LA
grande préoccupation de notre temps. Aussi, non seulement nous admirons la beauté de la science,
mais nous croyons à sa bonté: c'est une pensée
forlifiante pour ceux qui la cultivent.
On verra d’abord, dans un rapide historique, comment les sciences de la nature ont tendu de plus en plus à prendre la forme mathématique, et quelle est la signification exacte de cette réduction. En étudiant la mécanique, nous aurons à discuter les nombreuses difficultés que présente aujourd’hui la notion d’explication mécanique. Il y a là un point d’une extrême importance, car c’est une idée essentielle, depuis Galilée et Descartes, que toutes les transformations du monde physique se font d’après les lois de la mécanique. On est conduit aujourd’hui à penser qu’il va falloir attribuer au mécanisme un sens plus étendu qu’on ne l’a fait pendant longtemps, et que, dans bien des cas, les approximations, dont on s’élait contenté, sont devenues insuffisantes. Les moules anciens n’en seront pas pour cela brisés, mais élargis, et les lois générales devront sans doute être complétées par l’addition de nouveaux termes. La réduction du physique au mathématique prendra peut-être une forme plus compréhensive,
mais on ne peut faire ici que des prévisions entre
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lesquelles un choix serait prématuré. Perdant trop de vue le caractère approché de la vérilé scientifique, on s’est ému des dangers que des découvertes récentes faisaient courir à des principes regardés comme au-dessus de toute atteinte. On se remet de cet émoi, et il y a lieu de présumer que les physiciens et les chimistes pourront conserver longtemps, en lentendant bien, la formule cartésienne; nous verrons en effet combien la notion du mécanisme est malléable.
Les sciences naturelles se sont longtemps pré- sentées, et quelques-unes de leurs parties se présentent encore avec un autre caractère que les sciences physiques et chimiques. Elles sont à un stade moins ‘avancé, restant plus voisines de l'observation pure et simple, et la déduction y jouant un rôle moins important. Aussi ne doit-on .pas s'étonner que, dans certaines théories zoologiques, la méthode soit autre que dans les théories physico-chimiques. Elle a souvent un caractère comparatif, et, en quelque sorte, historique ; son maniement demande des habitudes d’esprit quelque peu différentes de celles habituelles aux savants adonnés aux sciences, qui sont entrées dans une période plus mathématique, et où le stade qualitatif, si je puis dire, est depuis longtemps dépassé. Nous devons penser que c’est là un état transitoire, car l’expérimentation s’introduit chaque jour en botanique et - en zoologie, les questions morphologiques et l’expéri-