‹ La science [musicale] grégorienne; revues diverses, 1898-1908Chapitre 69 sur 127 · Mus, Sacra, fév. 1899, page 30, col. gauche · texte numérisé non relu

Mus, Sacra, fév. 1899, page 30, col. gauche

2. Liberté ne sigaifie pas absence d^. njthmeoxx rythme vague, indélerminé l

HO l'avenir de la musique sacrée

dans son dé vélo i)pe ment mélodique comme la prose liltéraire l'est dans ses périodes. Mais, taudis que la prose lilténiire déclamée suit les lois du rythme oratoire, la prose grégorienne suit les lois du rythme musical. Le chant, d'ailleurs, n'ajaiuais été assimilable au « parler •». Le rylhme du chant est une chose, le rylhme de la parole en esl une autre. Le chant est de la musique et en suit les lois naturelles, le parler n'est pas de la musique et conséquemment suit des lois différentes propres à sa nature.

Dire que le parler possède un rylhme propre est exact : nul de nous qui ne l'ait senti instinctivement; mais prétendre que : puisque le rylhme oratoire « est un ryliimc certain, on peut l'imposer à la mélodie », est une impossibilité. Le « cantabis siciit promintkweris », grand argument bénédictin, e^t un de ces axiomes absolus, qui pèchent par leur absolutisme même.

Chanter : « Pater nostcr, qvi es incœ/is... •» comme on le déclame, n'est pas, à proprement parler, du « c/iant », c'est de la déclamation syllabique oratoire sur intonations musicales. Mais aussitôt qu'il y a groupe de notes traduisant, une à une, les syllabes du terte, il y a musique pure et rythme musical, antipodes du parler et du rylhme oratoire.

A tel point que les anciens reconnaissaient déjà, et même dans le syllabisme musical, que : ce n'est pas la musique qui se plie au rythme des paroles, nuiis bien la parole au rythme de la mélodie.

Toute l'Ecole dite italienne a exagéré celte singulière manière de faire et c'est la grande supériorité de notre Ecoir moderne de respecter la pureté de la déclamation oratoire (I) sans rien sacrifier des exigences du rythme musical.

Pour la dixième fois, peut-être, répétons que la caractéristique du rythme musical n'est pas autre chose que la régularité des pulsations rylhmiques que chacun sent (2) instinctivement à l'audition, parce que le rylhme est le pouls de la musique.

Le chant grégorien est ainsi établi : pas de mesures régulières, uniquement des temps rythmiques successifs composés chacun en soi de toutes les notes (1, 2, jusqu'à G ou 8) qui

1. Ce qui ne sig lifie aucunement « respccloi- le rjlhme oratoire ».

2. C'est encore un fait qu'à l'audition d'une œuvre musicale, lo:^ neuf dixièmes des auditeurs suivent le rythme de liHc, et que quelquesuns d'entre eux le marquent de la tête ou du pied, sans souci de la Meaurc moderne dans Uuiuelle l'œuvre est écrite. Qu'est-ce donc cela, sinon battre les ^cwj. s ri/lhmiques successifs, pouls du rythme, répétons-le à satiété ?

l'avenir de là. musiqul; SAcnÉio 111

neumatiquement sont représentées par une seule figure neumatique. C'est avant tout une question de lecture qu'il en soit ainsi. Ces groupes-temps expriment une seule ou plusieurs syllabes du texte, mais on ne voit nulle part une ligure neumatique juxtaposée à deux (ou plus) syllabes de ce texte (I).

Prenons le graduel : « Christus factus est », tel que je le transcris (2).

Au premier regard jeté sur cette traduction on voit chaque groupe-temps juxtaposé à une syllabe du texte, et, par places, deux ou trois de ces groupes (3) exprimant unemème syllabe liltéraire : — no =: 3 temps, bis; obe = 3 temps, diens; ad = 2 temps; ciutem = 3 temps. Dans le verset qui suit les groupes sonl plus nombreux par places; ce sont alors de courtes vocalises du type des jubili alléluiatiques.

Quelle difficulté d'exécution oserait-on soulever au sujet de ces groupes? Quel est celui, dont le savoir en solfège môme réduit à la définition fondamentale une noire = 2 crochos == 4 doubles croches, e1c.,qui osera dire que cette mélodie est impî'alicablf! Impraticable, oui assurément, pour nos chantres et pour beaucoup do leurs supérieurs hiérarchiques qui en sont encore à rejeter la notation moderne sous le curieux prétexte que cette notation dénature leur plain-cbant, tandis que la notation carrée l'immatérialise! Grands mots sonores que tout cela !

Suivons. Chanter des temps rythmiques à la suite les uns des autres n'est pas chanter, c'est solfier brutalement la lettre du texte musical. L'élève de neuvième qui ânonne, mot par mot, sa leçon, lit brutalement le texte, mais ne sait pas lire. Savoir lire la prose ou les vers, c'est donner à chaque mot sa force d'émission selon le rô!e qu il joue dans le membre de phrase. Pourquoi voudrait-on qu'en musique, langue bien autrement expressive, il en soit d'autre façon? Savoir lire la musique ne consiste pas à exécuter froidement, mctronomiquement, les groupes temps rythmiques que l'on a sous les yeux, mais bien à donner à chacun de ces groupes-temps sa force d'émission selon le rôle que ce groupe joue dans le

1. J'ai donné clans mon Appendice, {"). 305, le sens du texte de Guy d'Arezzo {MicioL, XV, 8) qui pourrait m'èlre oppose ici.

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