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LA RESURRECTION DU CHRIST

Oratorio de Don LOHKNZO iM<:i{OSI

Exécuté au Cirque d'/ité.nous la direction de l'auteur.

1/ Avenir de la Musique Sacrée devait à ses lecteurs de ne pas passer sous silence l'exécution de cette œuvre.

La jeunesse de l'auteur (26 ans), le renom que ses compatriotes s'appliquent à lui conquérir, le sujet traité et la place que celui-ci occupe dans le projet d'un cycle complet embrassant la vie du Rédempteur, méritent une mention spéciale.

Les réflexions que, par sa nature et sa facture, cette œuvre suggère, sont de deux ordres, les unes directes, les autres indirectes.

Résumons-les aussi brièvement que possible.

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L'oraf.orio se divise en deux -parties :

4" De la Mort au Sépulcre;

2" La Résurrection.

Musicalement parlant, et faite de contraste?, la deuxième partie a semblé supérieure à la première dont la teinte est uniformément triste.

Aussi lepublic, malgré les chauds ap[)laudissements dont il a salué par exemple le chœur Crux fidclh et le duo des deux Marie, a-t-il semblé mieux goûter la Ri'simection. Et néanmoins c'est la première partie qui nous a retenu davantage. Sa monotonie, artistiquement et dûment voulue, est une do SOS plus grandes qualités.

Un compositeur ayant du métier pouvait, môme en étant dépourvu de sentiment religieux, écrire la deuxième partie de l'oratorio, attendu que la grandeur du sujet est telle que, les conlrastes dramatiques aidant, il eût été profondément touché par la « scène a faire »,

Pour ce qui est de la première partie, il n'en allait pas de même : un chrétien sincère, et à plus forte raison un prêtre, était seul capable de traiter le sujet avec la modération réclamée parle texte.

C'cfet pourquoi je ne cache pas mon sentimenl ; mes préférences vont à la première partie ; tandis que celles du public semblent avoir été à la deuxième, mieux adaptée à sa compréhension ou plutôt à ses usages.

Don Perosi a demandé qu'on veuille bien le comprendre avant de le juger : je m'y suis appliqué de tout mon être, autant qu'une seule audition d'une œuvre hier encore inconnue, et dont la partition n'était pas encore dans nos mains, pouvait le permettre.

Le compositeur a senti son sujet très vivement. Et il l'a traduit musicalement avec toute l'exactitude qu'il est permis d'attendre d'un âo^eoù la simple intuition doit souvent suppléer à l'inévitable insuffisance de racipiis artistique, à un âge enhn où, faute d'avoir assez soulTerl, l'homme n'est encore en possession que d'une partie de ses moyens.

L'exécution a été telle qu'on peut se l'imaginer de la part d'artistes consommés; mais, si matériellement elle fut à peu près impeccable, plus d'un auditeur éprouvait comme un

4i l'avknip. dk la musique sacréf:

vague besoin d y sentir plus profondément encore linlluence de ce souflle chrétien qu'appelait DonPerosi par son attitude aussi expressive que digne ot modeste, de ce souflle chrétien qui eûtvivilic les passages où un certain manque de métier semblait percer pour les oreilles habituées à analyser ex abrupto une œuvre musicale nouvelle.

Laissonstelcriti(|ue plaider telles inégalités dans l'ensemble do l'Oratorio, et disons plutôt que la sincérité de ia mise en œuvre doit intervenir pour contrebalancer l'imperfection passagère de la forme technique. D'ailleurs, ([uand nous faisons un retour sur nous-meme et analysons nos impressions, nous avons la sensation bien netle d'avoir à réserver notre jugement délinitif : une seule audition est insuflisanle pour permettre de le formuler sans appel.

Ce qu'il ett bien pei-mis de dire dès maintenant, c'est qu'il y a dans cette œuvre une personnalité qui s'aflirmera lût ou tard.

