SYSTÈME BÉNÉDICTIN DU RYTHME ORATOIRE
La Revue de Grenoble publie , dans son numéro d'Octobre dernier, la fin d'une Etude sur « la notation grégorienne ».
Cette étude , signée du nom du R. P. Dom Bourigaud , se termine par cette phrase :
« En se conformant ainsi au rythme oratoire^ même dans les développements purement mélodiques , cette théorie de Vexécation du Chant Grégorien a pour elle l'appui inébranlable des origines liturgiques , de la forme même des neumes et des théoriciens du moyen-âge. Elle est ainsi vraiment scientifique , car elle est d'accord avec les seules sources traditionnelles dont nous puissions faire usage. »
11 est curieux de remarquer l'insistance et l'inconscience avec lesquelles les Maitres les plus en vue de la restauration bénédictine, viennent tour à tour défendre l'œuvre commune. Lorsque je dis défendre, c'est un euphémisme que j'emploie, car, pour parler franc, c'est démolir qui serait le vrai mot.
En quelques pages et à l'aide de quelques exemples , permettezmoi de faire la preuve, que le système bénédictin est faux et que, inconsciemment ou très volontairement, ses propagateurs ne tiennent aucun compte de la science et des seules sources traditionnelles dont nous puissions faire usage, qu'ils annoncent toujours être leur appui inébranlable. »
Tâche aisée, en vérité, le R. P. nous ayant préparé nos armes.
Je cite : {p. ^7, n° d'octobre).
« Rappelons - nous , écrit le R. P., ce que dit à ce sujet, « S. Odon : « De même que deux, trois ou quatre lettres forment « une syllabe, et que parfois la syllabe n'en renferme qu'une,
« par exemple: a-mo, tem-plum... il nous plait comme étant le « mieux que tous les mouvements du chant soient partagés en « syllabes dont chacune ne renferme qu'une, deux, ou trois « notes. »
Première stupéfaction de ma part. A partir de « il nous plaît... » ce n'est pas du S. Odon, mais du Dom Bourigaud, trop coutumier du fait de maquillage' des textes qui lui déplaisent. A cette traduction fantaisiste et pro domo en tous cas , substituons le texte même de S. Odon' :
« Sicut duai plerumqiie litterœ aut très aut quatuor unam
1. Voir Revue du Chant Grégorien de Marseille, no 21, août 1897, P- 553 ^^ s^iv,
2. On sait qu'il y a doute sur le véritable auteur de ce texte,
N" 33. Janvier 1899.
12^ rëVue de chaN't grégorien
faciunt syllabam, sive sola littera pro syllaba accipittir; ita
QUOQUE ET IN MUSICA PLERUMQUE SOLA VOX PER SE PRONUNTIATUR , PLERUMQUE DU^ AIT TRES VEL QUATUOR COHERENTES UNAM CONSO- NANTIAM REDDUNT, QUOD JUXTA ALIQUEM MODUM , MUSICAM SYLLABAM NOMINARE POSSUMUS. >>
On voit si le R. P. suit le texte de près, et ce texte est une source ! ! une des seules doiit il nous soit permis de faire usage !
Que serait-ce, si le texte n'avait qu'un intérêt secondaire ? Suivons notre chemin.
Remarquons l'opposition complète et parfaite des deux propositions: 'y^- *y'- jy^- 'y'-
*^ IN LiTTERis : a - mo , tem - plum
syl. ^y^- *y^' ^yl-
C'est clair. Chaque syllabe est égale à sa voisine : Dans le texte : a - ™0' tem - pium, font 4 syllabes Dans la mélodie : T T T T d° d°
c est-a-dire : 1 |j 1 1 1 .^ ' m qui en sont
les équivalents rythmiques précis.
L'accent tonique étant un simple renforcement et non un allongement de la syllabe affectée d'accent, ne change pas la rature rythmique de la syllabe musicale qui lui correspond.
Comment le R. P. applique-t-ii ce principe de S. Odon ? Laissons-lui la parole :
« (P. 37): En conséquence, commente le R. P., unissant les « deux accents, grave et aigu, dont il a été question, pour les « proférer sous une même impulsion, f obtiens un mot mélo^ « dique de deux syllabes, etc...!!'y>
Deuxième stupéfaction ! C'est là le commentaire suggéré au R. P. par le texte qu'il invoque ? Il est vrai qu'il a tronqué le texte, et dénaturé la partie tronquée. Et c'est ainsi qu'il prétend établir le bien fondé de la théorie de Solesmes .? C'est tout simplement pitoyable, sinon profondément triste, et j'en souffre plus en catholique qu'en théoricien. Je le dis hautement, car la condescendance respectueuse doit faire place à la discussion purement scientifique. Tant que les R. P. n'ont eu qu'à aligner de belles périodes littéraires, cela a marché tout seul ou à peu près; mais, depuis un an que la discussion tend à se placer sur son vrai terrain : les textes, alors nous assistons à V effondrement. On va le voir sans que je force la note des récriminations.
Ainsi donc^ dans un alinéa, nous apprenons par un texte authentique regardé et présenté comme une source traditionnelle. « Que tout groupe de i , 2, ^ , 4 sons est une syllabe musicale » et dans l'alinéa suivant, le R. P. nous enseigne, de sa propre autorité, que ce groupe est un mot composé d'autant de syllabes qu'il y a de sons exprimés par le signe neumatique !
Donc contradiction formelle entre ces deux enseignements. « Donc le système bénédictin est faux dès la base\ »
I. Il faudra bien que l'on se rende compte que je n'ai rien avancé contre lui, que je ne sois prct à démontrer, et que le ton quelque peu agressif de mon ouvrage n'est qutj
REVUE DE CHANT GUÉGORIEN l'i3
Est-ce à dire que cette interprétation du texte de S. Odon, soit absolument personnelle au R. P. ? Nullement. Dom Pothier la met en avant dans son ouvrage « les Mélodies Grégoriennes; i> et, tout récemment, au cours des quatre articles dirigés contre ma théorie, M. l'Abbé V. la proposait dans des termes presque identiques; les voici :
« Dans les vocalises le rythme gardera sa nature de rythme
oratoire, mais le groupe que sera-t-il ? une syllabe, ou un mot ? S'il est un mot (sic) chacun des sons équivaut à une syllabe... » « et , ajoute quasi triomphalement M. l'Abbé V. , voila le