‹ La science [musicale] grégorienne; revues diverses, 1898-1908Chapitre 19 sur 127 · Origines du culte chrétien, p · texte numérisé non relu

Origines du culte chrétien, p

près un tiers, sont identiques au Gélasien'. Nous savons en outre , par le témoignage même de S. Grégoire qu'il fit réciter le Pater de suite après le Canon ^ , suivant en cela les liturgies de S. Basile et de S. Jean Chrysostome , en usage à Constantinople , tandis qu'auparavant on ne le récitait qu'après la fraction du pain , comme cela se retrouve dans l'Ambrosien^ le Gallican, le Mozarabe et dans la plupart des anciennes liturgies orientales.

Nonnulla super adjiclens. Quelles sont les additions faites par S. Grégoire ? D'abord , le Kyrie eleison , alternant avec le Christe eleison et formant neuf invocations aux trois personnes divines , puis les mots : Diesque nostros in tiiapace disponas jusqu'à ^r^^^ numerari ajoutés au Canon de la Messe. Mais la phrase de Jean Diacre a un sens plus étendu et se rapporte à un autre genre d'additions , car il dit : nonnulla superadjiciens pro exponendis evangelicis lectionibus. M. l'abbé Duchesne avoue ne pas savoir ce que signifie ces mots ■'. Quelques uns ont voulu voir dans ces paroles une allusion aux homélies que le saint Docteur avait l'habitude de faire après la lecture de l'Evangile' ; d'autres pensent qu'il s'agit ici des pièces chantées qui auraient été comme un développement du texte évangélique^ ; or , dans ce passage de Jean Diacre il n'est pas question de l'Antiphonaire , mais seulement du Sacramentaire qui ne contient que les prières récitées par le Célébrant. On trouve , il est vrai , â la marge de certains manuscrits, l'indication des Introïts , Répons, Offertoires; mais, comme le fait remarquer Muratori, ces notes ont été ajoutées recentiori matin. Monseigneur Magani , de son côté, pense que ces mots se rapportent non pas à l'homélie , mais à la leçon évangélique elle-même , dont S. Grégoire aurait fixé les proportions*^. Puisque le travail de révision du saint Docteur a porté surtout sur les oraisons, ne pourrait-on pas croire plutôt que Jean Diacre a voulu dire , que celles-ci furent mises en rapport avec le texte de l'évangile qu'on lisait à la Messe ?

Quoiqu'il en soit , l'illustre pontife a pu fort bien remanier le Sacramentaire sans modifier les parties chantées par le chœur qui se trouvaient dans un livre distinct. Il a pu aussi , ce que nous admettons du reste, faire une nouvelle compilation des Antiennes de la Messe , pour compléter celle faite par ses prédécesseurs , soit en supprimant les Messes hors d'usage , soit en en ajoutant quelques nouvelles pour les Fêtes introduites de son temps , sans pour cela remanier les chants déjà existants. On ne voit pas que S. Grégoire ait fait aucune addition aux grandes solennités de l'année ecclésiastique. Son Sacramentaire ne renferme pas de messes pour les Dimanches ordinaires entre l'Epiphanie et le Carême et depuis l'Octave de Pâques jusqu'à l'Avent , qui se trouvent au moins en partie déjà dans le Gélasien ; ce qui semble indiquer qu'il ne toucha pas à cette partie du cycle liturgique.

I. Op. cit , p. 321. — 2. Orationem vero Dominicani idcirco mox post precem dicimus. (Epist. ad Joan. Syracus.)

5. Origines du culte chrétien, p. 121 , note 2. — 4. Grisar, Zeitschrift fur kathol. Théologie. IX lahrg. p. 592. — 5. Probst, op. cit. pp. 319-520. — 6. Op. cit., p. 131.

REVUE DE GHANT GREGORIEN 7

Quant aux fériés du Carême, dont les Messes se trouvent déjà dans le Gélasien, quelques auteurs en attribuent l'institution à S. Grégoire, mais certaines particularités qu'on y remarque nous font croire qu'il faut en faire remonter la composition beaucoup plus haut.

On a observé que les antiennes de Communion pour les fériés du Carême sont tirées des psaumes i à 26, se succédant dans leur ordre numérique, et forment ainsi une série suivie qui commence au mercredi des Cendres et se termine au vendredi avant le Dimanche des Ramaux '. Au mercredi des Cendres correspond le psaume 1 , au vendredi suivant le psaume 2 , et ainsi de suite -.

- Les Dimanches n'appartenant pas à l'office férial sont en dehors de la série; mais les jeudis n'y sont pas compris non plus , ce qui prouve que les jeudis ne figuraient pas encore dans la liturgie du Carême, à l'époque où les 26 psaumes qui nous occupent furent ainsi répartis sur les autres jours delà semaine. Or, les jeudis n'ayant été pourvus de Messes que par S. Grégoire II (715-731', l'arrangement des autres messes fériales est donc antérieure à ce pontife.

Le samedi après les Cendres que la plupart des manuscrits désignent sous le nom de Sabbato vacat , et qui aujourd'hui encore n'a pas d'antiennes propres , ne figure pas non plus dans la série -^ Cependant le Sacramentaire Gélasien , qui ne contient pas encore les messes des jeudis du Carême , est déjà pourvu d'une messe et d'une station pour la feria Y II in quinquagesima , c'est-à-dire le samedi qui nous occupe. Il faudrait donc remonter au-delà du dit Sacramentaire pour trouver le premier auteur du système.

Mais , objectera-t-on avec M. Gevaert , cet arrangement ne peut avoir pris place dans le graduel romain , qu'«à une époque où le Caput jejunii était déjà, comme aujourd'hui, le mercredi des Cendres, et non plus, comme pendant les premiers siècles, le Dimanche suivant. Or, comme ce primitif usage quadragéstmal n'avait pas cessé d'être en vigueur à Rome , sous Grégoire le Grand (voir son homélie XVI in Evangelid), nous devons en conclure , que la susdite série de textes antiphoniques n'a pu être introduite dans la messe , qu'au cours du VII* siècle*. »

C'était , il est vrai , l'opinion la plus répandue jadis parmi les liturgistes , que S. Grégoire n'a connu que les 36 jours de jeûne effectif , entre le premier Dimanche du Carême et celui de Pâques ;, mais , Dom Morin la considère aujourd'hui comme surannée, et s'étonne à bon droit, de la voir figurer dans les Origines du culte chrétien de M. l'abbé Duchesne^. Tomasi, Azevedo et Vezzosi avaient déjà adopté le sentiment contraire et

i.Un mot sur VAtiHphonale Missaruni. pp. i 5 et suiv. Solesmes 1890.

2. Les stations quadragésimales suivent une marche parallèle La station du mercredi des Cendres est dans la première région de Rome, celle du vendiedi dans la deuxième région et celle du lundi suivant dans la troisième. (Ibid. pp. 34-35.)

3. Il en est de même pour le samedi avant le Dimanche des Rameaux , Sabbato vacat , Dominus Papa eIeemo:!jnatn dat , qui était dépourvu de messe , ce qui explique que la

érie des Communions s'arrête à la férié précédente.

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