On a prononcé les grands mots de gâiie et de c/in/-cfœiivir. Nous serions heureux d'y souscrire; ruais il semble prudent de laisser à la postérité le soin de ces sortes de consécrations. L'auteur est doué, certes, d'un tempérament artistique très délicat, peul-ctre délicat à l'extrême pour le moment, vu qu'<\ son âge il n'a pas eu le temps d'acquérir toute rhabileté technique professionnelle, indispensable pour être à même de traduire y ^/.sVe ce qu'il ressent au dedans de lui-même. Mais tout lui viendra comme par enchantement si sa force de travail reste égale aux spontanéités de sa natuj'e.

Le passé de Don Perosi nous est xm sûr garant de son avenir.

La tentative Perosi est intéressante à plus d'un point de vue. Elle nous montre notamment que le méfier de compositeur et les aptitudes requises pour l'exercer ne peuvent être revendiquées par les laïques comme une propriété exclusive, une propriété de nature. Perosi nous prouve qu'un prêtre peut être artiste et manier la plume sans être banal lorsqu'une saine éducation musicale lui a été donnée à temps. Il nous prouve de plus que pour être artiste on n'a pas besoin d'aller puiser ses sensations à je ne sais quelle source d'émotions mystico-païennes, et que l'homme sain d'esprit peut produire « attachant » en étant tout bonnenuMit « soi-même ».

l'avenir de la MUSIQUIO SACRÉK 45

Aux yeux de certains laïques, les membres du clergé sont inaptes à la culture de la musique. — Cette opinion, il faut l'avouer, ne peut être que fortifiée par la lecture de la plupart des œuvres musicales des ecclésiastiques. — Le sens critique musical leur fait défaut, conséquence inéluctable d'une éducation artistique nulle, d'une instruction musicale à peine ébauchée. Double insui'lisance dont le résultat le plus clair est l'éclosion, neuf fois sur dix, d'œuvres indignes de voir le jour, mal écrites, peu pensées, à contre-style quand elles en ont un; ce qui ne les empêche pas d'être admirées et portées aux nues par des confrères complaisants, maladroits par ignorance. C'est ainsi que s'établissent ces réputations régionales, sui faites, appelées à tomber à plat aussitôt qu'elles sont soumises au jugement non prévenu d'un public instruit.

Le clergé doit donc apprendre d'abord. L'exemple Perosi montre qu'avec du travail on arrive à un résultat quand on n'a pas craint d'entendre plusieurs cloches! On me comprendra...

L'art musical n'est pas un art d'agrément : c'est un Art, le plus immatériel de tous, et partant le plus pur (I). 11 est digne d'être cultivé par un ecclésiastique. Mais comme sou étude technique exige des années d'un travail acharné, il faut que le prètic qui se destine par vocation à la culture de la musique prenne de toutes mains la nourriture substantielle de la science qu'il devra acquérir, et surtout qu'il s'isole de confrères trop enclins à voir le doigt de Dieu dans la production d'(nuvres oii le travail [jurement humain laisse souvent à désirer, alleudu que dans jioUe science musicale û n'y a pas de (j races d'état!

G. IIOUDARD.

1. Nous sommes heureux de voir l'autorité de M. Iloudard conlirmcr plus d'une thèse chère à notre Revue, et confirmer aussi plusieurs données que nous avions déjà ébauchées dans notre brochure, La Muaiquc et le CIcryé, par exemple les suivantes :

« Bien des gens ne voient dans l'art qu'une question d'amusementou de futile plaisir. C'est au point que le langage usuel, reflet des impressions de la foule, a consacré la locution d'arts d'agrément, applicable, entre autres, à l'art musical.

« Mais la logiquene saurait ratifier une telle expression. L'agrémciit elle plaisir ne sont pour l'arl que des moyens. Son but est essentielleuient d'élever l'ànie humaine et de la rai)procher de Dieu. Ainsi compris, l'art est chose sérieuse.

« Ue plus, par le fait quil se sert de l'élément sensible pour atteindre

'î-fi l'avenik de la musique sacuée

ÉTUDE PRATIQUE SUR LA CHORALISATION DES PETITS SÉMINAIRES [Sai/r.)

