CHAP. V. - HISTOIRE DE LA PETROGRAPHIE
qui y est constamment appliquée à des mélanges complexes et hétérogènes de métaux ou de sels métalliques et peut-être sur le groupement initial de ces métaux. La pétrographie pousse donc plus loin que la stratigraphie ; mais elle serait très désarmée sans cette dernière ; car les roches ne portent pas, en elles-mêmes, comme les terrains, la marque caractéristique de leur âge et c'est uniquement par rapport à ces terrains, dont 1 élude doit dès lors avoir précédé la leur, que cet âge peut être déterminé.
A côté des roches éruptives et par les mêmes méthodes microscopiques, la pétrographie, ou lithologie \ étudie les terrains sédimentaires en eux-mêmes, afin de retrouver, dans les minéraux, ou débris organiques qui les constituent, l'indice de leur mode de formation.
B) Historique. — L'étude des roches éruptives ou ignées, qui sont, en même temps (mais non à l'exclusion des autres;, des roches cristallines, comprend un chapitre important, pour lequel les observations ont été très anciennement commencées ; je veux parler du phénomène actuel, qui se présente à nous sous la forme superficielle et violente du volcanisme. C'est, on le verra bientôt, dans 1 examen des phénomènes volcaniques que nous trouvons un de nos plus sûrs moyens pour interpréter les cristallisations de roches ignées et ce côté de la question mérite une attention toute particulière; malheureusement, les volcans nous renseignent à peine sur les manifestations absolument superficielles, en quelque sorte épidermiques, d'une métallurgie interne, que la géologie nous présente ailleurs, par suite du décapage dû aux érosions, sous une torme plus profonde et dont les manifestations sont d'autant plus intéressantes qu'elles sont plus profondes. Aussi le volcanisme est-il insuffisant pour expliquer la formation des roches ignées anciennes, si l'on n'y ajoute l'étude tectonique de leurs gisements, la connaissance intime de leur structure, fondée sur leur examen microscopique et leur reproduction par la synthèse expérimentale. Encore faut-il remarquer que, jusqu'au jour, où l'on a eu» dans l'examen microscopique, un moyen précis de définir les roches, tout ce que l'on a pu observer sur leurs gisements, s'appliquant à des éléments disparates et hétérogènes, confondus ensemble ou distingués à peu près au hasard par impossibilité matérielle de les identifier, n'a eu à peu près aucune valeur. La pétrographie est donc, en dehors du volcanisme, une science très jeune, remontant à un petit
1. HoTTON avait créé, pour l'étude des roches en elles-mêmes, la lithologie .ce nom est a"jourdhui plus particulièrement réser>é au cas où cette étude porte sur dos sédiments.
Di Lai'sat. — Science géologique. '''
nombre d'années et qui, malgré d'admirables travaux, n'a pu encore, sur bien des points, arriver à ces conceptions générales, nécessairement fondées sur l'accumulation antérieure de tous les faits d'observation. Je n'aurai que peu de choses à dire sur cette histoire de la pétrographie, qui, en dehors des questions volcaniques, n'est, jusque vers 1860, que l'histoire d'une longue impuissance.
Le volcanisme, par lequel je vais commencer, est, assurément, celui des phénomènes, actuels, qui attire le plus l'attention et étonne le plus l'esprit en contredisant l'idée de stabilité, instinctivement attachée par nous à la croûte terrestre. Surtout dans cette zone méditerranéenne, qui est le point de départ historique de notre civilisation européenne, mais qui est aussi, géologiquement, la zone la plus troublée et la plus instable de l'Europe, ses phénomènes violents se sont imposés aussitôt à l'attention et, dès l'antiquité la plus reculée, une curiosité naturelle, aussi bien qu'un intérêt pratique, ont amené à en scruter les manifestations.
Il suffit de rappeler, pour cette première période, les noms des deux grands naturalistes, morts en étudiant, l'un l'Etna, l'autre le Vésuve : Empédocle et Pline l'Ancien.
Ces observations des volcans actuels n'ont, à vrai dire, jamais été interrompues ; mais elles n'ont pris leur valeur scientifique que le jour où l'on a reconnu l'existence de volcans éteints analogues aux volcans en éruption : ce qui, de proche en proche, a amené à interpréter toute une catégorie de roches, où les actions volcaniques ne se manifestent plus en aucune façon, par une ancienne éruptivité.
On est surpris aujourd'hui de voir à quel point une idée aussi simple que celle des volcans éteints a choqué les opinions reçues et s'est difficilement imposée à une science officielle, dont le neptunisme, c'est-àdire l'exclusive interprétation sédimentaire des phénomènes géologiques, faisait alors la base. C'est un souvenir un peu humiliant pour la science que celui de la longue opposition faite, pendant vingt ans, par Werner et ses disciples, à la découverte de Desmarets et que la pensée de l'obstination tenace, avec laquelle un savant demeuré célèbre et souvent même réputé le père de la géologie, a soutenu, contre un observateur consciencieux, l'impossibilité qu'il y eût eu des volcans en Auvergne, l'absurdité que des basaltes se fussent formés autrement que les boues, argiles ou sables de nos sédiments, c'est-à-dire par dépôt dans les eaux^ On a là un bel exemple des conséquences, auxquelles se trouvent entraînés, ceux qui, par crainte de donner place à
1. Oïl peut lire, dans l'éloge de Desmabets par Covibr, lu à llnstitut.le 16 mars 1818, le récit de cette querelle un moment fameuse.