Géologie pratique. Paris, Armand Colin
!)■ Ltc:iAT. — Science géologi<iue. *
moins pour en apprécier la valeur et, le cas échéant, se trouver en mesure de les approfondir.
C'est, je crois, répondre à une tendance qui me paraît dominer dans l'état actuel de la science. Le champ des recherches humaines est devenu peu à peu si étendu, les petits proj?rès accomplis s'entassent chaque jour en un si formidable monceau de publications dans toutes les langues, il faut passer tant de temps à apprendre ce qui a déjà été fait, ce qui se fait sans cesse dans la moindre direction d'explorations, la spécialisation est devenue si nécessaire à qui veut accomplir un pas en avant, et cette spécialisation s'accentue si vite que chaque chercheur est presque forcé de porter des œillères pour concentrer tous ses regards sur le mince sentier ouvert devant lui. Dans le musée de la nature, chaque conservateur se limite plus ou moins à un rayon dune vitrine. Pour la science môme, dont nous nous occupons ici, la géologie, le pétrographe qui s'attache aux roches éruptives, ou le minéralogiste qui se concentre dans l'étude des cristaux, ne connaissent guère que de seconde main les travaux de paléontologie ; le paléontologue se hasarde peu à parler systèmes cristallins ; tel autre se borne à la tectonique ; tel encore aux gîtes métallifères. Bien plus, si l'on veut une étude absolument approfondie, on ne devra pas s'adresser au même homme pour examiner un foraminifère que pour un échinoderme, pour un rudiste que pour un vertébré, pour un poisson que pour un mammifère, pour une plante carbonifère que pour une plante tertiaire. Le langage même, en dépit de tous les congrès, a du mal à s'unifier; les tendances générales sont parfois divergentes ; nous sommes tous les ouvriers d'une véritable Tour de Babel.
El cependant, malgré cet émiettement croissant des efforts, toutes les branches et les sous-branches de la Science restent sohdaires ; toutes doivent profiler de ce qu'une seule a conquis, non seulement comme résultats, mais encore comme méthode.
Aussi, de temps en temps, l'humanité éprouve-t-elle le besoin de s'arrêter dans sa course pour souffler un instant, retirer les bandelettes qui l'étouffent et regarder, derrière elle, le chemin parcouru. Il est ainsi des époques à tendance plus synthétique, où un inventaire des progrès réalisés sert souvent de point de départ à un mouvement des esprits dans une direction nouvelle. L'œuvre d'un Aristote chez les Grecs, celle d'un Léonard de Vinci ou de ses émules au xvi* siècle, le grand effort encyclopédiste, qui a marqué la fin du xviii" siècle, peuvent être considérés comme des étapes de ce genre. Notre commencement du xx' siècle me semble accuser une disposition d'esprit analogue. Les doctrines scientifiques se sont profondément modifiées depuis trente ans et