CHAPITRE IX
La Médecine et les théories microbiennes.
S'il est une partie de la science se trouvant actuellement dans une transformation complète, et qui soit à un véritable tournant de son histoire, c'est assurément la médecine. Non pas que l'observation clinique doive être suivie avec moins de soin que par le passé; elle sera toujours essentielle pour le : médecin praticien qui doit analyser les symptômes morbides permettant d'établir sûrement un diagnostic. Nulle part peut-être, depuis quarante ans, l'analyse de ces symptômes n’a été poussée plus loin qu’en neuro-pathologie; elle amena en particulier la découverte des lésions systématiques de l’axe nerveux, des lésions de l’aphasie, de la cécité et de la surdité verbales; mais la médecine clinique, art en même temps que science, ne peut rentrer dans le cadre de ce livre. Dans ce court chapitre final, nous indiquerons seulement quelques applications à la
médecine des études microbiennes et de celles qui
en dérivent.
Sous l'influence des progrès de la physiologie, la médecine, peu à peu, a cessé de se confiner uniquement dans l'observation, et les faits observés ont suggéré des expériences, quelquefois sur l’homme, le plus souvent sur les animaux. C’est ainsi que la médecine a été naturellement conduite à
devenir expérimentale, et on peut rattacher surtout
à cette transformation le nom de Claude Bernard, dont un beau livre a précisément pour titre : La Médecine expérimentale. Une des plus importantes découvertes du grand physiologiste est celle des sécrétions internés dont le rôle apparaît, de plus, considérable, soit pour la constitution du sang, soit pour l'établissement d’une sorte de solidarité humorale entre toutes les parties de l'organisme; l'exemple le plus remarquable que l’on puisse citer des sécrétions internes est la formation des matières sucrées qui a lieu dans le foie. Quelques-unes des sécrétions internes sont sans doute à rapprocher des ferments solubles sécrétés par les cellules, des ptomaïnes et leucomaïnes, toxines et antitoxines, sur lesquels les recherches de M. Armand Gautier et de
M. Bouchard appelèrent d’abord l’attention, et qui
font aujourd’hui l’objet de tant de travaux. À un point de vue pratique, on se rappelle les tentatives de Brown-Sequart et celles de plusieurs de ses
élèves, pour fonder une opothérapie; seule l’epo-
VU " 4 ra AS L: Fr SR A Me Eh eine 7h CT. TAN TS NE
thérapie thyroïdienne s’est montrée d’une réelle efficacité dans le cas du goitre et du crétinisme.
La transformation de la médecine, commencée sous l'influence des physiologistes, s’est prodigieu-
sement accélérée à la suite des incomparables découvertes de Pasteur. Les études microbiolo-
. giques ont alors envahi toute une partie de la
médecine. À la place d’entités morbides et de mots souvent vides de sens, apparurent des organismes microscopiques, véritables causes de la maladie,
d'autant que, dans ce qu'on pourrait appeler l'âge
d’or des découvertes pastoriennes, on ne vit que le microbe, laissant ainsi de côté une moitié du problème. Comme il arrive souvent dans toute étude nouvelle et féconde, après l'âge héroïque où tout paraît simple, les difficultés se présentèrent. Il fallut tenir compte de la résistance de l’organisme contre l’agent infectieux; on dut chercher à lexpliquer, ainsi que les phénomènes d’immunité que venait de découvrir Pasteur, sous peine de rentrer
dans la phraséologie tant reprochée à la médecine
d'autrefois. C’est à quoi on travaille depuis plus
de vingt ans avec une merveilleuse ardeur : les faits nouveaux s'accumulent, des explications au moins partielles s’ébauchent, et la nosologie, les concep- 2 tions étiologiques, la aie ve me se trouvent
transformées.
‘ Nous avons déjà vu re haut le rôle important
des bactéries en chimie, en botanique et en agro-