LE PRINCIPE DE RELATIVITÉ
On parle beaucoup aujourd'hui du principe de relativité en électro-optique. Dans la théorie de Lorentz, nous avons un éther immobile, mais aucune expérience optique faite à la surface de la terre ne permet de mettre en évidence le mouvement de translation de celle-ci. ,
Du moins telle est la forme générale que l'on donne aujourd'hui en électro-optique à ce que l'on appelle le principe de relativité. On généralise ainsi les résultats de deux ou trois expériences négatives.
LA PHYSIQUE DE l'ÉTHER 181
dont une de Michelson, à laquelle nous avons fa% allusion plus haut. Si on se reporte alors aux équatiens générales de Lorentz en électricité, on est conduit à d'étranges conséquences pour pouvoir expliquer le principe de relativité. Qu'un système soit en repos ou en mouvement de translation uniforme, les équations de Lorentz doivent conserver la même forme; on en conclut que ces équation* restent invariables quand on effectue sur les coordonnéef> ar, y et s, et le temps t un certain groupe de transformations (groupe de Lorentz). En langage ordinaire, ceci veut dire que dimensions et temps changent avec le mouvement du système. Un même objet mesuré par deux observateurs qui se meuvent uniformément l'un par rapport à l'autre, n'a pas la même longueur; c'est la célèbre « contraction de Lorentz ». Des conséquences analogues existent pour l'intervalle de temps entre deux événements : simultanés par exemple pour certains observateurs, les mêmes événements cessent de l'être pour d'au 1res observateurs en mouvement par rapport aux premiers. Ainsi les vieilles notions de sens commun sur l'espace et le temps seraient à reviser. A d'autrcé époques, on aurait eu plus de confiance lans la sagesse des nations^ et, plutôt que de bousculer les notions communes sur l'espace et le temps, on aurait abandonné l'éther immobile et les équations ^de Lorentz. Certains physiciens d'ailleurs ne par'icipeiil pas à la frénésie révolutionnaire qui caractérise aujourd'hui de nombreux savants. Rien sans doute n'est intangible dans la science; certaines notioïkî
de sens commu)i ont dû à la longue être modifiées, et quand des expériences positives auront montré la nécessité de changer nos idées traditionnelles sur l'espace et le temps, H n'y aura qu'à s'incliner. Mais il ne semble pas que ces changements s'imposent encore. Que d'hypothèses se dissimulent dans l'établissement des équations, regardées, elles, comme intangibles, de l'éleetromagnétisme, et on pourrait faire encore d'innombrables hypothèses sur la constitution de l'éther, peut-être même le supprip?<>r.
Mais, du reste, entre les mains d'Einstein, le principe de relativité est en train d'évoluer; la vitesse de la lumière ne serait plus un invariant absolu, car il y avait cependant un absolu au milieu de tout ce relativisme. Mais il s'agit de choses plus étonnantes encore, comme la pesanteur de Vénergie. Peut-être, dans cet ordre d'idées, y aurait-il des constatations expérimentales possibles, et alors les choses deviendraient très intéressantes. Ainsi, un rayon de lumière venant d une étoile serait attiré par le Soleil, et il y aurait une différence entre la masse de gaz tonnant et la masse de l'eau, qu'il peut former, prise à la même température.
Souhaitons qu'il sorte quelque chose de précis de ces spéculations hardies. Le lecteur désireux d'entendre deux sons de cloche entièrement différents sur ces sujets pourra consulter un article de M. Brillouin, « Propos sceptiques au sujet du principe de relativité », dans la revue italienne Scientia (1913), et une longue note de M. Langevin dans le Journal de Physique théorique et appliquée (1913).