Pages 45 et suiv
déjà très approfondie de tous les organismes vivants sur la Terre *. Et c'est là, disons-le en passant, une des raisons, pour lesquelles aucune observation d'histoire naturelle, si insignifiante et aride qu'elle semble par elle-même, n'est inutile, dès lors qu'elle est exacte et précise : on ne peut jamais savoir d'avance la lacune qu'elle aidera à combler, le chaînon qu'elle établira dans la série des êtres vivants ou des êtres disparus.
Le travail d'assimilation entre les formes actuelles et les formes anciennes des organismes, qui est la base de toute paléontologie, a été commencé à la fin duxvi* siècle : il dure encore et durera tant qu'on n'aura pas éclairci les innombrables problèmes posés par ces êtres fossiles, dont, en général, on ne connaît plus que le squelette ou la carapace, dont un hasard seul a parfois conservé quelque élément de la structure interne et dontil faut, dès lors, deviner, par assimilation, par un principe de coordination à la Guvier, tout le reste de la constitution, 1 habitat et la vie. D'innombrables ouvriers s'y sont attachés et s'y attacheront toujours : multitude, dont le nombre même équivaut malheureusement a un anonymat^. Mais il ne constitue pas, lui seul, toute la paléontologie ; il n'en est même, à vrai dire, — quelque intérêt qui puisse s'attacher à certaines identifications difficiles — que la partie la plus technique, la plus professionnelle, indispensable sans doute pour aller plus loin et classifier, impuissante par elle-même à fournir quelque conséquence d'un intérêt général. Il ne suffit pas, en effet, dans une science naturelle, de déterminer et de nommer ; il faut classer par ordre. C'est ce qu'ont fait comprendre les deux fondateurs de la botanique et de la zoologie, Linné et Guvier. Un être, un phénomène quelconques de la nature ne prennent leur valeur que lorsqu'on leur attribue leur place réelle dans l'ensemble. L'introduction d'un principe directeur nouveau dans la classification, d'un fil destiné à relier les grains épars en un collier, a été le propre de quelques esprits supérieurs, auxquels il sera juste d'attribuer une place prééminente. Grâce à eux, les feuilles volantes se sont soudées en rameaux, les
1. Le xviii' siècle nous a laissé quelques belles publications relatives aux collections de coquilles vivantes, qui ont servi de point de départ aux assimilations de coquilles fossiles: par exemple : 1606. Ulysses Aldkovandus. De reliquiis animalibus exsanguibus (Bologne, in -fol.). — 1742. Index teslarum conchyliorum, quae adset'' vantur in museo Nicolai Gualtieri (Florence in-fol.). — 1759. Jac. Theod. Klein. Tenlamen melhodi oslracologicœ (Lyon, in-4'>), etc.
2. Dans le seul rapport sur la paléontologie en France, publié par d'ÀRCHiAc en 1868, figurent 547 noms de paléontologues français distingués, pour une courte période d'une trentaine d'années, où les études de ce genre étaient loin d'avoir pris le même développement qu'aujourd'hui . Actuellement, c'est par centaines, et peut-être par milliers, qu'il faudrait compter ceux qui étudient les organismes fossiles dans tous les pays du monde.