‹ La science [musicale] grégorienne; revues diverses, 1898-1908Chapitre 57 sur 127 · RÉPONSES A DEUX QUESTIONS · texte numérisé non relu

RÉPONSES A DEUX QUESTIONS

Ld publication de V Appendice que je viens de faire paraître m'a valu une quantité de lettres émanées de personnalités bien différentes mais qui toutes s'intéressent d'une façon quelconque à la cause de la restauration de la musique dite grégorienne.

Bien qu'ayant répondu à chacune d'elles en particulier, j'ai dû, pour m'éviter des redites fastidieuses, réserver un certain nombre de questions d'intérêt général en priant mes honorés correspondants de suivre dans les revues spéciales la discussion complémentaire.

Dans 91 pour 400 des lettres reçues se trouve cette question: « Quand puhlierezvoiis votre traduclion du manuscrit de Saint- Gall? »

J'ai d'abord renvoyé mes correspondants à la note 1, page 330 de mon Appendice \ mais les mots adhésions formelles ayant été compris dans le sens de souscriptions, je m'c^mpressc de prévenir mes nouveaux lecteurs que ce côté mercantile n'a jamais été mon objectif et (jue ipa,r adhésions j'entendais : conversions à ma religion scientitique, ou pour employer un langage moins prétentieux : reconnaissance formelle du hien fondé de ma théorie par ceux dont f ambitionne le suffrage éclairé.

Je ne publierai donc rien, quant à présent, et je demande la permission de rester juge du moment opportun où je pourrai livrer ces traductions au public.

Aurais-je même en mains ces adhésions désirées que j'hésiterais encore à faire la publication que l'on réclame, et ce, pour une simple raison de convenance vis-à-vis du Saint- Siège.

Le Saint-Siège, en eiïet, tolère, dans tout diocèse, la conservation de l'Edition en usage antérieurement au Décret du 26 avril 1883. Mais, par contre, dans le môme Décret et dans celui du 7 juillet 1804,1a Sacrée Congrégation des Rites exhorte très vivement les diocèses à adopter l'Edition dite officielle (en l'espèce l'Edition publiée à lïatisbonne sous les auspices du Saint-Siège et par les soins de ladite Congrégation), dans

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le casd'une mise à l'écart de leur édition usuelle. Elle va môme jusqu'à qualifier de « souverainement indigne et blâmable » le choix et Tadoption de toute autre que l'Edition déclarée authentique par le Saint-Siège.

En droit strict, mon Edition n'a pas à voir le jour, sinon au point de vue archrulogiqne; et la did'usion de V Edition Bénédictine ne produit rien moins qu'une sorte de schisme, puisque strictement aucun diocèse n'a le droit de l'adopter. Un bref célèbre, émané de Rome, et que l'on paraît cacher soigneusement, a exposé une fois de plus ce fait d'une façon catégorique.

(-haque diocèse a le droit d'amender son Edition usuelle, et c'est là qu'est la vraie voie à suivre en vue d'une restauration pratique, sans viser à l'unité, difficile à obtenir; mais aucun n'a le droit de mettre à l'écart son édition usuelle pour adopter l'h^dition Bénédictine, ou la mienne, ou toute autre qu'il est superflu de dénommer plus clairement.

Lorsque quelques correspondants m'écrivent, sur un ton passablement aigre, que je fais une œuvre de division, que je suis coupable de n'être pas de l'avis des Révérends Pères de Solesmes,que je devrais {[) m'unir à eux pour achever leur œuvre en la prônant comme belle puisque sa diffusion prouve sa validité, etc., je réponds que je ne m'occupe pas do savoir si celte œuvre est belle, mais simplement si elle est vraie, PUISQUE on nous l'a toujours présentée comme le chant traditionnel de saint Grégoire. Or, cette œuvre est fausse et j'ai le droit, en musicien et en archéologue, de rechercher celle qui doit lui être substituée archéologiquement.

S'il y a division, elle est le fait de Solesmes. On peut le regretter.

Mais s'il faut dire toute ma ponsée, j'ajouterai qu à part moi je l'absous en considération du pas immense que ses efforts ont fait faire aux études plain-chantales.

On sait aujourd'hui, grâce à celte école, que la mélodie grégorienne est autre chose' qu'une œuvre de barbares. C'est beaucoup, mais ce n'est pas tout, hélas! Tant s'en faut.

