‹ La science [musicale] grégorienne; revues diverses, 1898-1908Chapitre 110 sur 127 · Iluysmaus, En roule · texte numérisé non relu

Iluysmaus, En roule

l'avenir de la musique sacrée 57

« demandes formulés l'année dernière par le Congrès « d'Arezzo et adressées par lui au Siège Apostolique, con- « cernant le retour du chant liturgique grégorien à « l'ancienne tradition, pris dans leur teneur, ne peuvent être « acceptés ni approuvés (1). »

Et Rome a d'excellentes raisons d'agir ainsi. Toutes les fois qu'il prendra fantaisie à un archéologue d'exhiber un manuscrit quelconque en nous disant : Voilà le vrai chant de saint Grégoire, faudra-t-il que l'Eglise laisse de côté ses livres de chant traditionnel pour adopter ce chant nouveau, surtout quand la science ne s'est pas encore prononcée en sa faveur et que des érudits de tous pays, voire même des Bénédictins, n'en admettent pas l'authenticité?

On se met donc en opposition directe avec les décisions formelles de l'Eglise quand on abandonne le chant en usage pour prendre celui des manuscrits.

En résumé, les raisons alléguées par les partisans de ce chant n'ont aucune valeur; car : 1" Le chant des manuscrits, n'est nullement authentique, en ce sons qu'il ne représente m le chant primitif de l'Eglise, ni même celui en usage à l'époque de saint Grégoire. Chaque manuscrit ou groupe de manuscrits ne nous donne que le chant d'une école particulière, puisqu'ils varient d'un pays à l'autre.

2° Ce chant, de l'aveu même de ses partisans, est impraticable pour le plus grand nombre, à cause de sa longueur et de ses ornements compliqués.

3" Il n'est en aucune façon supérieur à celui des éditions modernes qui, au contraire, par sa simplicité, se rapproche beaucoup plus du chant de l'église primitive ; tandis que cet amoncellement de notes et de formules qu'on trouve dans les manuscrits, grégoriens ou ambrosiens, semble être l'œuvre d'un âge de décadence artistique.

4" En adoptant la notation d'une époque où le rythme du chant liturgique était totalement oublié, les Bénédictins ont rendu impossible l'éxecution de ce chant suivant la tradition ancienne et l'ont réduit à l'étal d'un corps sans âme.

1. Vota seu postulata ab Aretino Conventu superiore anno emissa,ac Scdi Apostolica; ab eodem oblata pro liturgico cantu Gregoriano ad vetustam tradftionem redigendo, accepta uti sonant, recipi probarique non possc. (Décret Romanorum Ponlificum.)

.^8 l'aVEN'IR de la musique SAC.nÉE

5° Une partie considérable do leurs livres est d'origine relativement moderne et les chants les plus usuels diffèrent à peine de ceux de nos éditions.

6" Enfin, ce chant n'est pas autorisé par l'Eglise pour l'usage liturgique (1).

Il faut donc s'en tenir au chant que l'Eglise approuve ou autorise et s'efforcer de le bien exécuter : car le plus grand nombre ne jug(3 de la beauté et de la valeur d'un chant (juc par la manière dont il est rendu.

L'Eglise n'interdit nullement aux savants et aux archéologues de poursuivre leurs études et de publier le résultat de leurs recherches, elle les y encourage même (2); mais elle se réserve le droit de déterminer exclusivement le chaut qui doit servir aux fonctions liturgiques. Ce droit est incontestable : elle l'a toujours exercé, au moins depuis le viu" siècle. Si plus tard une nouvelle réforme est nécessaire, Rome, prenant en considération les découvertes certaines de l'archéologic et les aspirations des fidèles, saura bien, quand le besoin s'en fera sentir, perfectionner l'oeuvre du pape Paul V ; mais ce n'est pas à de simples particuliers, ni même aux ordres religieux, encore moins à des sociétés laïques, qu'il appartient de tracer à 1 Eglise la voie qu'elle doit suivre; tout au plus, peut-on à l'exemple du R. P. Dechevrens, dont le savoir et la modestie sont au-dessus de tout éloge, « préparer les matériaux, si jamais il plaît à la Sacrée Cougrégaliou des Rites de reviser l'édition actuelle d'après les meilleures données de l'histoire et de la science musicale (3). »

On eût obtenu de meilleurs résultats si, suivant la parole du R. P. Bénédictin Dom Kienle, « la question eût été agitée avec jihis de sens religieux et de modéralion et avec moins

i. Nec consilium Nostrum fuisse opus Oadualis Nobis oblati ful IJlurgi;t> Sacra! usum approbare. (Bref de S. S. I-ôoii XIII à Dom Pothier,3mai 1884).

2. Quamvis cnim ecclesiastici canins cultoribusintegnini libcvumquc scinper fucrit ac deinccps fufuriim sit, eruditionis gratia, disquirere quii'iiam vêtus fueril ipsius ecclesiastici cantus forma, varia-que ojusdem pliases, quemadmodum de antiquis Ecclesia^ ritibus ac reliquis Sacifc l.iturgia' paitibus eruditissimi viri cum plurimacommendatione disputare et inquirere consuevcrunt. (Décret Quod Sanctus Aiigitstinus, 7 juillet 1894.) . i , , , ; ,

3. Lettre du lîi juillet \8^0. {Avenir '^èl(f afitHijué .<t(fcr(*c, sept'^mbir 18'.!!), p. i:i9). ' ' '

d' étourderie (1) ». Mais, avec une intolérance qui ne devrait se rencontrer que chez les sectaires, on a cherché à imposer à tous un chant que l'Eglise rejette et condamne; on a déversé l'outrage et l'injure sur ceux qui demeuraient soumis à ses prescriptions; on n'a pas même épargné les chefs de la hiérarchie ecclésiastique qui les ont formulées; on a fait appel à toutes les voix de la presse, même la moins orthodoxe, pour prêcher la révolte contre les décisions de Rome ; on a eu recours à l'intervention du pouvoir civil pour les faire annuler ; on a usé de tous les moyens pour propager et colporter à Iravers nos diocèses ces livres dont le clergé ne voulait pas, et l'on a transformé une question de science et d'art religieux, qui touche de si près à la liturgie, en une querelle de boutiquiers et de marchands.

Qu'a-t-on gagné par l'emploi de pareils procélés?Lc chant qui, selon saint Basile, doit « ranimer la charité des hommes de bien et, comme un lien de concorde, unir toutes les voix dans une même "^symphonie », est devenu, au contraire, grâce à ces intrigues chontées, un ferment de haine et de dissensions sans fin.

Il est temps de mettre un terme à ces agissements scandaleux et de laisser désormais à l'autorité suprême le soin de régler tout ce qui touche au service divin. Que chacun se soumette, sans arrière-pensée, à ses décisions souveraines, et nous verrons bientôt se réaliser ce que dit si magnifiquement saint Ambroise : « le chant sacré ramener la tranquillité dans les âmes, être l'arbitre de la paix, calmer les pensées de tumulte et de violence, réprimer l'effervescence et l'excitation des esprits, mettre un frein à la licence, faire naître l'amitié, réconcilier les dissidents et rétablir la concorde entre les ennemis. »

J. Duporx.

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