Mus. Sacra , Toulouse, mai 1899, p. 60, col. droite
l'avenir de la musique sacrée 109
tein, Liszt, etc.,) connaissant de plus, son incapacité professionnelle, je viens lui dire : « Non, ne tentez pas la chose, « cette musique est au-dessus de vos forces, » il me répondra : « Brahms n'existe pas! » Mon Dieu, non, pour lui. Notons qu'ici je prends un exemple, sans aucune intention malicieuse : c'est un a.vgumentad hominem que j'emploie.
Mais, toutes choses considérées, le cas est identiquement le même au regard du chant restauré.
Que sont nos milliers de chantres, sinon des incapables? Le souvenir de leur infériorité écrasante m'a hanté lorsque j'écrivis ma fameuse phrase: impossibilité de remise intégrale au répertoire du chant restauré. Eux seuls en sont responsables.
La conclusion précitée perd d'ailleurs toute sa valeur puisqu'elle ne porte que sur une phrase tronquée, et que, de plus, cet écrivain cache soigneusement un autre alinéa du même article (1) : « Il n'est pas un musicien qui ne soit « capable de chanter ma version; mais c'est une utopie de la « vouloir faire chanter universellement parce que l'immense
« MAJORITÉ DES CHANTRES n'a NI INSTRUCTION « SOLFÈGE », cic. . . »
En voilà assez, ce me semble, sur un sujet irritant.
Toute mélodie bienétablie comporte eti elle-même, on le sait, un commencement, un milieu et une fin. Chacune de ces trois parties est formée d'un ou plusieurs membres do phrase. Chacun de ces membres de phrase est composé d'une ou plusieurs formules mélodiques ayant un sens musical défini. Vivifiant le tout il y a le rythme qui anime la mélodie, rythme intimement lié au sens mélodique de chaque formule.
Le rythme donne l'unité de caractère et la tonalité aJopléc donne l'unité de sentiment.
Si l'on a bien compris ce qui précède, il n'est personne qui ne saisira à première vue la constitution de la phrase grégorienne et son mode d'exécution.
Retrouvons-nous tout cela dans la cantilène grégorienne?
Oui, tout sans exception.
Remarquons bien que je n'ai pas parlé de groupement des formules en mesures régulières telles que nos œuvres modernes en comportent.
Ces groupements me paraissent inadmissibles, puisque, pour les établir, on est obligé de ne pas suivre, dans la traduction des neumes, un mode d'interprétation uniforme pour chacune des formes neumatiques.
Le chant grégorien est libre dans son rythme (2), libre