La question des solos.

Ce serait peu d'avoir, par un exposé de choses vécues, donné corps à cette idée féconde et pleine d'avenir (déjà rôaiisée d'ailleurs en certains milieux aussi rares que privilégiés) de la choralisation des petits séminaires, si nous ne complétions notre modeste étude en signalant les écucils auxquels les meilleures volontés pourraient se briser irrémédiablement.

On dit, il est vrai, que jamais l'expérience dos autres n'a servi à personne; et parmi les « on dit » rellets de la vulgaire sagesse, il en est peu d'aussi vrais que celui-là. Qu'importe? Le devoir d'un écrivain sincère est de poursuivre sincJîremcnt son sujet jusqu'en ses dépendances et accessoires essentiels, pour le simple acquit de sa conscience, sans s'imposer la condition de savoir si ce qu'il écrit sera ou non mis à profit.

Parlons donc des écueils.

Le premier, nous allions dire le seul qui nous vienne à l'esprit, c'est celui des solos. Les solos sont la pierre d'achoppement des œuvres de choialisation, piincipalement quand elles ont pour facteur la seule bonne volonté et que par conséquent l'appât d'un gain matériel et le besoin de le sauvegarder ne viennent point mettre un frein aux petites passions de société.

Entendons-nous bien : nous sommes à cent lieues de con-

l'àme, il nous devient un moyen de communicalion, un moyen d'aclion sur nos semblables. Son rôle s'ennoblit daulant.

« Enfin, par le fait qu'il peut monter jusqu'aux régions surnaturelle-, ot i[u'il a reçu de l'Eglise la mission de nous en (raduire les mystères, il devient un moyen de sanctification. Là, il est sublime. » (S"" édition, pp. î) cl 6.)

« .....Les maîtres nous ont servi à profusion la beauli- des formes, mais il leur manque l'onction pieuse; leurs œuvres sont rarement de vraies prières. Par contre, «luand par hasard des religieux ou des prêtres ont essayé de dire les choses du ciel dans la langue des sons, s'ils l'ont fait d'une manière touchante, c'étaient alors les formes qui !iian(|uaient. souvent même la correction la plus élémenlairo.

« Il fauilraii, pour faire bi m, des 'Itues de saints initiées à la rhétorique musicale. » (P. 10.)

« Quand donc serons-nous Iibre.-<".' Quand le clergé aura pris à

tâche de conquérir, au point de vue musical, la supériorité intellectuelle et pratique qu'il possède incontestablement à tant d'autres égards. » (P. 20.)

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damner le solo pour lui-même. Tout le monde sait le charme que l'interprétation individuelle donne à une composition mélodique, le charme aussi qui résulte d'une alternative hien ménagée de solos et de chœurs, etc. Le solo est l'une des j)uissances de notre musique moderne; il est l'une des composantes principales du relief; sans lui la musique dramatique serait infiniment réduite dans ses moyens. En principe donc laissons au solo sa royauté. Mais, pratiquement, tâchons de l'analyser au point de vue de son application à l'étude spéciale que nous avons entreprise de la choral isation dans les petits séminaires et dans les maisons d'éducation on général.

11 est à propos d'observer tout d'abord que dans les malsons en question on ne trouvera que fort rarement (pour ne pas dire jamais) des sujets assez bien doués et forméi d'assez longue main pour prétendre dûment au rôle de solistes. Par conséquent, ce que nous avons appelé le charme de l'interprétation individuelle y devient presque un mythe. Cette seule raison suffirait pour en faire exclure a priori le genre solo.