La seconde question, la plus souvent renouvelée, peut se formuler :

I. « Division », « coui»iibln », « devrais», etc., clc. Diîcidéiiicnt c'est la lacli(]uo : on cciità M. llou(lin<l connue à nous, comme à ccitains

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« En quoi votre rythme libre difï^re-t-il tant de celui du R. P. Dom Pothier, et en quoi le rythme libre dit oratoire est-il donc si inadmissible théoriquement? »

\° Mon rythme libre diffère de celui de Dom Pothier comme le jour diffère de la nuit. Jl suffit de jeter les yeux sur une pièce musicale traduite dans chaque système d'interprétation de la notation neumatique. \oir par exemple l'Alleluia «Jastus germinabit ^.^age 21 6 de mon ouvrage le Rijthmedu chant dit grégorien, et rapprocher la version bénédictine traduite en notation moderne publiée dans la Revue encyclopédique Larousse, n° du 17 avril 1897.

2° Pour démontrer que le Rythme oratoire du Révérend Père est inadmissible théoriquement, il n'est besoin que do citer son ouvrage les Mélodies grégoriennes et de lui opposer quelques textes.

Nous lisons p. 184 (Ed. 1881 petit in-8"}, 4" alinéa : « Nom voxjons... Sans doute il y a dans le plain-chant, toi qu'il doit être exécuté, des notes plus longues et d'autres plus brèves, des notes plus fortes et d'autres plus faibles; mais ce qu'il y a surtout, ce sont des notes liées et d'autres détachées. »

Voilà donc, bien établis, affirmativement, l'élasticité de la durée des notes, le vague fondamental de leur durée respective d'après certaines règles de position sorties tout entières, ou peu s'en faut, du cerveau des Révérends Pères; règles qui les ont entraînés à arranger la notation en groupant les formules rythmiques selon la nécessité de la règle à leur appliquer, c'est à-dire en les entrecoupant de blancs et de barres de respiration nécessaires pour établir le bien fondé de la règle fixée a priori. Or, rien de tout cela n'existe dans les neumes, et on chantait sur les neumes purs! De plus, les blancs indicateurs de repos plus ou moins lon^s rompent la mélodie en en faisant quelque chose d'informe musicalement, et les barres de respiration sont souvent très mal placées en coupant à faux la mélodie. Enfin, au vague fondamental de la durée des notes, on peut opposer ce texte de Guy d'Are//:o : Alix voces ab aliis mondam duplo longiorem vel duplo breviorf7n aut trcinulain habeant (1).

Donc les notes se différencient entre elles par une durée

amis que nous pourrions citer, on un motconinio à tous ceux qui so tiennent en dehors dos sectes et des coteries. {Nott^ de la liOdactiou). 1. Microl.. XV, 2.

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proportionnelle certaine de longue à brève comme 2 est à 1 dans le rapport prosodique connu.

C'est donc d'après l'enseignement de Solesmes « quil y a dans le chant tel qu'il doit ètke exécuté (1) des notes plus longues, d'autres plus brèves, etc. » et non d'après l'enseignement ancien. Complétons par d'autres citations, tirées des Mélodies grégoriennes^ qui nous montreront le parti pris bien évident de ne pas vouloir tenir compte des enseignements contraires au rythme oratoire : «U faudra donc observer {2)la coupe régulière des chants — telle que nous l'avons opérée, auraient dû ajouter les éditeurs — sans pour cela donner aux mélodies grégoriennes une mesure fondée sur une durée proportionnelle des notes... »

C'est Beriion d'Auge (-j- 1045) qui réfute Dom Polhier, en disant : « Pervigili observandum est cura, ut attendas in neumis, ubi ratae sonorum morulse breviores, ubi vero sint metiendse productiores. .. ; » et plus loin : « Idcirco ut inmelro cerla pedum dimensione contexitur versus, ita apta et concordabili brevium et longorum sonorum copulatione componititr cantus... »

Si j'ajoute qu'au début du même chapitre (le XIIP) nous lisons (3) : « Il ij a deux sortes de proportions , par conséquent deux sortes de rythme. Si la proportion est établie sur des bases rigoureuses et immuables, comme dans les vers, le rythme est mesuré; si la proportion nest déterminée que par l'instinct naturel de l'oreille, comme dans le discours, le rythme est libre. »

On vient de voir par Bernon d'Auge qu'il n'est pas question « d'instinct naturel de foreille », bien au contraire; et pour montrer qu'il n'est pas un isolé en s'exprimant comme il le fait, citons ses confrères. C'est Guy d'Arezzo (4) qui écrit: « Sicque opus est ut quasi mctincis pcdibus cantilena plaudatur ... »; et plus loin : « Non autem parva similitudo est metris et cantibus, cum et neumœ loco sint pedum et distinctiones loco versuum, utpote ista neuma dactylico. illa vero spondaico, illa iambico métro decurreret... »

1. Certain défenseur de la méthode bénédictine fera bien de méditer toutes ses affirmations répétées avant d'opposer aux adversaires de ladite méthode que leur système ne repose que sur leur affirmalion.

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