Loc, cit
l'avenir de la musique sacrée 51
doubles, principalement sur la pénultième avant les pauses; c'est ce que les Anciens appelaient pressus. Mais, dans les manuscrits, ce ne sont plus seulement deux notes, mais trois, cinq ou même sept, qui se trouvent sur le même degré et qui, selon la pratique ancienne, devaient être répercutées, vibrées ou détachées. Y a-t-il là quelque chose de vraiment beau et d'artistique qui mérite d être admiré (1)? Cependant, tandis que les éditeurs de Reims et Cambrai avaient eu le bon goût de renoncer à ces notes répétées, aujourd'hui on ne nous fait grâce d'aucune répercussion. C'est comme si un architecte, ayant à construire une église gothique, s'amusait à reproduire tous les ornements grotesques qui abondent dans les édifices du moyen âge, ou si un sculpteur copiait lalourdeur de pose, les défauts de modelé qui sont caractéristiques des statues de cette époque. Ce serait peut-être de l'archéologie, mais à coup sûr ce ne serait pas de l'art.
Ah! certes, les correcteurs du xv!"" siècle ont eu cent fois raison d'abréger ces vocalises sans fin et de supprimer ces chevrotements puérils, et en cela ils ont fait preuve de bon sens et de goût. Le chant qu'il nous ont donné n'est pas parfait, sans doute, pas plus que le chant des manuscrits ; mais, qu'on l'examine en dehors de tout parti pris, et l'on sera forcé de reconnaître qu'il n'est pas si pitoyable que d'aucuns veulent bien le dire.
Qu'il y ait dans les nouveaux offices, surtout dans ceux qui ont été composés depuis le commencement du siècle, des pièces qui dénotent de la part de ceux qui les ont adaptées une ignorance complète des formules et de la tonalité grégorienne, nous n'avons pas de peine à l'admettre ; mais que l'on étudie la partie ancienne, œuvre des premiers correcteurs, le Propre du Temps, le Commun des Saints et la partie primitive du Propre des Saints, et Tony trouvera quantité de pièces fort belles, arrangées avec une connaissance remar-
1. M. le chanoine S. Morelot, parlant de la pratique des notes vibrées ou répercutées, dit : « Loin de lui donner place à l'église, on devrait la proscrire, môme au théâtre, tant elle csl barbare et prétentieuse. Faire goûter de pareilles choses aux musiciens de notre génération me parait une entreprise non moins chimérique que le serait celle de proposer à l'admiration d'un auditoire occidental les chants orientaux qui ont pourtant leurs dilettantl là où ils sont en usage, comme ceux dont nous parlons avaient sans doute les leurs au x^ siècle auquel on voudrait nous ramener. » (L'Arciiéologie grégorienne et les reformes du plain-chant. Musica sacra de Toulouse, novembre 1899, page 133.)