Notons aussi que dans notre étude il s'agit avant tout de l'organisation de la musique religieuse. Or, à l'église, il semlile qu'il ne doit y avoir qu'un seul soliste, le prêtre, ou, pour être plus précis, le célébrant: encore celui-ci n'est-il soliste que pour prier au nom de la collectivité et parce qu'il a reçu dans ce but une mission officielle et spéciale. Hors de lui, il n'y a que la masse des fidèles, dont la prière musicale, homoplione ou polyphone, est infiniment plus belle, plus touchante et plus digne du lieu saint, à l'état collectif qu'à l'étal individuel. A ce point de vue aussi, le genre solo devrait être au moins très réduit, sinon rejeté tout à fait.

Entrons plus avant dans notre sujet. — Nous découvrirons, en y regardant de près, que le genre solo crée en l'espèce un double danger: danger de vanité pour le jeune soliste, danger de jalousie pour la communauté.

a) Danger de vanité pour le jeune soliste. — Tout maître de chapelle qui n'est que cela va sourire et traiter de puérilité le point de vue que nous signalons. Mais un éducateur expérimenté ne s'y trompera pas : il sait que le danger existe Irt's réellement, et il ne redoute rien tant pour ses élèves que do les voir mis en relief sans nécessité ou du moins sans motif plausible. Il est convaincu que ses jeunes sujets, par le fait môme de leur situation d'éduqués, n'ont point encore assez de maturité ni de sagesse pour être impunément distingués : il les veut dans le rang, et pas ailleurs. Il deviendra donc l'adver.saiie du inaitre de chapelle quand celui-ci fera

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passer Tari avant la prudence : d'où nouvel écueil par à côté, 1 ccucil d'une opposition plus ou moins ouverte et d'ailleurs très légitime. Nouvelle raison aussi pour le maître de chapelle de se tenir en garde contre les solos.

h) Danger de jalousie de la part de la communauté. — Ce^ danger-là existe universellement et incontestablement : il faudrait n'avoir jamais vu de près une communauté pour oser le nier. — Sans doute son extériorisation pourra n'être (jue minime, insensible même, suivant les milieux ; si, par exemple, l'usage des solos était traditionnel en telle maison antérieurement à la mise en œuvre d'une choralisation d'ensemble et que l'us^age se soit simplement maintenu, parallcment à la création nouvelle, il est possible que la gène de tous reste à l'état latentet ne se traduise jamais d'une façon ostensiblement compromettante.

Mais, remarquons-le bien, il s'agit ici de tout autre chose que de prévenir dos crises aiguës ou des manifestations de mécontentement. En efr«t, le succès de votre œuvre de choralisation dépend tout entier de la bonne volonté effective de votre communauté, de son enthousiasme actuel et permanent, de son élan généreux et spontané vers la réalisatiou d'un idéal entrevu et vigoureusement poursuivi par tous. Or, cette bonne volonté, cet enthousiasme, cet éhm, vous n'y pourrez compter définitivement c\uh partir du jour où tous vos choristes seront égaux devant l'idéal et devant vous, où chacun d'eux, même le moins capable, pourra se dire saus crainte d'être jamais démenti: « Je suis autant que n'importe qui ; dans le succès total j'ai ma part égale à celle de tous; je dois faire autant (|ue les autres, pas plus, mais pas moins. » Quand par les faits vous aurez créé une telle conviction en chaque soldat de votre armée de chanteurs, vous serez un chef heureux ; l'intérêt commun vous défendra contre toute surprise: quiconque essayerait d'enrayer le progrès d'ensemble serait considéré par tous comme un ennemi du bien public,

hjiicore une fois, pour réussir, il lant que vous ayez indéfec- (iblement tous vos jeunes sujets dans la main : or, cela n'est possible qu'à la condition que vous inspiriez à tous et à chacun le sentiment de sa responsabilité et de sa dignité personnelle; et vous n'obtiendrez cela <]ue par la suppression de tout privilège et de toute privante, c'est-à-dire par l'élimination des solos qui sont l'élément le plus criard de la privante cl (In jirivilège. {A '■ttirrr.) A. (Iabkkt.

J.e Gérant : A. (îAlJKKT.

;.'>'ir. NJIZETTE ET C'e, 8, RUli CAMPAXiNK-l", PARIS.

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