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Fig. 11. — Extrait d'un livre de chœur du xuie siècle. Notation carrée sur
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passagères des copistes — pour présenter de nouveau le chant dans son intégrité originelle. Telle fut l'œuvre des Bénédictins de Solesmes, œuvre de patience que seuls ils pouvaient entreprendre, parce que toutes les bibliothèques abbatiales leur étaient ouvertes. Un individu isolé, réduit à ses propres forces, n'eût pu réussir faute de temps : une vie humaine n'eût pas suffi à parfaire le contrôle sévère de toutes ces versions manuscrites, au cas fort improbable où les bibliothèques abbatiales se seraient ouvertes à ses désirs. Les Bénédictins étaient donc les seuls qualifiés pour cette grande œuvre. Sans elle, aucun travail sérieux n'était possible ; sans elle, la Vaticare
n'aurait jamais vu le jour.
Le résultat le plus intéressant de l'invention de la portée musicale fut de préparer la voie à un nouveau type d'écriture qui, dans la suite des siècles, et progressivement, devint cet admirable instrument qu'est la notation moderne,
D'autre part, la création de la portée, au x- siècle environ, a eu cet autre résultat de rendre moins regrettable pour nous la perte des traités primitifs enseignant la méthode d'écriture et de lecture du système neumatique. Cette perte, enfin, n'est à déplorer qu'au seul point de vue de la curiosité bien légitime du chercheur mis en présence d'un texte neumatique dont aucune transcription notée ne nous serait pirvenue; il on existe quelques-uns qui, de ce chef, resteront toujours lettre close.
Les origines de la notation neumatique.
Nous ne saurions ici, sans dépasser notre but, rappeler les diverses et nombreuses opinions émises, il y a un demi-siècle, touchant les origines de la notation neumatique. Une seule d'entre elles méritait de retenir l'attention et l'a retenue, celle de l'accent grammatical, grave ou aigu, émise par De Coussemaker; l'auteur inclinait en faveur d'une origine romaine. Moi-même au Congres d'histoire comparée de la musique, tenu à Paris en 1900, je concluais très affirmativement en faveur de la môme origine, bien que pour des raisons dilTé rentes de celles auxquelles De Coussemaker se référait.
Cette thèse « romaine » ayant été critiquée dans un ouvrage paru récemment', on ne peut éviter d'envisager la question dans son ensemble.
L'auteur, .1. Thibaut, de Constantinople, admet la théorie de l'accent générateur et signe fondamental de la notation neumatique ; par contre, il tend à en faire non une création originale romaine, mais un sim|)le emprunt de l'Occident à une notation orientale antérieure, fondée sur le même principe. On va voir par quelle suite de déductions.
1. Joh. Thibaut, Origine byzantine de la notation neumatique de l'Eglise latine, Paris, 1907.
J. Thibaut fait dériver la notation neumatique de la notal .. TomIl.T.P7u.n.J.p.s7.
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Fig. 12. — Tableau des sigues de ia uotatiou byzautiue (extrait d'un manuscrit de saint Biaise par Dom M. Gerbert, abbé; De canlu et musica sacra, t. II, pi. Vni, p. 56-57).
tion hagiopolite ou de S. Jean de Damas, sœur d'une notation
dite constantinopolitaine , loutes deux composées d'environ 24 signes purement conventionnels dans leurs formes graphiques et n'ayant, de ce fait, aucun rapport avec le mouvement mélodique' qu'ils représentent : ce sont de pures notations sténographiques.
Voilà une première objection ; elle montre déjà la diiïérence d'objectif entre nota leurs latins et notateurs orientaux, puisque la notation lat|ine est essentiellement une notation de mouvements mélodiques, dans lequels chaque son est représenté par un signe distinct dans la formule appelée « neume », fondée sur l'inflexion vocale : chaque inflexion étant représentée par un neume.
La notation constantinopolitaine avait emprunté, dit J. Thibaut, quinze de c'es signes à une notation antérieure dite ekphonétique, usitée pour les lectures des Livres Sacrés, mais dont on ignore, de nos jours, la signification pratique, lacune plutôt grave pour permettre d'étayer une thèse de dérivation de sens. La forme des signes reste alors le seul lien visible entre ces deux systèmes : est-ce un lien suffisant ?
