Tribune de Sainl-Gcrvais, août 1899, p
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chant des manuscrits, sur lequel, dans le cours des âges, sont venus s'amonceler des ornements multiples. Et puis,lo chant de l'Eglise ne doit pas être l'apanago de quelques maîtrises privilégiées ou de rares monastères. C'est le chant de tous, qui doit être à la portée dos plus humbles lutrins de village, aussi bien que des chœurs exercés des Cathédrales.
Or, comment veut-on que nos chantres puissent arriver h rendre d'une manière supportable ces interminables vocalises, ces ornements recherchés^ dont l'exécution était jadis confiée aux voix jeunes et fraîches des diacres ou des lecteurs, élevés à l'ombre des basiliques et exercés dès leur plus tendre! enfance à la pratique des chants sacrés, comme nous l'apprend le Liôer Pontificalis ?
Si l'exécution n'est pas parfaite, ces passages n'ont plus de sens musical et deviennent fatigants et insipides à entendre (1). Puis aujourd'hui, dans la plupart de nos églises, on trouve le chant trop long et l'on a])rège autant que l'on peut. Aussi, là oii l'on suit le chant des manuscrits, pour ne pas prolonger les offices « on s'est a|)pliqué à chanter les « notes avec une rapidité indécente, qui ne permet plus ni « de bien entendre chaque syllabe, ni de saisir et de goûter « la mélodie (2). »
« Quelles étrangetés d'allures et d'etrets, dit à son tour Mgr l'Evêquo de Châlons ! C'est comme une course échevelée de sons qui se j)ressent, s appellent peut-être, mais n'ont guère le temps de se répondre. On dirait, à chaque instant, qu'ils vont perdre haleine, et la phrase ne finit qu'en tombant d'inanition. Il s'agit bien pour les adeptes de celte méthode, de distinguer le degré des solennités, le caractère des tons, le genre et le sens des cantiques : ils disent tout de môme, avec une désespérante monotoiiie; et vous ne savez plus bien à les entendre, si le psaume tressaille, pleure ou prie (saint
1. Les Pothiéristes, eux-mêmes, ont reconnu la nécessité d'abréger le chant. « Le principal obstacle à la restauration complète du plainchant, écrivait Dom I^aurent Jansaens on 1891, me semble ôtre sa richesse même, à caui>tj (ksdifficiillcs cnoriites que i)rcsente luie cxéculioti dclicate. » Aussi, leurs journaux, en France et en lielgique, ont-ils, à plusieurs reprises, réclamé une édition simplifiée du Liber gradualis. Pourquoi une édition abrégée, puisqu'il on existe iléjà plusieurs, et d'excellentes, approuvées par les conciles et les évèques, et autorisées par Rome ?
2. Décret synodal de Mgr l'Evèque de Metz. Revue ecclésiastique de Metz, mai 1898, page 245.
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Augustin). On nous dit, il est vrai, que très peu de gens peuvent comprendre la méthode et en user justement, et qu'il faut, pour cela, une étude et un art consomme. Mais qu'estce qu'une manière de chanter qui est réservée à une élite, lorsque les chants doivent être à la portée et à l'usage de tous? Aôral !... aurait ditBossuct (1). »
Mais la question d'exécution ne doit pas nous arrêter; nous n'examinons pas en ce moment comment il faut chanter, mais bien ce qu'il faut chanter. Beaucoup de gens ont le tort de confondre le chant et l'exécution. Parce qu'ils ont entendu certains chantres, dépourvus de toute éducation artistique, marteler notre plaint-chant en donnant un coup de gosier à chaque note, ils en concluent que le chant de nos éditions est détestable ; tandis que, ayant entendu exécuter le chant de Dom Pothier par des voix fraîches et bien exercées, ils décident a priori que ce chant est de beaucoup supérieur aux autres. C'est confondre deux choses tout à fait distinctes. La mélodie la plus simple et la plus ordinaire, chantée par un artiste, fera beaucoup plus d'effet qu'un chant mieux composé, plus beau peut-être, mais exécuté sans goût et sans expression. Qui de nous ne l'a pas expérimenté bien des fois?
