CHRONIQUE MUSICALE RELIGIEUSE
M. Guilmant, l'organiste compositeur dont on connaît le talent, a coinnieuc('! la série de ses concerts d'orgue et orchestre avec otiœurs.
La soixante dix-huitièiue cantate de Bach a été exécutée avec une fort bonne interprétation due, pour les soli!-tes,^i M°'<' Lovano, dont la voix est fort juste, M"'' Passama, M. Engel, qui répare, grâce à beaucoup d'art, les irréparables outrages faits à sa voix par une longue et brillante canière, et l'immuable M. Auguez.
Dans des airs de Ha-ndel, M"« Passama s'est montrée très bonne musicienne ; mais sa voix sonnait assez mal dans ce grand vaisseau du Trocadéro. Oe même, le violon de M. Herwegh était insuffisant dans celte salle, faite pour des orphéons plus que pour des instrumentistes ou des chanteurs interprétant des soli.
Los chœurs étaient ceux de Saint-Gcrvais. Dans la cantate de Bach, ils ont été excellents et à la hauteur de leur réputation, ainsi que dans un choral de la Passion, de Bach : mais, chargés de chanter aussi un Ave Maria de Palestrina et un motet de Schùlz, ils ont été (et ici nous donnons l'opinion de notre confrère, le Monde Musical) « faibles» dans l'un, et dans l'autre « détestables ».
M. Ciuilmant joua dans ce concert une sonate et un concerto en véritable maître.
Le second concert (3 mai) fut consacré en grande partie à C. Franck
Dans la 2" Bcat/itiifle, les chœurs et l'orchestre ont été dignes d'éloges. De même dans plusieurs chœurs de Kranck : Domine non secundinn, Dcxlcra Domini, peu connus et d'une admirable beauté.
M°" Jeanne Raunay a chanlé avec un grand style, mais d'une voix qui manquait un peu de justesse, la Prière d'Elisabeth, du Tannhœuser, et le superbe air de la Prise de Troie.
Le violon de M. Viardot ne s'ent^.ndait guère dans l'immense salle. L'œuvre qu'a interprétée cet artiste était une Suite curieuse de Sinding.
i\J. Guilniant, dans des pièces d'orgue de Franck, a été, comme toujours, irréprochable.
Ces deux concerts étaient dirigés par M. Gabriel Marie, un de nos chefs d'orchestre les plus remarquables et les plus sympathiques.
Le 28 avril, l'Association des artistes musiciens a donné un très beau concert dirigé par M. J. Danbé, ce maître que TOpéra-Comique a eu l'inconcevable imprudence de laisser partir, et qui s'est affirmé une fois de plus en conduisant les œuvres de Gluck et de Moreau, comme un des plus grands kappehneisters de notre époque.
Au programme, des chœurs de Moreau, compositeur du temps de Louis XIV, qui avait mis en musique Esther, la tragédie de Racine, pour les demoiselles de SaintCyr.
Dans les soli, M"' Jane Ediat, de la Société des Concerts du Conservatoire, nous a fait particulièrement plaisir par la pureté et la justesse de sa voix. Mais M"" Lovano n a pas du tout le registre qui convenait à la partie qui lui avait été attribuée dans cette œuvre. C'est une Falcon qu'il aurait fallu, et M'"^ Eléonore Hlanc était tout indiquée à M. Hordes, qui ne l'a pas compris.
L'ouverture de la Grotte de Fingal et celle d'Iphigénie ont été jouées en perfection par le petit, mais délicieux orchestre que J. Danbé a su grouper autour de sa magique baguette.
M.J.Thibaut joue d'une façoa charmante la romance de Beethoven et la sixième sonate de Bach pour violon seul.
Dans deux mot'ts a capella, les chanteurs de Saint-Gorvais furent applaudis unanimement, comme ils le méritaient.
Le concert se terminait par le dernier acte à'Arinide, qui est de toute beauté. M'"" Lov tno était là dans son rôle de soprano; mais M. Lubet chanta trop bas et M. Daraux trop haut. Comment M. IJordes, qui avait choisi ce-s interprètes, ne s'est-il pas aperçu décela?
Pour terminer cette courte chronique, nous féliciterons la Société des Concerts du Conservatoire de la superbe exécution de la géniale Messe de Bach avec laquelle elle a clos la saison.
Nous ne reviendrons pas sur l'analyse d'un des monuments les plus grandioses de l'art musical religieux et regretterons seulement des coupures faites dans la partition de deux chœurs et d'un air de basse. M'"' Landi a été tout à fait remarciuable comme contralto solo. .M. Taffanel a magistralement dirigé les chœurs qui, éduqués par M. Samuel Rousseau, un autre maître, se sont montrés excellents, et l'orchestre, qui est toujours digne de sa réputation.
MM. Nadaud, Henncbains et Gillet comme solistes méritent une mention spéciale. De même M. Guilmant, qui a accompli la tâche niod(-stG et anonyme de la réalisation pour l'orgue de la basse cliilTrée de Bar-h. Il l'a fait en artiste érudit et respectueux du document laissé par « le père » de la musique religieuse.
Henuy Eymieu.
Le Gérant : A. GABERT.
:Mr. NJIZETTE ET C». 8, BUE CAMPAONE-1", PARIS.