Enfin, la notation ekphonétique paraît avoir adopté, à son tour, la série entière des signes prosodiques de l'antiquité : accents (aigu, grave et circonflexe) et signes conventionnels (long, bref, etc...)-.
Conclusion de J. Thibaut : la notation neumatique latine est issue des signes d'accentuation ancienne, en passant par la filière des trois notations sus rappelées : ekphonétique, constantinopolitaine ethagiopolite.
Comparons d'abord les 17 signes fondamentaux latins, neumatiques, (fig, 13) avec les signes byzantins (fig. 12).
Je ne m'arrêterai pas à chaque signe en particulier en le rapprochant du signe byzantin auquel le P. Thibaut le compare; une vue d'ensemble permet de saisir la différence matérielle
1. On appelle itMuvtmenl mélodique la succession ou l'enchainenaent des noies.
2. V. J. Thibaut, ouv. cité, pp. 24, 34, 71 et 81, les tableaux de signes.
des deux graphies, et, pour ne citer qu'un seul cas d'interprétation de sens, je proposerai celui du premier signe latin du tableau, Vépiphonus, que J. Thibaut identifie avec le pethasii constantinopolitain dérivé du synemba ekphonétique : le pethasti byzantin signifie exactement le contraire de l'épiphonus latin. Il en est de même de quelques autres; certains signes d'une notation n'ont, dans l'autre, aucun équivalent.
Je demanderai plutôt : Qu'est-il besoin de conduire la notation neumatique à travers le dédale de ces systèmes orientaux
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Fig. 13. — Tableau des H sigoes aeuiuatiques latiQS doQoés par le inaauscrit de Miirbach, cité par le P. J. Thibault,
qui n'ont aucun rapport avec elle, sauf dans le signe fondamental (accent) que les Latins connaissaient depuis sa création sans le secours d'aucune école intermédiaire, surtout asiatique? Est-ce de ma part une nouvelle objection sans valeur ? et, par ailleurs, ne faut-il pas envisager les faits sans biaiser? Or donc, qu'ont fait les Byzantins? Ces accents ekphonétiques, ils les ont gardés, intacts, en partie, en leur assignant une signification quelconque, — fixe évidemment — mais que leur dessin ne fait nullement pressentir ; puis ils ont créé de nouveaux signes bizarres ayant une signification également quelconque et dont le dessin ne permet pas de deviner davantage le
sens. Bref, ils n'ont abouti qu'à constituer un tableau de signes conventionnels.
Et nous, Latins, qu'avons-nous extrait du système ekphonétique que l'on veut nous imposer comme source de notre écriture musicale? A supposer que nous y ayons puisé réellement, nous avons écarté tout le système conventionnel à l'exception des deux accents fondamentaux Voxeia ou accent aigu et la bareia ou accent grave, et, do leur combinaison, nous avons créé un système entièrement nouveau, d'une logique impeccable (v. § I).
De ces faits, que conclure? sinon que deux courants sont issus d'une même source et se sont séparés dès l'origine pour jouir d'une existence indépendante : l'un, l'oriental, se traînant péniblement; l'autre, le latin, animé d'une course qu'aucun obstacle n'arrête, s'adaptant à toutes les circonstances et poursuivant son cours en fertilisant tout sur son passage : notation neumatique libre, notation neumatique sur lignes, notation figurée, notation moderne, toutes suivant l'évolution de l'art, se perfectionnant avec lui, faisant corps avec lui.
Considérez maintenant la stagnation orientale. Tel était le système au viiVviii'^ siècle avec S. Jean de Damas, tel il est au xx*'. Pas un progrès; rien que la décadence de l'art, corrélative d'une notation figée et pétrifiée dans l'absurde d'une classification imperfectible. Les Latins du xx*' siècle ont, ce semble, les coudées franches pour prétendre ne rien devoir à l'Orient. L'esprit latin est assez puissant, clair et clairvoyant, l)ournerien emprunter en dehors d'un principe, dont le génie de la race saura tirer tout le parti possible. C'est ainsi que, sans outrepasser les limites de la vraisemblance historique, on peut admettre que S. Grégoire le Grand (5'.)0-G04) connut la notation neumatique, la nota romana, dont la légende lui a attribué l'usage pour noter son antiphonaire : à supposer qu'il ait jamais mis la main à cette entreprise.
