Cours de Minéralogie, chez Savy, i'* édition en 188fc
De Laciat. — Science géologique.
La minéralogie est entrée clans une voie très féconde pour la géolopjic, quand, au lieu de se borner à reconnaître les cristaux, elle s'est proposé de les reproduire artificiellement dans les conditions mêmes où avait opéré la nature. Ces études de syn/Aése, qui ont pour base la mmera/o^'ie de gisements, dont je parlerai bientôt, sont ducs, pour la plus grande partie, à une glorieuse école française, qui comprend, entre autres noms, ceux de Berthier, Ebelmen, Sénarmont, Durocher, Henri Sainte-Claire Deville, Daubrée, Becquerel, Friedel, Frémy, Hautefeuille, Fouqué, Michel Lévy, Moissan \ Tandis que l'École allemande prétendait étudi( r les minéraux uniquement « an sich und fur sich » (en eux-mêmes et pour eux-mêmes) et dédaignait, aussi bien les recherches sur la constitution de la matière^ que les procédés de laboratoire, incapables, d'après Zirkcl, de reproduire les associations des minéraux réalisées par la nature, la science française a, dans cette double voie, obtenu des résultats fondamentaux et quelques-uns des plus importants, parmi ceux qui nous éclairent sur l'obscurité du monde matériel.
Je viens de faire allusion à la minéralogie de gisements, c'est-à-dire à l'étude des gisements minéralogiques. Ce genre [d'observation n'a, sans doute, jamais été absolument négligé par les minéralogistes, qui ont toujours eu soin de citer l'origine de leurs minéraux ; mais on ne lui a que récemment attribué toute sa véritable importance. Précisément parce que les minéralogistes étaient surtout des physiciens ou des géomètres, le côté géologique de la minéralogie les touchait médiocrement et il a fallu longtemps pour se rendre compte qu'un minéral est surtout intéressant par son association naturelle avec d'autres minéraux, dans des conditions de gisement déterminées. C'est là seulement que nous trouvons une base solide pour expliquer son origine au moyen de la synthèse; car il existe, dans bien des cas, dix manières de reproduire un minéral unique, tandis qu'il n'y a souvent qu'un seul procédé pour reproduire à la fois tout un groupe de minéraux, dans les conditions de gisement où ils se présentent rassemblés. Il faut donc, pour que la synthèse nous éclaire sur l'origine et le mode de formation d'un minéral, avoir reproduit simultanément tous les minéraux qui l'accompagnaient ot, quand, ce qui arrive d'ordinaire, on trouve les divers minéraux cristallisés dans un certain ordre, et s'englobant les uns les autres, il est imcore nécessaire que la méthode adoptée les ait reproduits dans cet
1 FooQUÉ ET Michel Lévv. — Synthèse des minéraux et des roches, Paris, Masscn,
2. « Un crislal, a dit Mallard, n'est pas un être géométrique; la forme, qui te caractérise, n"est que l'expression figurée des propriétés les plus inlimos de lu matière qui le compose. »
CilAP. V. — MÉTHODES DE LA MINÉRALOGIE DtSCRIPTIVE 131
ordre môme, avec les mêmes propriétés, les mêmes inclusions liquides ou gazeuses, etc.
Ce besoin me paraît avoir été, tout d'abord, senti par les pétrographes, auxquels l'association complexe des minéraux, constituant une roche, s'imposait comme un ensemble indissoluble. Quand MM. Fouqué et Michel Lévy voulurent obtenir les premières reproductions synthétiques de roches, ils ont été guidés dans leurs efforts par la connaissance pétrographique des magmas éruptifs, obtenue antérieurement au moyen d'un examen microscopique. D'autre part, les explorateurs des filons métallifères ont, eux aussi, depuis Werner, attaché une importance toute spéciale àces groupements de minéraux et de minerais et à leur ordre de formation. Mais il restait à étendre ces considérations à l'ensemble de la minéralogie, à envisager et grouper tous les minéraux d'après leur gisement, dont la connaissance nous est si essentielle pour les comprendre. C'est le grand progrès que me paraît avoir réalisé M. A. Lacroix dans « sa Minéralogie de la France et de ses Colonies * ».
En résumé, la minéralogie se propose : i" de reconnaître, classer et décrire les minéraux (minéralogie descriptive) ; 2° d'observer leurs associations et d'en expliquer l'origine (minéralogie de gisements et synthèse minéralogique) ; 3* de pénétrer l'intimité de leur constitution cristalline (cristallographie rationnelle). Ce sont les procédés employés pour atteindre ce triple but que nous devons rapidement indiquer.
A) Reconnaissance des minéraux. Minéralogie descriptive. Emploi db LA cristallographie ET DES MÉTHODES OPTIQUES. — La minéralogie descriptive, dont les méthodes sont assez simples pour qu'il soit inutile d'insister, utilise, en dehors du premier examen superficiel, qui, d'après leur aspect seul, fait reconnaître empiriquement beaucoup de minéraux, ou des observations élémentaires sur la dureté, la densité, la fusibilité, les réactions chimiques au chalumeau, etc., plusieurs procédés de détermination plus précis, dont les principaux sont, avec l'analyse chimique proprement dite, l'étude des propriétés cristallines et celle des propriétés optiques.
Toutes »3S formes cristallines des minéraux pouvant se ramener, comme je l'ai dit, à sept systèmes, on se propose d'abord de déterminer dans quel système rentre le minéral à étudier : ce qui se réalise en cherchant ses éléments de symétrie géométrique, centre, plans et axes. Le choix étant alors limité entre un plus petit nombre de minéraux cristallisés suivant un même système, la mesure au goniomètre * des angles