V. Tribune de Saint Gervais , Décembre 1896 , p
2° M. Aubry veut bien mettre à mon actif « un certain nombre d'idées personnelles , » sur lesquelles il passe « d'une plume légère , car, ajoute-t-il, elles sont toutes plus ou moins erronnées. »
« Un exemple amusant, dit-il à ce sujet: Voici la graphie de l'intensité de la prononciation sur le mot
Do-mi-nus
« Or, M. G. Houdard doit avoir sur cette question des lumières qui nous échappent, car nous avions jusqu'ici la candeur de croire que la phonétique romane , d'accori avec les règles de la versification rythmique, mettait sur la dernière syllabe nus un accent secondaire qui relevait la voix et faisait persister en roman la syllabe posttonique accentuée. »
Ce qui est fort amusant, c'est de voir qu'un savant de la force de M. Aubry ignore qu'en roman , c'est-à-dire dans toutes les langues dérivées du latin: français, italien, espagnol, portugais, provençal et catalan , la syllabe finale des mots dactyliques en latin est faible et ne porte qu'un son muet ou semi-muet , qui s'efface presque complètement dans la prononciation. Quelquefois même, la dernière syllabe disparaît tout à fait; mais, le plus souvent , la pénultième se contracte avec la syllabe accentuée , de sorte que les trois syllabes se réduisent à deux.
Il en était de même, du reste , dans le latin vulgaire où l'on disait: Domnus pour Domimis ^ sœclum pour sœculum , oracliim pour oraculum. Or , à moins d'admettre , dans le même mot , deux syllabes consécutives accentuées , il faut bien reconnaître que la dernière syllabe ne peut porter aucun accent, même secondaire.
C'est ainsi qu'angelus est en français ange , en espagnol angel , en portugais anj'o ; apostoîus devient apôtre , apostol , apostolo ; episcopiis , évêque , obispo , bispo ; populus , peuple , puéblo ^ povo ; inonachus , moine, monje, monge , etc.
Si donc, dans les langues romanes , la dernière syllabe des mots dactyliques latins est sourde et presque annihilée , n estce pas la preuve que dans la prononciation latine, ces mêmes syllabes , loin d'être marquées par une élévation de la voix , n'avaient aucune force et ne portaient pas d'accent?
C'est d'ailleurs ce que dit Dom Pothier, à la suite de tous les philologues ; « Dans une accentuation régulière , chaque mot est produit par une impulsion unique , qui commence avec la première syllabe du mot, atteint le point dominant de sa force sur la syllabe principale , appelée pour cela syllabe accentuée , et vient expirer pour ainsi dire , sur la fin du mot '. »
Voilà donc à quoi aboutit l'examen scientifique de M. P. Aubry: à prononcer un jugement contraire à toutes les données de l'histoire et de la philologie.
La seule chose que je trouve admissible dans le réquisitoire où M. Aubry cherche à m'écraser de tout le poids de sa science autoritaire et inexorable , c'est la phrase finale. Je crois , comme