‹ La science [musicale] grégorienne; revues diverses, 1898-1908Chapitre 104 sur 127 · LA MUSIQUE A AVIGNON · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE A AVIGNON

On nous écrit d'Avignon :

« Les chanteurs de Saint- Gervais, de passage à Avignon, ont donné, le 24 janvier dernier, un concert de musique classique, dans la salle de rancien cercle catholique de celte iville.

« Parmi les morceaux qui ont été le plus goûtés, je signalerai l'O ç-^^awi gloriosum de Vittoria; deux chansons françaises du xvi' siècle, de G. Gostelez; une cantate de Garissiini, La plainte des damnrs; le très curieux Chœur des oiseaux de Jannequin, et le beau Cantique de i'Avent de Robert Schumann.

« Je ne m'étendrai pas sur la perfection avec laquelle ces dilfcrentes pièces ont été exécutées: tous ceux qui ont entendu la célèbre Schola savent à quoi s'en tenir là-dessus; mais je me permettrai d'attirer votre attention sur une très intéressante Causerie musicale de M. A, Gastoué, (|ui a fait l'historique de la Musique à Avignon.

« Je ne suivrai pas l'érudit conférencier dans tous ses développements. Qu'il me suffise de dire qu'au début du xiv*' siècle, c'est-à-dire au moment où le style polyphonique commençait à peine à se dégager des puérilités du dédiant. Clément V, le premier des papes qui siégèrent à Avignon, y établit une Chapellenie'de musique^ pour le service des oflices pontificaux. Son successeur, Jean XXÏI, publia une bulle fameuse, Docta Sanciorum, pour condamner les abus de la nouvelle école musicale. Le pape Grégoire XI, à son retour à Rome, ramena avec lui une partie des chanteurs de sa chapelle, parmi lesquels figurait Guillaume Dufay, qui fut le créateur d'un nouveau genre de musique et le véritable ancêtre de Palestrina. C'est ainsi que la chapelle d'Avignon « introduisit à Saint-Pierre de Rome, qui ne connaissait encore que le plain-chant, ce genre de musique qui devait trouver son efflorescence chez les maîtres du xvi° siècle ».

« Julien de laRovère,qui devint plus tard pape sous le nom do Jules II, ayant été nommé archevêque d'Avignon en \ 174, sécularisa le chapitre de son église métropolitaine et, eu plus de vingt canonicats, y institua dix chapellenics chorales et fonda six bourses pour les enfants de c\iœ\iT,pueri chorales.

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« M. Gastoué a énuméré ensuite les musiciens de renom qui sont sortis d'Avignon ou ont séjourné dans cette ville: Elzéar Genêt, dit il Carpentrasso^ maître de chapelle du pape Léon Xct mort doyen du chapitre de Saint-Agricol; Intermet, qui fut quelque temps maître de chapelle à la Métropole et dont le roi Louis XIII goûtait fort les motets; Saboly, organiste de Saint-Pierre, mort en 1673, dont les Noëls sont demeurés si populaires dans tout le Midi de la France; le célèbre Rameau qui, avant de partir pour l'Italie, remplit, par intérim, les fonctions de maître de chapelle à l'église métropolitaine.

« II est à regretter que M. Gastoué ait passé sous silence tout ce qui s'est fait à Avignon, pour le développement de l'art musical, pendant le siècle qui vient de s'écouler, et que même il ait avancé, un peu à la légère, que « la Révolution avait pour longtemps tari la source de ces manifestations artistiques. » S'il avait consulté les souvenirs des anciens Avignonnais, il aurait appris que, sous l'épiscopat de Mgr Débelay (1849-1863), la bonne musique était en grand honneur dans notre ville.

« C'est à cette époque que les chœurs du petit séminaire exécutaient la messe del papa Marcello et donnaient des séances musicales très appréciées des amateurs ; que les élèves du Conservatoire municipal, sous l'habile direction de M. Brun, se faisaient applaudir dans toutes les capitales; que l'orgue de Saint-Pierre avait pour titulaire le maestro G. F. Imbert, auteur de nombreuses cantates, oratorios, messes et autres compositions religieuses; que les sociétés chorales rivalisaient de zèle et d'entrain.

« Et maintenant encore la race des artistes avignonnais n'est pas éteinte. Je pourrais citer plus d'un nom de musiciens, de compositeurs, d'organistes, de maîtres de chapelle, à qui la renommée n'a pas encore fait une auréole, uniquement parce qu'ils ne viennent pas en ligne droite de Paris. Avignon s'est toujours montrée hospitalière aux étrangers qui venaient lui apporter le concours de leur science et de leur talent, mais elle n'oublie pas ses propres enfants et leur garde la première place dans son souvenir. »

Memor.

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