D'un autre côté l'intervention légendaire du grand pontife pèse trop lourdement sur l'histoire de la notation et du chant
liii-mômc. 11 ne faut pas oublier que ni Boccc (vV'vi'' siècle), ni Isidore de Séville (viVvii*' siècle) ni Hède (viiVvm" siècle) n'ont parlé des neumes. C'est un triple témoig-nage négatif à ne pas écarter. Un fait, légendaire également, reste du moins en vedette concernant l'antiphonaire de S. Grégoire : c'est la copie dudit antiphonaire faite par ordre d'Adrien, pape, et l'envoi de ce manuscrit à Charlemagne vers 790. Tout milite en faveur de la possibilité de ces choses et il reste, en fin de compte, que la notation remonte à coup sûr au viii<^ siècle pour l'usage quo-
hc^^àimi'^fàxii^ clitnamTToreuL anc* ___VjJimL\.ccfTiliC' cnmrqfutlilmàpoôdTii^-
Fig. 14. — Fragment d'uQ tableau ueuuiatique doûcé par Gerbert, de canlu (11, lab.). Ce tableau est beaucoup plus complet que celui de Miiibach (ex. IS).
tidien, et probablement au vi'= pour son invention. Pour que la thèse du P. J. Thibaut fût, sinon complète, du moins ébauchée, il aurait fallu que « considérant chaque signe de la notation constantinopolitaine traduisible selon la signification du neume latin correspondant, il nous montrât la formule mélodique latine sous le signe constantinopolitain, et réciproquement. » Or, les transcriptions sont totalement divergentes, et, par là, prouvent la fragilité de la thèse d'identification proposée ' . Les signes n'ont que peu de rapports graphiques; les dénominations des signes n'ont pas d'équivalence rigoureuse; la transcription est divergente; le principe de formation des signes dans l'un et dans l'autre système accuse un objectif différent. L'origine de la notation neumatique ne semble pas pouvoir
1. L'ouvrage du P. J. Thibaut n'en est pas moins une œuvre de valeur et dont la lecture ne peut qu'être profitable.
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être autre que romaine, on en conviendra sans peine. Que la base du système soit l'accent grammatical, ou le point et ses combinaisons en groupes ascendants ou descendants, la question est subsidiaire. Prenons la notation à son apogée d'usage au ix^ siècle; c'est un monument du génie latin.
Signification rythmique de la notation neimatique latine.
On a attiré, tout d'abord (§ I), l'attention sur le qualificatif Neume, Neumatique. Au moyen âge, le système musical qu'il désignait s'appelait d'un seul mot : Neiimae ou Neumata ^z les Neumes. Le chanteur, professionnel de cet art particulier, est dénommé le « neumaticus canlor »'.
S'il n'y a pas, dans ces termes techniques, la spécification précise d'un système particulier, c'est que les mots n'ont plus de sens. On n'a jamais remarqué d'assez près combien les dénominations appliquées à chacun des systèmes antiques de notation sont tirées de V objet, ei non du procédé graphique qui nous les a fait connaître. « Notation prosodique, ou ekphonétique » est un terme étroitement lié à l'objet qu'il spécifie : le discours déclamé. « Notation neumatique » désigne un art dont le mode d'expression est une mélodie constituée par des groupes de sons réunis en des émissions vocales distinctes, constitutives d'un rythme sid (jeneris : le rythme musical antique pur, opposé au rythme métrique de la poésie chantée. Plus près de nous, on spécifiera « musique ou notation figurée » pour désigner un art nouveau, caractérisé par des valeurs rythmiques dont les proportions de durée seront entre elles dans des rapports numériques ayant des affinités avec les proportions numériques des arts du dessin, figurées par des lignes harmonieusement rythmées.