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CUAP. V. — MtTHODES DE LA SYNTHÈSE MINÉRALOGIQUE 135

à Iheure par métaphore, que le corps chimique soit réeUement encore dépourvu de tous hens et on le voit alors cristalliser. La pression, sans avoir besoin d'atteindre les chiffres extraordinaires, que l'on supposait autrefois, semble, elle aussi, jouer un rôle pour rapprocher les molécules h un point tel que leurs affinités réciproques les soudent ensemble en un cristal. Une des méthodes les plus fructueuses et qui a dû jouer un rôle énorme dans les phénomènes naturels est celle qui fait intervenir l'action des carbonates alcalins sous pression. Les reproductions de minéraux par ces divers procédés ont fait nettement voir lesquels s'étaient produits dans la nature par fusion (minéraux des roches éruptives), lesquels, au contraire, par dissolution hydrothermale (minéraux des filons métallifères). C'est une distinction, sur laquelle nous aurons à appuyer diverses théories.

Nous distinguerons, par conséquent, quatre cas principaux, suivant que les modifications moléculaires nécessaires à la cristallisation sont obtenues : I, à l'état solide ; II, à l'état fondu; III, par volatilisation, ou IV, en dissolution ; chaque cas pouvant, à son tour, se subdiviser, suivant qu'on opère : A avec réaction chimique, ou B sans réaction ; à basse ou haute pression ; avec ou sans dissolvant. Nous allons considérer successivement ces diverses hypothèses, en donnant quelques exemples.

I. A. — Les modifications moléculaires à l'état solide et sans réaction chimique interviennent dans la cristallisation du soufre, de l'acide arsénieux, du fer.

I. B. — Les mêmes modifications, avec réaction chimique, peuvent expliquer la reproduction du marbre par Hall.

II. A. — A l'état fondu, sans réaction chimique et sans dissolvant, c'est-à-dire simplement en laissant refroidir le mélange fondu, on fait cristalHser le soufre, le bismuth, la stibine, le péridot, l'augite, la néphéline, la leucite et le plagioclase ; l'intervention d'un dissolvant, comme le chlorure de sodium ou de calcium, permet parfois d'obtenir, à haute température, la mobilité nécessaire : c'est ainsi que l'apatite cristallise dans le chlorure de sodium, le graphite dans la fonte.

II. B. — A l'état fondu, mais avec réaction chimique, c'est-à-dire en déterminant par de faibles variations de température deux réactions successives et opposées, Hautefeuille a reproduit l'orthose, l'albite, le quartz, la tridymite, la leucite, au moyen des tungstates et vanadates alcaUns.

m. A. — Par volatilisation proprement dite, quelquefois en faisant agir un gaz inerte comme l'azote pour faciliter le transport, on obtient le soufre, larsenic, l'acide arsénieux, la blende, le cinabre, le calomel, le rôalgar-

III. B, — Par volatilisation encore, mais avec réaction chimique, on peut, en mettant en contact un gaz et une vapeur, obtenir : l'oligiste par la vapeur d'eau sur le chlorure de fer (Gay-Lussac) ; la cassitérite et le rutile par la vapeur d'eau sur un chlorure ou fluorure (Daubrée); les sulfures par ^hydrog^ne sulfuré sur un chlorure au rouge (Durocher). On peut également, par un gaz ou une vapeur jouant le rôle de minéralisateurs sur un corps solide, reproduire l'argent sulfuré (vapeur de soufre sur l'argent métallique), l'argent natif (hydrogène sur le sulfure d'argent), le zircon au moyen du fluorure de silicium, les carbonates métalliques par l'acide carbonique (Sénarmont).

IV. — Enfin, à l'état de dissolution, on agira, suivant les cas :

4° A la pression ordinaire, par évaporation (chlorures de sodium et de potassium, gypse, etc.).

2° Par semis dans une dissolution sursaturée (expériences de Gernez).

3° Par variation de température modifiant la solubilité (chlorure d'argent de Sainte-Claire Deville ; phosphates de Debray.)

4" Par réaction chimique (calcite et aragonite, au moyen de l'eau et du bicarbonate de chaux, etc..)

5" Par endosmose, dialyse (sulfate de baryte, spath fluor, anglésite, cérusite, etc.), ou par faibles courants électriques (Becquerel).

6° Par l'action de l'eau pure, ou faiblement chargée de carbonates alcalins sous haute pression : méthode employée par Sénarmont, Daubrée et Friedel pour le quartz, les carbonates et sulfures, le spath fluor, la tridymite, l'orthose, etc.

Nous aurons à revenir souvent sur ces procédés de synthèse, qui intéressent non seulement la minéralogie, mais aussi la pétrographie et la métallogénie.

Nous verrons, par exemple, en pétrographie, que l'on a fait cristalliser par une simple fusion ignée tous les minéraux des roches basiques : péridot, pyroxène, enstatite, plagioclase, labrador, leucite, néphéline, etc.

Nous rappellerons également, en métallogénie, que les minéraux des fdons concrétionnés ont été reproduits surtout par voie hydro-thermale, en employant deux modes différents, suivant qu'il s'agissait du groupe stannifère, ou du groupe des minéraux sulfurés (plomb, zinc, fer, etc.).

Dans le premier cas, on est conduit à admettre l'intervention des minéralisateurs chlorurés ou fluorures sur des dissolutions soumises ù de hautes pressions (les sulfures et carbures ne jouant, quoique présents, qu'un rôle accessoire, comme ils le font dans les fumerolles les plus chaudes issues des laves) ; dans le second cas, les sulfures dominent, au contraire, et l'intervention de carbonates ou sulfures alcalins

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