CHAP. VI. — IDENTIFICATION PALÉONTOLOGIQUE
rameaux en branches, les branches en arbre; l'ordre, que notre esprit s'évertue sans cesse à chercher autour de nous et en nous, est apparu dans les relations réciproques des êtres, de même qu'entre les diverses parties d'un individu; Cuvier avait déjà fait reconnaître une semblable coordination. Sans empiéter sur la paléo-zoologie, dont les résultats seront exposés au chapitre xvi.nous allons voir comment s'est fait ce double travail : 1° d'identification ; 2° de classification, faute duquel la stratigraphie aurait été à peu près impossible.
1° Identification. — Dès que l'on a commencé à recueillir, observer et décrire des fossiles au xvii* et au xyiii" siè(^le, on a, naturellement, aperçu aussitôt des rapprochements évidents entre certains fossiles et les coquillages vivants connus de tous*, comme les moules, les huîtres, les oursins, les pectens, les patelles, les escargots, etc.. : rapprochements, qui avaient frappé déjà Bernard Palissy et bien d'autres. On a alors donné aux coquillages fossiles le nom vulgaire de l'espèce actuelle correspondante. Puis des problèmes se sont posés, tels que ceux relatifs aux bélemnites, ou aux Cornes d'Ammon, et les mémoires ont été accumulés pour en offrir et en discuter les solutions. En même temps, on étudiait les conditions de vie, l'habitat, le milieu, les mœurs des êtres vivants, pour en tirer, relativement aux êtres fossiles, des conclusions, qui intéressent particulièrement le géologue, puisqu'elles lui permettent de reconstituer, en un point quelconque du globe, par la découverte d'un seul fossile, le climat, la profondeur d'eau, la nature du fond, etc., que présentait la mer au moment où se déposait le sédiment, dans lequel s'est trouvé englobé 'et animal fossilisé. On poursuivait enfin, parallèlement, l'élude anatomique des êtres vivants et celle des êtres fossiles, déduite de la première à l'aide des faibles indices, qui avaient pu sen trouver conservés dans certaines circonstances particulièrement favorables.
C'est là le travail colossal, toujours continué, qui n'aboutit peu à peu à des solutions définitives que par l'heureuse rencontre de certains échantillons exceptionnels, où la relation d'une partie énigmatique avec une autre connue se trouve apparaître, comme se sont montrés, sur la pierre de Rosette, les rapports de la langue hiéroglyphique avec les langues antiques. Il faut donc, pour pouvoir progresser dans cette
1. On sait que les coquillages sont les fossiles de beaucoup les plus nombreux; avec quelques dents de squales et quelques empreintes de poissons ou de feuilles, ils constituaient le fond des cabinets de curiosités. Les ossements de vertébrés sont beaucoup plus rares et Cuvier est le premier, qui, dans les conditions de gisement tout particulièrement favorables offertes par les carrières à plâtre de Paris, a pu en rassembler une série notable.
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voie : d'abord, une accumulation de matériaux, qui ne peut être réalisée qu'à l'aide du temps, par les efforts d'innombrables collectionneurs; puis le rapprochement de ces pièces éparses dans des musées, où labondance des échantillons et leur beauté exceptionnelle facilitent les comparaisons; leur figuration exacte et précise grâce aux procédés photographiques, qui met les pièces des divers musées à la portée de tous les savants; enfin l'ingéniosité du naturaliste, qui aperçoit la relation jusqu'alors méconnue.
Ce travail de première identification paléontologique, qui n'est, en réalité, que delà zoologie, est, dès à présent, très avancé. Il faut, cependant, encore y introduire une simplicité plus grande, qui ne peut être obtenue que par le moyen d'une classification plus rationnelle, essayer de diminuer le nombre des noms d'espèces en rapprochant l'une de l'autre celles qui ne font qu'un, reconnaître, s'il se peut, les erreurs, qui ont dû être commises en considérant, comme des êtres distincts, le mâle et la femelle S le jeune et l'adulte, parfois un simple individu déformé, bossu, bancroche ou manchot... Quand ces perfectionnements auront été introduits, on pourra admettre que le premier résultat visé aura été obtenu, c'est-à-dire qu'un animal fossile quelconque nous dira son nom, nous apprendra l'espèce vivante à laquelle il se rattache, nous fera connaître son habitat et son genre de vie. Il restera — ce qui, comme nOus allons le voir, est beaucoup plus difficile — à lui demander son âge géologique.
En botanique fossile, les identifications sont partictilièrement compliqués. Le transport, qu'ont subi les végétaux avant d'arriver au point où on les recueille, a, en effet, à la fois dispersé les éléments d'une même plante et réuni des éléments hétérogènes. On est donc, à moins de rencontres heureuses et très rares, obligé d'étudier des organes isolés, qui ne sont, le plus souvent, que des feuilles. L'appareil fructificateur, sur lequel est fondée la classification des végétaux vivants, fait le plus souvent défaut et on doit se contenter d'observer l'appareil végétatif, toujours beaucoup moins caractéristique. Il en résulte qu'on a dû déployer une ingéniosité extraordinaire pour rapprocher, sous un même nom, les divers fragments d'une même plante, qui, souvent, avaient commencé par être classés dans plusieurs catégories (le tronc arborescent d'un côté, les feuilles de l'autre), pour reconnaître un même
1. Il y a très peu de temps, par exemple, qu'on a, dans les ammonites, reconnu, pour chaque espèce, l'existence d'une forme plate à tours déroulés et d'une forme renflée à ombilic étroit, s'associant par paires, comme si les formes renflées étaient, suivant une théorie déjà émise par d'OaBiGNY et reprise par M. Dou ville, les femelles et les formes plates les m&les. Pour MuNiER-CtiALiiA.s, les femelles auraient été des /bnne» progressive» à évolution plus avancée, les mâles des formes statives à arrêt relatif.