfair, p. 77 à 80 ; in Deville, loc. cil., page 157.

2. La notion de métamorphisme, c'est-à-dire de transformation ultérieure des terrains ou roches après leur constitution primitive, n'a été précisée que plus tard par Lyell. On discute encore aujourd'hui, comme nous le verrons (p. 307), sur la part relative attribuable au métamorphisme chimique et au métamorphisme dynamique. Le métamorphisme simplement igné, tel que le concevait Hctton, ne joue plus qu'uD rôle très restreint dans dos théories.

sibles) déterminé seul la consolidation, le durcissement des sédiments^ Mais, si on laisse de côté cette erreur, on peut du moins attribuer à Hutton la reconnaissance, — il est vrai, déjà pressentie par d'autres, mais nettement formulée par lui — d'une coupure fondamentale à établir, entre les terrains sédimentaires d'une part, les roches éruptives de l'autre : ces dernières n'étant pas seulement, ainsi qu'on l'avait admis dans les rares cas où l'on comprenait leur nature réelle, une formation primitive du globe, base de tous les sédiments, mais pouvant appartenir à des âges très divers. Il constituait ainsi deux champs d'observation différents, réservés de plus en plus, à mesure que nous avancerons, à deux catégories distinctes d'explorateurs : les sédiments confiés aux stratigraphes et les roches éruptives livrées aux pétrogra'phes.

Les théories d'Hutton sur les roches éruptives se ressentent nécessairement de la pauvreté de ses moyens d'études ; car, pour lui, il n'y en a que deux catégories : les granités d'une part, c'est-à-dire toutes les roches, qui, pour nous, présentent la structure granitique et dont il reconnaît la fluidité primitive ; de l'autre, les whinslones, qui sont devenus un peu plus tard les greenstones d'Angleterre, les grûnslein de Saxe et qui, en définitive, paraissent avoir compris de très nombreux types de roches, caractérisées par leur disposition en dykes ou en couches d'épanchement à la manière des laves. Néanmoins, s'il est un peu faible en pétrographie, il a eu du moins le grand mérite d'observer le premier les relations de ces roches éruptives avec les terrains sédimentaires, de constater qu'elles les traversaient, déplaçaient parfois et, dans certains cas, métamorphisaient au contact (charbon transformé en coke); il a su également constater que le granité même pouvait recouper des schistes et leur être postérieur, au lieu d'avoir servi de support à tous les sédiments, suivant l'opinion alors générale'.

Enfin, en tectonique, Hutton retrouvait, en même temps que de Saussure, les principes de Sténon, qui, désormais, allaient être admis couramment par la science : horizontalité primitive des strates sédimentaires ^ même avec un fond de mer inégal ou incliné, tel que

1. Cette question de la consolidation des sédiments meubles, soit par la silice, soit par le carbonate de chaux, qui, pour nous, ne présente aucune difficulté, préoccupait beaucoup les anciens géologues. Cuvier. dans son Discours sur les révolutions du globe, 1828, page 37, en fait un argument contrôles causes actuelles, qu'il déclare absolument insuffisantes à expliquer les anciens phénomènes géologiques.

2. L'existence de graniies intrusifs dans des couches d'âges parfois très récents a été longtemps un sujet de discussions passionnées pour les géologues.

3. A diverses reprises, on a vu remettre en discussion ce principe, qui, en effet, n'est pas toujours et n'est jamais complètement exact. On a pu, notamment, lui opposer les curieuses expériences de M. Fayol sur la formation du terrain houiller, dont il a été question plus haut (p. 32).

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