Au Congrès d'Arezzo, l'exécution des chanteurs de Ratisbonne, « exécution que l'on peut sans exagération appeler parfaite, fut unanimement approuvée » ; le chœur de Dom Pothier, au contraire, « n'atteignit pas à cette prononciation
1. Lettre circulaire et ordonnance de Mgr [,atty, évèque de Chùlons. (14 décembre 1897).— Un savant religieux, qui est en même temps excellent musicien, voulant sft rendre compte par lui-même de l'effet produit par le chant bénédictin, esrt allé, le jour de la Toussaint, assister aux offices de l'église Saint-Joseph, de Marseille, dont la maîtrise, dit-on, exécute ce chant suivant la vraie méthode de Solesmes. Voici ce qu'il nous écrivait à la date du 4 novembre: « Quant à leur plainchant, on l'a bien caractérisé. Oui, ce sont des gens qui marchent avec des souliers trop étroits; chaque caillou leur fait pousser un coup de voix. Aussi, sont-ils pressés d'arriver ; c'est pourquoi ils ne font pas de pauses. Leur exécution est anliartistique au suprême degré. Dans la neumo de Vallcluia qu'ils ont chanté, il y a, en commençant, un groupe de six notes qui se répète deux fois de suite. Mais, comme Dom Polluer n'a pas mis de barre, ils ne distingueront pas, même par un léger repos, ces deux répétitions qui se suivront à notes égales, absolument comme un épicier qui déviderait deux mesures de corde, ou un charcutier ([ui vendrait deux aunes de boudin. Et l'on dit: « Que c'est beau, le chant bénédictin ! Et partout on intrigue en leur faveur ! »
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et à cette articulation parfaites, que Ion avait justement admirées dans la schola de M. Ilaberl (1). » Celui qui parle ainsi est, remarquez-le bien, un pothiériste convaincu.
De môme, à la dernière assemblée de la Caecilia-Vcrein qui vient d'avoir lieu à Mïmster et oii l'on a exécuté le plainchant de l'édition officielle, « un prêtre de Montpellier, qui avait entendu la Société de Saint-Gervais de Paris, tout en faisant l'éloge de cette société, disait qu'il n'y avait rien de comparable à ce que l'on avait entendu exécuter à Munster (2). »
On a tellement faussé l'opinion publique par les réclames les plus extravagantes que bien des personnes se figurent qu'il ne peut y avoir absolument rien de bon en dehors des livres de Solesmes. C'est ainsi qu'un écrivain de renom, ayant entendu chanter les Kyrie, Gloria et Credo par les Bénédictines de la rue Monsieur, s'extasie sur la beauté des chants de saint Grégoire, reconstitués par Dom Pothier. sans se douter que ces mélodies sont de plusieurs siècles postérieures à ce grand Pape et qu'elles se retrouvent, presque note pour note, dans nos éditions modernes (3). »
Ceci nous rappelle l'histoire d'un certain chanoine d'Orléans, qu'on entendit s'exclamer un jour à Saint Gervais : « Comme c'est beau cette musique de Palestrina ! » Or, savezvous de quel morceau il disait cela? de VAve veriim do Mozart!..,
Mais admettons, — ce qui n'est pas — que le chant des manuscrits soit vraiment celui de saint Grégoire, et, qu'au point de vue artistique, il soit préférable à celui des éditions modernes, sera-t-il licite d'y revenir? Assurément, non!
Le Congrès d'Arezzo, en 1882, avait formulé les vœux suivants : 1" Que les livres de plaint-chant en usage dans les églises soient rendus, à l'avenir, aussi conformes que posible à l'ancienne tradition du chantgrégorien ; 2° que l'on accorde les plus larges encouragements et la plus grande diffusion aux études et aux ouvrages théoriques, déjà parus ou à paraître, pour remettre en lumière et pour rétablir l'ancienne tradition du chant liturgique.
Or, sait-on ce que Rome a répondu? « Les vœux ou