‹ La science géologique: ses méthodes, ses résultats, ses problemes, son histoire. 2. éd., rev. et augm. d'un index alphabétiqueChapitre 6 sur 356 · INTRODUCTION. — OBJET DE L'OUVRAGE S · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. — OBJET DE L'OUVRAGE S

chacun éprouve le besoin d'apprendre, sous une forme concise, sans interrompre trop longtemps ses recherches personnelles, où en sont ses voisins, de préciser plus exactement, en formulant ses idées dispersées, où il en est lui-même.

Peut-être me suis-je trompé; mais j'ai cru satisfaire à un désir de ce genre en commençant, depuis longtemps, cet ouvrage, où je me suis proposé, en deux mots, d'exposer, dans une langue qui soit autant que possible accessible aux non-initiés, le but que se proposent les géologues, les moyens qu'ils emploient, le point qu'ils ont atteint sur la route et ce qu'il en reste à parcourir. A côté des traités de géologie proprement dits, j'ai pensé qu'il restait une place pour un ouvrage, où la Science géologique serait envisagée, indépendamment de ses applications pratiques, en dehors de tous ses petits résultats locaux et sans mention de cette multitude de menus faits, qu'il faut connaître pour l'appliquer sur le terrain, comme une Science d'un intérêt général et philosophique, importante pour tous par ses méthodes, par ses principes et par la contribution qu'apportent ses lois à la connaissance de l'Univers.

Au cours de ce travail, j'ai moi-même éprouvé l'avantage d'approfondir certaines parties de la géologie, restées jusque-là plus en dehors de mes recherches personnelles et reconnu, sur plus d'un point, ce que celles-ci pouvaient en tirer de clarté imprévue et d'aperçus nouveaux. L'on ne s'étonnera pas, je pense, de me voir faire à ces « nouveautés » une part relativement importante et développer de préférence les considérations, qu'a pu me suggérer une étude synthétique des phénomènes géologiques, en ce qui concerne, plus spécialement, les questions de métallogénie, de géologie chimique et mécanique, ou de pétrographie, auxquelles je me suis consacré. On écrit toujours un peu pour soi-même, c'est-à-dire pour avoir une occasion de fixer et de coordonner ce qu'on pensait plus ou moins vaguement, de le relier aux travaux étrangers et de trouver, dans cet aperçu, un point de départ pour des découvertes ultérieures ; on écrit aussi pour le plaisir de répandre sa pensée et c'est surtout dans ce sens que je voudrais faire ici œuvre de vulgarisation. Le groupement originel des métaux, la répartition de la matière terrestre, les associations naturelles des corps chimiques, les rapports delà paléo-géographie ou de la tectonique avec la pétrographie ou la science des gîtes métallifères (que j'appellerai la métallogénie), l'explication et la coordination de ces gisements par la géologie chimique et, à titre accessoire, par les changements de la surface topographique, depuis le moment où ils se sont constitués, la notion de profondeur appliquée aux familles de gîtes et de roches, le

rôle des érosions qui ont modifié mécaniquement la superficie terrestre et celui des altérations qui l'ont transformée chimiquement, les rapports de certaines accumulations minérales avec les phases successives des soulèvements ou des démantèlements montagneux, des émersions ou des transgressions marines, seront ainsi l'objet d'une attention particulière, et j'inaiquerai, à ce propos, quelques résultats d'ensemble, auxquels m'ont conduit des recherches personnelles.

En revanche, la remarque, que j'ai faite dès le début sur la spécialisation moderne, me servira, je l'espère, d'excuse, si, quittant des sujets plus familiers, je touche, incidemment, d'une main inexpérimentée, aux problèmes qui concernent l'histoire et l'évolution des organismes vivants dans les temps anciens *.

Étant donné le but que je viens d'indiquer, j'essayerai d'abord de montrer ce que c'est que la Science géologique, la place qu'elle occupe dans l'ensemble des sciences, les liens qui la rattachent à d'autres sciences, les services qu'elle en attend et ceux quelle peut leur rendre à son tour^ Cela m'amènera, tout naturellement, à mieux définir et à préciser le plan de cet ouvrage. Qu'on veuille bien ne pas s'étonner de me voir remonter un peu loin ; j'arriverai vite « au déluge ».

L'homme peut être considéré comme un animal scientifique, c'est-àdire un animal singulier, chez lequel l'activité cérébrale, nécessaire à la conservation de la vie, dépassant son objet, a engendré la curiosité désintéressée. L'homme est un animal, qui prétend comprendre ce qui l'entoure et ce qui se passe en lui-même, savoir et expliquer ce qui fut, ce qui est et ce qui sera. Toutes les sciences sont nées de là.

1. C'est avec une très vive gratitude que je remercie ici les amis, dont le précieux concours m'a permis de rendre cet ouvrage un peu moins imparfait : tout d'abord, M. Emm. de Margerie, qui a pris la peine de lire le livre entier en épreuves, et qui m'a fait participer aux trésors de son admirable érudition ; puis MM. Doi ville, Lacroix, \V\lckenaer et Zeiller. qui m'ont communiqué les observations les plus utiles pour les questions dans lesquelles ils sont unanimement reconnus comme des maîtres; enfin M. P. Leuoine, qui m'a apporté des indications nouvelles pour la seconde édition.

2. C'était assez l'usage autrefois de commencer les traités de géologie par des réflexions de ce genre sur la place de la géologie dans l'ensemble des siences. Voir, notamment : 1834. Ampère, Essai sur la philosophie des sciences, 2 vol. — 1845- 1849. Llie dk Beaumont, Leçons de géologie pratique, 2 vol. — 1878. Sainte-Glauie-DeviLLE, Coup d'œil historique sur la géologie et les travaux d'Êlie de Beaumont. Cet usage est fort démodé et d'autant plus que l'exposition de ces principes était faite d'une manière singulièrement scolastique, avec un abus de noms grecs, plus obscurs et presque plus longs que la périphrase à laquelle ils devaient suppléer. Pour Ampère et Sainte-Claire Devillb notamment, une science peut : !• envisager

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