L AVENIR DE LA MUSIQUE SACRÉE
quable des formes propres à l'art grégorien, où la mélodie rend avec beaucoup d'expression les sentiments exprimés par le texte ; et l'on ne dira plus que c'est un chant barbare, comme si les évêques et les synodes qui en ont prescrit l'usage n'avaient pas le sentiment des convenances et auraient adopté pour le service de leurs églises un chant indigne de servir au culte divin.
Nous sommes heureux de pouvoir apporter encore à l'appui de notre sentiment le témoignage du R. P. Dom Kornmliller qui, à la science de l'archéologue, joint un talent remarquable comme compositeur de musique religieuse. « On loue, il est vrai, dit-il, la valeur et la facilité des mélodies anciennes comparées aux cliants abrégés modernes. Mais les notions de perfection et de beauté sont des idées très relatives, et le jugement, là-dessus, n'est que trop souvent influencé par l'habitude ; en outre, on ne saurait contester que l'on estime facilement ses propres ouvrages plus haut que ceux d'autrui. Pour nous, le défaut de perfection consiste en ce que les mélodies anciennes ne sont |irati(|uoment exécutables que pour un nombre inhme de chœurs. Quant à la valeur, les chants les plus modernes ne le cèdent point aux anciens ; celte valeur s'est toujours affirmée, même au congrès liturgico-musical d'Arezzo ; et en quoi pourrait-on prouver qu'ils ne répondent pas à la dignité du culte? Pour ce qui est encore de la facilité des chants anciens, tout enfant sait que cinq à six notes sont plus faciles à chanter que vingt, trente, quarante, et le grand nombre de petits groupes et de figures qui se suivent dans les neumes et les jubilations de l'édition de Dom Pothier trouble plutôt l'œil, au lieu d'en faciliter la lecture.
« La prévention et la passion ont à ce point obscurci la vue des hommes de l'opposition, qu'ils ne voient que du bon dans leurs livres, que du mauvais et du vil dans l'édition officielle (1)».
M. le chanoine Stéphen Morelot, dont nous déplorons la perte récente, écrivait dernièrement, dans un article qui restera comme son testament artistique : «Malgré tout ce que peuvent gagner ces antiques cantilènes à une exécution intelligente et soignée, je suis convaincu que, à quelques exceptions près, leur procédé est trop dilférent de ce que compor-
\ . Loc, cit.
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tent nos exigences actuelles en fait de mélodie, pour qu'on puisse nous les l'aire goûter. Si les anciens pouvaient trouver du charme à ces tautophonies où. la voix évolue sans cesse sur le même degré, elles ne peuvent que nous paraître insipides (1). »
D'ailleurs, il ne faut pas se lasser de le répéter, à rencontre des partisans exclusifs du chant des manuscrits, qu'ils voudraient nous imposer comme le seul conforme à l'esprit de l'Eglise: la revision et l'abréviation des mélodies dites grégoriennes, opérée au xvi^ siècle, a été faite par l'ordre formel du Saint-Siège, dans le but déclaré de les ramener à une forme plus appropriée et plus simple^ de telle sorte qu'elles puissent être facilement apprises et adoptées par tous ceux qui s'adonnent au chant religieux (2).
C'est ce chant abrégé qui seul est déclaré authentique et légitime, le seul dont se sert l'Eglise romaine (3), Et l'on a l'audace de parler de falsifications éhontées Ct), ce qui s'applique évidemment au Saint-Concile de Trente qui a recommandé la réforme du chant liturgique, au Pape Pie IV qui a donné l'ordre de l'entreprendre, aux Souverains Pontifes Paul V, Pie IX et Léon XITI qui l'ont approuvée! Sont-ce bien des catholiques qui ont l'elfronterie d'écrire de pareilles choses? Ah ! s'il y a falsification, c'est bien plutôt de la part de ceux qui ont la prétention de nous doimer, comme le pur chant de saint Grégoire, des mélodies qui n'en reproduisent ni la note ni le rythme.
Sous sa forme abrégée, le chant actuel se rapproche sans doute plus sensiblement du chant primitif que non pas le
i. Musica Sacra dd Toulouse, loc. cit.
2 Cum juxta vota Sanctœ Tridentinye Synodi, Plus IV Ponlifex Maximus aliquol S. R.E. Cardinales reformationi lilurgici cantus pra>fecisset, omnem hi curarn adhibuere, ut cantus ejusmodi ad nptiorem simplkioreinquc formam reduceretur, et ita ab omnibus divina; psalraodiœ operam dantibus rccipi adoptarique facile po<set. (Décret Romanorum Pontificum, du 10 avril 1883, coafirraé par S. S. Léon XIII le 26 avril.)
3. Eam tantum uti authenticam Gregoriani cantus formam atque leyitimam bodie liabendam efse, quîc, juxta ïridenlinas sanctiones, a Paulo V, Pio IX sa. me. et Sanctissimo Domino Nostro Leone XIII, atque a Sacra Rituum Congregatione, juxta Editionem nuper adornalami^ata liabita est et confirmata, utpote qiue unice cam cantus rationem continoat, qua Ilomana ulitur Ecclesia. (Décret Quod. S. Augnslinus, confirmé par S. S. Léon XIII le 7 juillet 1894.)