CHAP. V. — HISTOIRE DE LA PÉTROGRAPHIE 1M
roches en bloc, ou sur des minéraux impurs, à des examens à la loupe (grossissement maximum : 10 diamètres), à des triages difficiles après pulvérisation des éléments, à des examens de faces polies. Il était impossible de définir ainsi autre chose que quelque minéraux fondamentaux des roches les plus grossières ; toutes les roches un peu compactes, toutes les fines inclusions des roches à gros grains restaient ignorées; les confusions étaient inextricables et les discussions sans issue possible.
Dans ces conditions, les anciens pétrographes avaient dû se contenter d'établir, d'après le mode de formation probable, quelques grandes coupures, aujourd'hui disparues ou modifiées et de distinguer ce qu'on appelait les roches volcaniques, produites par simple fusion ignée et réputées alors à tort très rares et les roches pluloniques, obtenues par l'action combinée de la chaleur et des émanations volatiles.
Un seul travail de toute cette période est à retenir, c'est celui de Cordier, qui, en 1816, grâce aune adresse manuelle très remarquable, était arrivé à isoler par un procédé mécanique et à reconnaître les éléments du basalte.
Mais le véritable fondateur de la pétrographie moderne, par l'application du microscope polarisant aux lames minces, que, dès 1827,Nicol avait imaginé de tailler, c'est l'Anglais Sorby, dont les travaux sur le marbre sont de 1856, sur le granité et ses inclusions de 1858.
De 1860 à 1870, les études de détail furent poursuivies par Von Rath (1860), Gerhardt (1861), F.-E. Reusch (1863), Vogelsang etZirkel (1870). Elles ont abouti, depuis 1870, à la création de deux grandes écoles pétrographiques, qui peuvent être représentées : d'un côté, par les noms de MM. Zirkel, Rosenbusch, von Lasaulx, Lossen, Boricky, etc., en Allemagne ; de l'autre, par Fouqué et Michel Lévy, en France. Disciple de ces deux derniers maîtres, j'essayerai bientôt d'exposer leur doctrine ; je ne crois pas exagérer leur rôle en disant qu'ils ont les premiers introduit la clarté française et l'ordre, avecdes procédés de détermination précis pour les éléments feldspathiques infiniment petits des roches cristallines, dans une science, qui reste encore, chez ses interprètes allemands, singulièrement compliquée et confuse.
En ces dernières années, toute une pléiade de savants se sont appliqués dans tous les pays du monde, aux études pétrographiques et une évolution assez sensible des méthodes a ramené les pétrographes vers l'emploi, un moment laissé de côté, des analyses chimiques, que l'on tend de plus en plus à combiner avec 1 examen microscopique pour déterminer, non seulement la nature des minéraux constituants et
la structure de leur agencement, mais aussi leur proportion relative. Enfin, récemment, l'étude microscopique des sédiments qui était restée très en arrière, a été reprise avec succès, après Sorby, Murray et Renard, par M. Cayeux.
J'arrive maintenant aux procédés de synthèse et, là aussi, après les essais historiques de James Hall ou Watt, il faut passer directement, aux expériences de Daubrée sur les météorites (186ôj et surtout à celles de Fouqué et Michel Lévy (1878-1881) ^
On a, en effet, pendant longtemps, regardé avec stupéfaction et comme le produit de réactions mystérieuses ces magmas homogènes, où plusieurs minéraux cristallisés avaient pris naissance en même temps ; il semblait que, pour réaliser un tel phénomène, la nature eût dû faire intervenir un temps indéfini, des masses énormes, des forces indéterminées. La reproduction d'un minéral, soit dans nos produits d'usine artificiels, soit dans nos laboratoires, était chose admise, mais non celle d'une véritable roche. Ceux qui auraient pu tenter des expériences synthétiques se seraient, d'ailleurs, trouvés dans l'impossibilité de savoir s'ils avaient réussi, faute de savoir discerner au microscope la véritable nature des substances obtenues. C'est pourquoi le développement des synthèses de roches a coïncidé avec celui de la pétrographie microscopique, qui, en reconnaissant la présence d'inclusions vitreuses, liquides, gazeuses dans les minéraux des roches et en montrant l'ordre de consolidation de ces minéraux, a, en outre, fourni des indications précieuses sur leur formation.
Parmi les synthèses les plus importantes de Fouqué et Michel Lévy, sur lesquelles nous aurons à revenir plus tard -, je citerai, dès h présent, celles de diverses roches volcaniques (basaltes, andésites, leucotéphrites, etc.), obtenues par une fusion purement ignée et sans aucune intervention de minéralisateurs, alors que tous les géologues, Daubrée, Sorby, etc., croyaient ces éléments, ainsi que la présence de l'eau, tout à fait indispensables^.
Je crois, en outre, devoir mentionner spécialement, pour leur valeur théorique qui me paraît essentielle, les expériences, par lesquelles Friedel et Sarasin, en 1879, ont reproduit simultanément le quartz et l'orthose, tels qu'ils se présentent dans les pegmatites, par l'inter-
\. 1874. Michel Lévv. Structure microscopique des roches acides anciennes; — 1879. Fouqué et Michel Lévy, Minéralogie micrographique. — 1879. FouQué, Santorin. — 1882. Fouqué et Michel Lévy. La Synthèse des roches.